Des villes en faillite, c'est ça aussi l'Amérique

Des villes en faillite, c’est ça aussi l’Amérique
Des villes en faillite, c’est ça aussi l’Amérique - © RTBF

La plus grande faillite municipale des Etats-Unis a été déclarée en juin dernier à Stockton en Californie. Incapable de faire face à ses créanciers, cette ville doit aujourd’hui faire face aux conséquences désastreuses qui s’abattent sur la population locale.

Le mot  "faillite" effraye la terre entière. A quoi ressemble une ville en faillite ? Que se passe-t-il quand une entité publique doit faire face à la banqueroute ?

L’une de nos équipes s’est rendue à Stockton pour tenter de trouver des réponses à ces questions. Cette ville de 300 000 habitants, soit près de deux fois la taille de Liège, a déposé le bilan. Il s’agit de la plus importante des 28 banqueroutes municipales du pays.

Sur le perron de l’hôtel de ville, la Maire de Stockton, Ann Johnston n’en mène pas large face aux médias. Elle a repris le majorat au pire moment de la crise et ne peut aujourd’hui que constater et tenter d’expliquer les raisons de tels dégâts. "C’est la conséquence de salaires trop généreux pour nos employés et nos pensionnés. C’est la conséquence de nombreux emprunts pour construire nos infrastructures qu’on ne peut plus rembourser, et surtout c’est la conséquence de la chute du marché immobilier qui était l’une de nos principales sources de revenus", déclare-t-elle.

Dépenser sans compter avant le gouffre

Alfred Siebel est le guide de notre équipe. Il se dirige vers un stade flambant neuf construit au début des années 2000. "Ils ont dépensé beaucoup d’argent pour ça mais il faudra pas mal de temps pour qu’ils rentrent dans leurs frais", explique Alfred. La ville a emprunté 400 millions de dollars pour construire ce palais des sports dernier cri, mais aussi un stade de baseball toujours vide, ainsi qu’un luxueux port de plaisance.

Mais aujourd’hui la ville ne peut plus rembourser le moindre dollar, alors elle a décidé de faire des économies en commençant par la suppression de l’assurance maladie de ses pensionnés dont Alfred fait partie. "On parle de vies humaines ici; des gens qui ont dédié leur vie entière à la ville et qui ont bossé plus de 30 ans tout comme moi. On leur a donné tous ces services et à présent on reçoit une gifle en plein visage et on nous dit qu’on ne peut rien faire pour nous ".

Des citoyens au bord de la crise de nerfs

Alfred et son épouse ont aujourd'hui le sentiment d’un grand pénitencier à ciel ouvert, et il est même des jours où ils parlent de peine capitale. Spécialisé dans les pesticides pour l’entretien des parcs de la ville, Alfred ne compte plus les médicaments qu’il doit prendre chaque jour. Parmi ceux-ci, il y a un antidépresseur. "Je suis devenu suicidaire", témoigne-t-il.  "Si je voulais conserver l’assurance santé de la ville, je devais débourser 1172 dollars par mois et je n’en gagne que 2100. Donc, c’est impossible".

Triste constat dans la première puissance mondiale

"Nous n’avons plus d’avenir. On vit au jour le jour et si l’un de nous deux tombe très malade, on est à la rue", explique son épouse.

Se retrouver à la rue, c’est lot de davantage de citoyens chaque jour. Dans certains quartiers réputés dangereux, notre équipe trouve avant tout l’immense détresse de ceux qui n’ont plus rien. La politique d’austérité imposée par la ville étouffe la population et le malaise social de certains quartiers est à son paroxysme.

Le contexte quotidien

Les files à l’entrée des cantines bénévoles sont chaque jour un peu plus longues. A l’intérieur, on y trouve autant de destins fragiles mais des parcours souvent cruellement similaires : "j’ai d’abord perdu ma maison puis au bout de quelques mois, j’ai perdu mon boulot", témoigne un homme attablé. Le responsable de la cantine "St Mary’s " explique que le nombre de couverts a quasiment doublé depuis la faillite de la ville.

Des policiers retraités bénévoles pour faire des économies

Qui dit précarité dit bien souvent insécurité. La ville a licencié un tiers de ses effectifs policiers et a fait appel à des retraités bénévoles formés en seulement une semaine afin d’effectuer des travaux administratifs, pendant que les policiers professionnels  sont confrontés sur le terrain à une explosion de la criminalité. Les attaques à main armée ont doublé en un an et les meurtres ne sont pas en reste.

Un policier témoigne

"Avant les licenciements, nous comptions une moyenne de 24 homicides par an. L’année dernière on en a eu 58 et cette année en septembre, on en dénombrait déjà 50. Si ça continue à ce rythme,on va battre un nouveau record d’homicides cette année", témoigne un policier au volant de sa voiture de patrouille.

La ville la plus misérable des Etats-Unis

Le magazine Forbes a classé Stockton à la première place des villes les plus misérables des États-Unis. Et même avec la plus grande austérité, aucune amélioration n’est attendue avant cinq ans. Une trentaine de villes américaines ont fait faillite depuis le début de la crise, et c’est aujourd’hui tout un pays qui tente de ralentir l’hémorragie.

I.L. avec François Mazure

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