Des nuages de criquets pèlerins ravagent les cultures d'Afrique de l'Est: une seconde vague qui renforce la crainte de famine

Un essaim peut compter jusqu'à 80 millions de criquets pélerins
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Un essaim peut compter jusqu'à 80 millions de criquets pélerins - © FAO/Yasuyoshi Chiba

En pleine pandémie de Covid-19, une autre crise majeure secoue la corne de l'Afrique: une invasion de criquets pèlerins.

Ces criquets ravagent les cultures et la végétation depuis le mois de décembre et ont déjà occasionné la perte de centaines de milliers d'hectares de production agricole principalement au Kenya, en Somalie et en Ethiopie.

Mais à présent une seconde vague déferle sur les cultures du nord du Kenya, une vague plus vorace encore. 

C'est donc une double crise que ces Etats doivent affronter, celle du Covid-19 et celle des criquets. Toutes deux vont aggraver la crise alimentaire qui se profile dans la région.

Des essaims voraces et voyageurs 

L'arrivée d'un essaim, c'est l'arrivée d'un désastre. Chacun de ces criquets peut manger chaque jour l'équivalent de son poids, soit environ deux grammes de végétation: les plants de céréales et la végétation qui doit servir de fourrage pour les animaux, donc permettre d'avoir du lait. 

Or ces criquets voraces peuvent former des essaims de plusieurs dizaines de millions de criquets. Certains essaims peuvent atteindre une surface comparable à celle du Luxembourg. Et ils peuvent parcourir de 5 km à 130 km par jour pour se nourrir. 

Une situation "alarmante" en Afrique de l'est

La FAO (l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) juge la situation "extrêmement alarmante" en Afrique de l'est. De nouveaux essaims continuent à se former, à effectuer leur maturation et à pondre dans le nord du Kenya, le sud de l'Ethiopie, et probablement la Somalie.

Une situation qui coïncide avec le début des pluies et... des plantations.  

Favorisée par des pluies abondantes en mars, cette nouvelle vague d'essaims est bien plus ravageuse que la précédente et en annonce d'autres. 

"Cette deuxième vague est vingt fois plus importante que les précédentes" expliquait ce dimanche sur LaPremière, à notre correspondante au Kenya Charlotte Simonart, le coordinateur des programmes de résilience en Afrique de l'est pour le FAO, Cyril Ferrand. "Et si ces criquets vont se reproduire d'ici un mois ou un mois et demi, ils vont engendrer une nouvelle vague qui sera également vingt fois plus importante, donc on pourrait avoir 400 fois plus de criquets si les contrôles ne sont pas satisfaisants."

Les états concernés et la FAO contrôlent la progression des ces criquets, géolocalisés sur une carte interactive.  D'autres états, on le voit, voient des cultures menacées par ces criquets pèlerins, comme l'Iran ou le Yémen, pays en guerre dont les 2/3 de la population dépendent déjà de l'aide humanitaire. 

Le Coronavirus complique la lutte contre les criquets

Pour lutter contre ces essaims, des pesticides sont vaporisés sur la végétation. Mais les restrictions de mouvement, les fermetures de frontières liées au coronavirus ralentissent et compliquent l'approvisionnement en produits. 

Ce combat devra être livré vraisemblablement jusqu'à la fin de l'année et nécessiter des fonds à l'heure où les bailleurs pourraient être surtout tournés vers les dégâts du Coronavirus. 

"Aujourd'hui, on a augmenté les moyens de lutte au sol et par air" explique encore ce dimanche, Cyril Ferrand, pour la FAO, à notre correspondante au Kenya, Charlotte Simonart. "La FAO a amené cinq avions supplémentaires. Et des hélicoptères sont en train d'arriver, ainsi qu'un approvisionnement de pesticides supplémentaires. Mais c'est un combat contre le temps parce qu'on est au début de la production agricole, donc il faut limiter la population de ces criquets au moment où les agriculteurs vont planter." 

La faim

Ces invasions de criquets successives et à l'ampleur alarmante, ainsi que les perturbations économiques liées au coronavirus: deux crises simultanées qui vont aggraver la situation d'une région déjà fragilisée.

Jusqu'à 5 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la faim, estime l'ONU, alors que 20,2 millions de personnes sont déjà dans cette situation d'insécurité alimentaire dans la corne de l'Afrique, en Ethiopie, au Kenya, en Somalie, mais aussi au Soudan du Sud, en Ouganda et en Tanzanie. 

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