Des migrants éthiopiens vivent l'enfer dans les prisons saoudiennes selon Amnesty

Des migrants éthiopiens vivent l'enfer dans les prisons saoudiennes selon Amnesty
Des migrants éthiopiens vivent l'enfer dans les prisons saoudiennes selon Amnesty - © ABDO HYDER - AFP

Depuis mars, les autorités houthies au Yémen ont expulsé des milliers de travailleurs migrants éthiopiens et leurs familles vers l'Arabie saoudite, où ils sont détenus dans des conditions qui mettent leur vie en danger, dénonce vendredi un rapport de l'organisation de défense des droits humains Amnesty International.

Parfois enchaînés par deux, les migrants sont contraints de faire leurs besoins à même le sol dans des cellules incroyablement surpeuplées, où ils sont confinés 24 heures sur 24, décrit Amnesty. À la prison centrale de Jizan, en Arabie saoudite, les détenus s'entasseraient en moyenne à 350 par cellule.

Tous les prisonniers ont déclaré que les maladies sont courantes dans les centres et ont signalé des infections cutanées, des diarrhées et des cas de fièvre jaune.

L'organisation a recensé la mort de trois adultes en détention, mais souligne que les décès sont probablement plus nombreux. "La prévalence de la maladie et le manque de nourriture, d'eau et de soins médicaux laissent à penser que le nombre de morts pourrait être plus élevé", pointe le rapport d'Amnesty International.

"Les femmes enceintes, les bébés et les petits enfants sont emprisonnés dans les mêmes conditions et trois personnes ont déclaré avoir eu connaissance de décès d'enfants", a déclaré la chercheuse et conseillère sur les droits des personnes réfugiées et migrantes, Marie Forestier. "La situation est si dure qu'au moins deux personnes ont tenté de se suicider."

D'après deux détenus, les gardiens leur ont administré des décharges électriques, ainsi qu'à d'autres prisonniers, pour les punir de s'être plaints de leurs conditions.

Abeba, 24 ans, a raconté la détresse psychologique aigüe de certaines de ses codétenues au centre d'al Dayer. "Certaines femmes se parlent toutes seules, d'autres ne s'habillent pas ou sont incapables de se contrôler lorsqu'elles urinent."

"Nous exhortons les autorités saoudiennes à libérer immédiatement tous les migrants détenus de manière arbitraire et à améliorer nettement les conditions de détention pour éviter d'autres morts", déclare Marie Forestier. Amnesty International demande également aux autorités éthiopiennes et saoudiennes de collaborer pour assurer le rapatriement volontaire, sûr et digne des ressortissants éthiopiens. Le gouvernement éthiopien a pour sa part évoqué le manque de centres de quarantaine pouvant accueillir ceux qui rentrent, comme obstacle aux rapatriements.

Jusqu'en mars 2020, des milliers de migrants éthiopiens travaillaient dans le nord du Yémen pour payer leur passage en Arabie saoudite. Quand la pandémie de Covid-19 s'est intensifiée, les autorités houthies leur ont ordonné de se rendre à la frontière, où ils auraient été pris entre les forces houthies et saoudiennes, explique Amnesty. Une fois en Arabie saoudite, ils ont été appréhendés et parfois frappés. Leurs affaires ont été confisquées.

Les autorités saoudiennes refusent de fournir des soins adaptés aux blessures par balles reçues à la frontière, ce qui provoque des infections susceptibles de mettre des vies en danger.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 2.000 Éthiopiens sont toujours bloqués au Yémen sans nourriture, sans eau et sans soins médicaux.

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