Des travailleurs humanitaires accusés d’abus sexuels en République démocratique du Congo : Oxfam à nouveau dans la tourmente

L’ONG britannique Oxfam vient de suspendre deux de ses collaborateurs accusés de s’être rendus coupables d’exploitation sexuelle en République démocratique du Congo. Le Times révèle que 22 collaborateurs, actuels et anciens, de l’ONG ont adressé une lettre à la direction en février. Ils y pointent le comportement de 11 membres de l’équipe d’Oxfam en République démocratique du Congo, dont des directeurs. Ils se seraient rendus coupables d’exploitation sexuelle, harcèlement, fraude, et népotisme.

Les lanceurs d’alerte soulignent que les premiers signalements sur les abus sexuels commis au Congo remontent à 2015, et que rien n’a été fait, malgré des appels répétés. Ils se disent "frustrés par la longueur de temps pris pour mener l’enquête".

"Nous pouvons confirmer avoir suspendu deux membres de l'équipe d'Oxfam en République démocratique du Congo dans le cadre d'une enquête externe en cours, que nous avons établie en novembre dernier, sur des allégations d'abus de pouvoir, notamment de harcèlement et d'inconduite sexuelle", a indiqué l'organisation dans un communiqué. "Nous travaillons d'arrache-pied pour conclure cette enquête de manière juste, sûre et efficace", a-t-elle ajouté.

Menaces de mort

Les lanceurs d’alerte affirment être eux-mêmes victimes d’une campagne d’intimidation, qui va jusqu’aux menaces de mort. Ils disent avoir "perdu confiance dans les promesses de responsabilité d’Oxfam et dans les principes qu’Oxfam dit défendre".

"Nous espérons que la RDC ne deviendra pas un autre exemple de l’incapacité d’Oxfam à empêcher les abus de pouvoir après les révélations médiatiques en Haïti en 2018 et l’engagement explicite d’Oxfam à faire mieux", ajoutent les auteurs de la lettre. Ils font référence au scandale retentissant du même genre qui a éclaté il y a trois ans.

Dans le sillage de révélations alors faites par la presse britannique, les autorités haïtiennes avaient accusé des responsables d’Oxfam de s’être rendus coupables d’abus et d’exploitations sexuels, entre 2010 et 2011, "au détriment des ressortissants haïtiens en situation de vulnérabilité et de précarité".

Un Belge au centre du scandale haïtien

Une enquête interne avait notamment établi qu’un responsable a payé des prostituées. D’autres employés sont accusés de harcèlement et d’intimidation. Au centre de l’affaire figurait l’ancien directeur d’Oxfam en Haïti, le Belge Roland Van Hauwermeiren.

Le scandale avait eu un impact majeur pour Oxfam et avait secoué l’ensemble du secteur de l’aide humanitaire. Des milliers de donateurs avaient cessé leurs versements en faveur d’Oxfam et l’organisation n’a plus pu recevoir non plus de subsides du gouvernement britannique. Les pertes se sont chiffrées en millions de livres. L’ONG a annoncé récemment la fermeture de 18 bureaux dans le monde et la suppression de 1500 emplois, soit près d’un tiers de ses effectifs. La baisse de ses ressources financières a été officiellement attribuée à la pandémie de coronavirus.

Des faveurs sexuelles pour un emploi

Oxfam avait promis en 2018 de se réformer, de ne plus jamais laisser passer de tels abus. Elle venait d’être à nouveau acceptée comme bénéficiaire de confiance par les autorités britanniques.

Un signal d’alarme était pourtant apparu durant l’automne dernier. Plus de 50 Congolaises avaient accepté de témoigner sur les abus sexuels commis par des travailleurs humanitaires envoyés dans le pays pour répondre à la crise du virus Ebola. Ces femmes ont expliqué avoir dû accepter des demandes sexuelles pour obtenir ou conserver leur emploi.

Les abus à l’encontre des bénéficiaires sont monnaie courante. Le secteur est devenu le dernier refuge pour les auteurs d’abus

Parmi les organisations humanitaires citées figure Oxfam, mais aussi MSF, et des agences des Nations Unies comme l’OMS, l’Unicef et l’OIM. Le secrétaire général des Nations unies avait demandé une enquête complète. Selon ces témoignages, certains abuseurs seraient belges ou français.

La commission parlementaire britannique de l’Aide au développement estime que le secteur abrite des prédateurs sexuels et que la culture ambiante amplifie le problème. "Notre enquête a révélé que les abus à l’encontre des bénéficiaires sont monnaie courante et que le secteur est effectivement devenu le dernier refuge pour les auteurs d’abus", a dénoncé la présidente de la commission, la travailliste Sarah Champion.

Selon la commission britannique, le secteur humanitaire surestime les efforts déployés pour résoudre le problème : l’autorégulation qu’il a mise en place est insuffisante. Les parlementaires recommandent notamment le déploiement d’un registre mondial des travailleurs humanitaires pour empêcher les prédateurs sexuels de rester actifs lorsqu’ils sont démasqués en passant d’une ONG à une autre.

A propos des accusations contre des employés d’Oxfam en RDC, Sarah Champion écrit sur Twitter : "Malheureusement, ce ne sera pas la dernière affaire, tant que le secteur ne change pas. Les lanceurs d’alerte doivent être protégés et un médiateur indépendant doit être mis en place pour enquêter."

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