Des grosses fesses au prix de la santé, une tendance dangereuse en Côte d'Ivoire

Des mannequins aux fesses bien larges.
2 images
Des mannequins aux fesses bien larges. - © Amandine RÉAUX

À rebours des régimes amincissants à l’approche de l’été, les Ivoiriennes bombent leur postérieur à renfort de sirops ou crèmes qui ne sont pas sans danger pour leur corps.

Ce samedi, sur le grand marché de Marcory, en plein cœur d’Abidjan, une commerçante dort. Au milieu des vendeuses de fruits et légumes, elle est cachée derrière des boîtes intrigantes mais explicites : des silhouettes de dos, nues, aux fesses surdimensionnées. Autour d’elle, des femmes, pour certaines fortes, répondent d’un rire gêné qu’elles ne boivent pas ces sirops.

Le sujet est tabou, mais la tendance est bien là. En Côte d’Ivoire, les régimes amincissants n’ont pas leur place. Le corps des femmes est soumis à des normes de beauté radicalement différentes de l’Europe : les seins, mais surtout les fesses, doivent être grosses, les plus galbées possibles. Les femmes dites "plates" sont même mises à l’écart de la société.

"La femme est faite pour plaire à l’homme"

"Il est normal que ces produits marchent, la femme doit être présentable, elle est faite pour plaire à l’homme", assure Kouadio, machiste. Ce jour, le commerçant sur le marché de Marcory n’aura vendu aucun de ses sirops et crèmes à 3 euros, contrairement aux périodes de fêtes où il peut écouler entre 10 et 20 boîtes.

Un peu plus loin, dans les allées étroites, Estelle tresse les cheveux d’une cliente. "Une femme doit avoir des fesses en pistolet, elle ne doit pas être plate", lance en rigolant cette coiffeuse de 21 ans. Une de ses amies la taquine : "Regardez ses fesses, elle, elle a pris les produits !".

Une autre commerçante confie avoir ingéré, pendant une durée d'un mois, un sirop "pour se plaire". Et ce "sans effet secondaire", assure-t-elle.

"Des cubes Maggi comme suppositoires"

Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. "Ce phénomène est inquiétant", jugent Evelyne et Lydia, pharmaciennes au Plateau, le quartier des affaires. "On ne sait pas qui fabrique les sirops, les crèmes provoquent des problèmes de peau, de l’eczéma, certaines utilisent même des cubes Maggi comme suppositoires", listent-elles, alarmées. Des images de peaux infectées circulent sur les réseaux sociaux. "Les hommes aiment les femmes fortes", avancent-elles pour expliquer la tendance pourtant dangereuse.

Alors, pour éviter toute complication, des commerçantes mettent en avant le naturel. Dans la même allée qu’Estelle, Alima fabrique une crème à base de beurre de karité. Un remède aux effets légèrement exagérés et au coût plus important que les produits "miracle" : 15 euros les deux pots pour la cure d’un mois que préconise Alima.

Les plus fortunées, elles, se tournent vers la chirurgie esthétique. En six ans, Ibrahim Taleb, l’un des dix praticiens d’Abidjan, a vu la tendance émerger. "Il y a 15 ans, on avait même pas de demande et, aujourd’hui, je fais deux opérations par mois", explique-t-il. Ce sont des Ivoiriennes entre 20 et 40 ans, de couche sociale aisée, qui "veulent ressembler à Kim Kardashian ou à des stars brésiliennes".

Le tabou est le même : les femmes cachent à leur entourage qu’elles ont eu recours à la chirurgie, parfois même à leur propre mari, selon le Dr Taleb. L’opération, sous anesthésie générale, dure entre 40 minutes et 4 heures. Le principe : aspirer la graisse des bras, du ventre ou des jambes et la filtrer pour la réinjecter dans les fesses. Mais son coût de 2 millions de francs CFA, soit 3000 euros, la rend inaccessible pour la plupart des Ivoiriennes.

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK