Des retrouvailles entre Sud et Nord-Coréens dans deux semaines?

Des retrouvailles entre Sud et Nord-Coréens dans deux semaines ?
Des retrouvailles entre Sud et Nord-Coréens dans deux semaines ? - © Tous droits réservés

Un accord a été dégagé aujourd'hui entre les deux Corée. Il doit permettre à des familles séparées depuis la guerre de 1950-53 de se retrouver à partir du 20 février prochain, le temps de quelques jours. Ce genre d'accord est très rare entre les deux pays mais aussi très fragile. Pour le décrypter, trois questions à Philippe Paquet, journaliste à la Libre Belgique, sinologue et spécialiste de l'Asie.

Dans quelles conditions ces personnes ont-elles été séparées?

La grande majorité d'entre elles ont été séparées suite à la guerre de Corée, entre 1950 et 1953, un certain nombre aussi depuis la Seconde Guerre mondiale. Au total, il y a environ 10 millions de Coréens qui ont été coupés de leur famille. Aujourd'hui, ils sont encore des dizaines voire des centaines de milliers. Pendant une trentaine d'années quasiment, il n'y a eu aucun contact entre les deux régimes du Nord et du Sud, ni téléphonique, ni épistolaire, ni d'aucune sorte. Les premières retrouvailles familiales ont eu lieu en 1985. Depuis lors, elles sont organisées par la Croix-Rouge. Seule une petite partie des Coréens peut y participer, triée sur le volet. Ces personnes retrouvent parfois un frère, une soeur, un fils ou une fille de l'autre côté de la frontière. Des retrouvailles d'une grande intensité.

Ces retrouvailles sont-elles utilisées comme monnaie d'échange par la Corée du Nord dans son bras de fer avec la Corée du Sud?

En tous cas, depuis 1985 et la reprise de ces négociations, celles-ci se sont déroulées épisodiquement, avec des hauts et des bas. Elles ont parfois été suspendues pendant des années, renouées, avant d'être annulées au dernier moment. Cela a créé des frustrations énormes chez les personnes qui avaient été retenues pour participer à ces programmes d'échanges (NDLR: comme en septembre 2013). La Corée du Nord a utilisé plusieurs fois ces réunions comme une monnaie d'échange. C'est un des aspects de l'ensemble des relations inter-coréennes, des relations qui sont très difficiles, très houleuses, tributaires des conditions politiques, non seulement entre les deux Corée mais aussi des relations plus générales avec les grands pays voisins, la Chine, les Etats-Unis, le Japon ou la Russie. Ce programme d'échanges est une opération humanitaire, organisée par la Croix-Rouge mais il est politiquement motivé et tributaire des aléas de la vie politique dans cette partie du monde et en tous cas dans la péninsule coréenne.

Si ces retrouvailles ont lieu, pourra-t-on parler de signe d'apaisement entre les deux pays?

C'est un signe très ponctuel de réchauffement dans les relations entre les deux pays. Mais ce réchauffement peut se refroidir dès demain ou la semaine prochaine, selon une lubie supplémentaire de la direction nord-coréenne et plus particulièrement de son dirigeant suprême Kim Jong-Un. Il est par contre moins probable que du côté sud-coréen, il y ait des atermoiements et des revirements de dernière minute. Que cette réunion ait lieu, ce serait certainement une bonne chose et donc un signe d'apaisement entre les deux parties. Mais rien ne dit que cet apaisement va être durable, significatif et qu'il va déboucher sur d'autres signes concrets de rapprochement entre les deux régimes. Cela peut être une ouverture sans lendemain comme cela peut être le signe, espérons-le, d'une ouverture à plus long terme et plus substantielle que ce programme de réunions familiales.

A.W.

 

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