Des hackers piratent les caméras de surveillance d’une prison en Iran et diffusent les images des détenus maltraités

Jamais un rapporteur spécial de l’ONU n’a reçu la permission de visiter la prison iranienne d’Evin à Téhéran, tristement célèbre pour la manière dont les prisonniers, politiques notamment, sont (mal) traités. Un groupe de hackers se faisant appeler la Justice d’Ali (Edalat-e Ali) a donc décidé de pirater le système interne de vidéosurveillance afin de montrer au monde ce qui se passe à l’intérieur du pénitencier. Parmi les images diffusées, plusieurs montrent des gardiens en train de maltraiter ou de frapper des détenus.

 

 

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Une image de l’intérieur de la prison d’Evin à Téhéran où l’on voit un détenu traîné à travers les couloirs de la prison. © Twitter / @AlinejadMasih

Facétieux, les hackers ont également diffusé la vidéo du moment où leur logo ainsi que les inscriptions "Cyberattaque" et "Evin, tache de la honte" s’affichent sur les écrans de contrôle du centre de surveillance, sous le regard ébahi des personnes présentes.

Suite à cet "incident, les autorités iraniennes ont dans un premier temps préféré botter en touche et parler de "circonstances pas très claires". Par la suite, le chef de l’Organisation des prisons, Mohammad Mehdi Haj-Mohammadi, a déclaré qu’il assumait la responsabilité du "comportement inacceptable" comme le relatent nos confrères de la BBC.

Une autre source proche de l’autorité judiciaire, elle, a confirmé qu’une enquête était en cours afin de faire la lumière sur la question. Les mauvais traitements infligés aux détenus font en effet régulièrement l’objet de rapports et de critiques de la part de l’ONU ainsi que d’organisations internationales de défense des droits de l’Homme en Iran.

Le système parallèle des Gardiens de la Révolution n’est pas remis en question par cette fuite

La prison d’Evin est l’établissement pénitentiaire où se trouve Ahmadreza Djalali, professeur de médecine invité à la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et condamné à mort par le régime iranien pour espionnage.

Mais Jonathan Piron, professeur en sciences politiques et spécialiste de l’Iran, pointe que ces images sont liées à l’administration pénitentiaire classique qui dépend du ministère de la Justice et non des Gardiens de la Révolution directement contrôlés par le Guide suprême Ali Khamenei, "un système parallèle d’administration pénitentiaire", "et qui est complètement autonome par rapport à l’administration pénitentiaire classique, donc on ne franchit pas une ligne rouge dans les fuites et le débat est permis car il ne touche pas à l’essence même du système".

Ce n’est pas le premier scandale de la sorte en Iran : des fuites ont déjà eu lieu en 2009 sur des mauvais traitements dans une prison. Jonathan Piron souligne que "cela fait débat sur les réseaux sociaux et la nouveauté, c’est que certains journaux iraniens, notamment réformateurs s’en sont fait l’écho en une et que le débat est devenu public et politique en Iran".

Les condamnations suivront-elles ou les portes de ces pénitenciers se refermeront-elles très vite ? A suivre, d’autant que le nouveau président iranien est issu du monde judiciaire, Ebrahim Raisi est un ancien procureur.

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