Des témoins de la mort de George Floyd bouleversés de "ne pas l'avoir sauvé"

Des témoins de la mort de George Floyd bouleversés de "ne pas l'avoir sauvé"
Des témoins de la mort de George Floyd bouleversés de "ne pas l'avoir sauvé" - © KEREM YUCEL - AFP

Des jeunes filles armées de téléphones, un féru d'arts martiaux et une femme pompier, tous témoins de l'agonie de George Floyd, ont livré des témoignages bouleversants mardi devant le tribunal de Minneapolis, se désolant de ne pas avoir pu "sauver" l'Afro-Américain.

"Certaines nuits, je reste éveillée et je m'excuse auprès de George Floyd de ne pas avoir fait plus", a confié en pleurs Darnella Frazier, 18 ans, appelée à témoigner au procès du policier blanc Derek Chauvin. Le 25 mai, dans la grande ville du nord des Etats-Unis, elle était sortie faire une course avec une petite cousine, quand elle s'est retrouvée face à une scène qui, de son propre aveu, a "définitivement" changé sa vie.

Devant elle, Derek Chauvin se tient à genou sur le cou de George Floyd qui halète, gémit, supplie, puis s'évanouit. Darnella Frazier sort son téléphone portable et commence à filmer. Sa vidéo, mise en ligne sur internet, fera le tour du monde, poussant des millions de personnes à manifester contre le racisme et les violences policières. Mais, sur le moment, la jeune fille tente juste de convaincre le policier de lâcher prise. "Je suis quelqu'un qui garde tout en moi", a-t-elle expliqué aux jurés. "Mais quand j'ai vu ce que j'ai vu, je me suis faite entendre."

Sur le trottoir à côté d'elle, une ancienne camarade de lycée, 17 ans, a le même réflexe. Tout en filmant, celle-ci crie aux policiers: "Vérifiez son pouls, ça fait une minute qu'il ne bouge plus."

Des forces puissantes

Genevieve Hansen, une femme pompier de 27 ans en congé ce jour-là, interpelle aussi Derek Chauvin et ses collègues. Elle s'identifie, demande à apporter son aide. En vain. "Dès que quelqu'un essayait de s'approcher", les policiers les écartaient. "Ils étaient sur la défensive", a commenté Darnella Frazier. Après de longues minutes, une ambulance arrive, trop tard pour ranimer le quadragénaire noir. Et ces témoins ne s'en sont toujours pas remises. "On n'a rien pu faire, des forces puissantes étaient là et j'ai l'impression d'avoir laissé tomber" George Floyd, a déclaré, très émue, la seconde jeune fille.

S'essuyant elle aussi les yeux, Mme Hansen s'est dite "totalement bouleversée" de ne pas avoir pu, entre autres, pratiquer de massage cardiaque sur le quadragénaire. "On lui a dénié ce droit", a-t-elle dit. "Quand je pense à George Floyd, je vois mon père, mes frères, mon cousin, mon oncle. Ils sont tous noirs", a ajouté Darnella Frazier. "Ça aurait pu être eux." Alors, certaines nuits, elle fait des insomnies et s'excuse auprès de George Floyd de ne pas "s'être interposée physiquement" pour le sauver. "Mais ce n'était pas à moi de faire autrement, c'était à lui", a-t-elle conclu à l'adresse de Derek Chauvin.

Prise d'étranglement

Avant elles, un autre témoin a raconté avoir lui aussi échoué à peser sur le cours de la situation. Adepte de sports de combat, Don Williams a immédiatement pensé assister à "une prise d'étranglement sanguin", une technique qui permet de maîtriser un adversaire en coupant l'afflux de sang. Il l'a dit à Derek Chauvin, qui l'a regardé sans bouger. Frustré "de l'absence de réponse", le jeune homme noir a reconnu avoir haussé le ton. Finalement, "j'ai appelé la police pour dénoncer la police parce que j'ai pensé être témoin d'un meurtre."

Lors de son contre-interrogatoire, l'avocat de Derek Chauvin a insisté sur les insultes proférées par Don Williams contre les policiers. "Vous les avez appelés abrutis 13 fois", "vous étiez de plus en plus en colère", a-t-il insisté. La veille, Eric Nelson avait estimé que les cris de la foule avaient conduit son client "à détourner son attention du sort de M. Floyd pour se concentrer sur la menace croissante" qu'auraient constitué les passants.

Mépris

Derek Chauvin, 45 ans, est inculpé de meurtre et d'homicide volontaire. Remis en liberté sous caution, il comparaît libre et plaide non coupable. Son avocat soutient qu'il a appliqué une procédure conforme à sa formation et que George Floyd est mort d'une overdose au fentanyl et de problèmes de santé.

Mais pour les procureurs, le policier a manifesté un "mépris" évident pour la vie de l'Afro-Américain en maintenant sa pression pendant neuf minutes et vingt-neuf secondes.

Les parties ont trois à quatre semaines pour convaincre les jurés, qui devraient rendre leur verdict vers la fin avril ou début mai.

Les trois autres policiers impliqués, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, seront jugés en août pour "complicité de meurtre".

Sur le même sujet: JT 29/03/2021

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK