Désinformation : l'UE ciblée par la Russie et la Chine, mais aussi de l'intérieur

La commissaire Vera Jourova, en charge des valeurs et de la transparence.
La commissaire Vera Jourova, en charge des valeurs et de la transparence. - © FRANCISCO SECO - AFP

Des acteurs étrangers, en particulier la Russie et la Chine, mais aussi intérieurs à l'Union européenne, ont lancé des opérations d'influence et des campagnes de désinformation ciblées dans l'UE, ses pays voisins et dans le monde pendant la crise du coronavirus, a dénoncé mercredi la Commission européenne. Elle demandera notamment aux plateformes en ligne des rapports mensuels.

La task force East StratCom du Service européen d'action extérieure (SEAE, les "Affaires étrangères" de l'Union) a détecté sur le site web spécial EUvsDisinfo plus de 550 discours de désinformation provenant de sources pro-Kremlin, selon le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui présentait à la presse une évaluation des mesures de lutte contre la désinformation autour de la pandémie.

Ces vagues de désinformation viennent aussi de l'intérieur de l'UE. Elles peuvent prendre la forme de conseils erronés de prévention (comme boire de l'eau de javel) dangereux pour la santé, de prétendus remèdes miracles, de théories du complot, de discours racistes, de promotion de produits frauduleux, d'arnaques en ligne.

"En ces temps de coronavirus, la désinformation peut tuer. Dans le monde actuel, fondé sur la technologie, où les guerriers manient le clavier plutôt que l'épée et où les opérations d'influence ciblées et les campagnes de désinformation sont une arme reconnue utilisée par des acteurs étatiques et non étatiques, l'Union européenne augmente ses activités et ses capacités pour lutter contre ces pratiques", a affirmé le Haut représentant.

Si les plateformes en ligne "ont pris des mesures positives" au cours de la pandémie, elles doivent "accentuer leurs efforts", a exhorté la commissaire Vera Jourova, en charge des valeurs et de la transparence.

L'exécutif européen préconise que ces plateformes fournissent des rapports mensuels comprenant des données plus détaillées sur leurs efforts pour promouvoir des contenus vérifiés, intensifient leur coopération avec les vérificateurs de faits et les chercheurs, etc. Ces derniers seront davantage soutenus en s'appuyant sur les travaux de l'Observatoire européen des médias numériques nouvellement créé, promet la Commission.

Pas question de créer un "ministère de la vérité", a souligné Vera Jourova, mais bien de garantir la liberté d'expression et le débat démocratique pluraliste.

Twitter et Trump

La commissaire a mis en exergue la réaction de Twitter à des messages postés par le président américain Donald Trump sur ce réseau. "Twitter ne les a pas effacés, il a ajouté des informations vérifiées et des faits établis, ce qui illustre bien le pluralisme et une concurrence saine dans le cadre de la liberté d'expression", a-t-elle fait valoir. Une suppression est toutefois indiquée si la santé humaine est clairement mise en péril.

Dans cette optique également, l'UE intensifiera son soutien aux médias et journalistes indépendants, sur son territoire et dans le monde, insiste Mme Jourova.

A ses yeux, le prochain champ de bataille de la désinformation sera celui de la vaccination. "Une étude a montré que la volonté des Allemands de se faire vacciner avait reculé de 20 pts de pourcentage en moins de deux mois", a-t-elle fait observer.

Extrait de la déclaration de Vera Jourova, vice-présidente de la Commission européenne (anglais)

Vera Jourova, Vice-président de la Commission européenne : "C'est pourquoi je soutiens la réaction de Twitter aux tweets du président Trump. Ils ne l'ont pas supprimé, nous pouvons tous le voir. Ils ont fourni des informations vérifiées et ont mis en avant les faits." - 
"Nous, les politiciens, en particulier, devrions compter avec elle et devrions accepter cette confrontation. Parce que nous vivons à une époque où, lorsqu'un homme politique ment à travers l'énorme plate-forme numérique, avec une portée massive pour les citoyens, l'impact des déclarations est immédiat."