Des Français s'engagent aux côtés des pro-russes (reportage)

Les intéressés tiennent un discours anti-immigration, anti-américain et conservateur.
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Les intéressés tiennent un discours anti-immigration, anti-américain et conservateur. - © Aurélie Didier

Des Européens, des Français notamment, ont décidé de venir renforcer les rangs des séparatistes. Comme les combattants qui partent en Syrie, ils prétendent défendre un idéal. Ici, la motivation, c'est la lutte contre l'impérialisme américain. C'est aussi un engagement pour la politique du président russe Vladimir Poutine. (Reportage exclusif)

Nous avons rendez-vous avec Erwan et Cécile (nom d’emprunt) à Rostov-sur-le-Don, dans le sud de la Russie. Ces deux Français vont bientôt s'engager aux côtés des pro-russes. Cécile a trente ans, elle est infirmière. Erwan est un ancien militaire. À Rostov, ils se trouvent donc à une centaine de kilomètres de la frontière ukrainienne. Ils vont bientôt la passer pour aller à Donetsk. Leur démarche est radicalement pro-russe et anti-américaine.

Pour Cécile, "l’Europe est actuellement représentée par une élite à Bruxelles qui est esclave des Etats-Unis. Je pense que la majorité du peuple européen se sent d’avantage représenté par la Russie, qui défend plus des valeurs de souveraineté nationale."

Elle refuse de s’engager sur le front aux côtés des Ukrainiens : "Ce sont des nazis, ce sont eux qui bombardent les populations civiles, je n’ai donc pas envie d’aller les aider." Une rhétorique fréquemment utilisée par le Kremlin, et qui s'appuie sur la présence de combattants d'extrême-droite sur le front ukrainien. Le discours a convaincu Cécile. Elle paye son voyage par elle-même : 4000 euros. Erwan lui a déboursé 7000 euros. Ils partagent les mêmes idées. Erwan ne sait pas encore s’il va un jour rentrer en France. "Je me sens Français et Européen, mais si la France décidait de s’engager militairement dans le conflit, alors je pense que je resterais dans l’Est".

Leur trajet : de Paris jusqu’à Donetsk

Ils ont décollé de Paris, ils ont transité par Moscou avec leur visa touristique, avant d’arriver à Rostov-sur-le-Don. C’est depuis cette ville qu’ils vont prendre un bus pour entrer dans l’Est de l’Ukraine et rejoindre Donetsk. Ils vont s’engager du côté des pro-russes.

Après deux jours d’attente à Rostov, ils arrivent enfin à Donetsk, où nous les retrouvons. Ils sont accueillis par un contact local, qui travaille pour les pro-russes. Il les conduit vers leur nouveau logement à Donetsk, dans un endroit gardé secret pour des raisons de sécurité.

Le lendemain, Cécile a rendez-vous dans un grand hôpital au centre de Donetsk.

Elle est accueillie par les responsables du service de réanimation. Elle est directement plongée dans l'ambiance. On lui présente les patients, et parmi eux, un combattant blessé.

"Je me mets à la disposition de la république de Donetsk, donc je viens ici dans le service de chirurgie thoracique, où on a besoin de personnel." - Donc c’est clairement un engagement aux côtés des séparatistes ? "C’est exact, je pense que c’est ici que les victimes civiles sont le mieux prises en charge, c’est la république de Donetsk qui organise les couloirs humanitaires. "

Des valeurs conservatrices et anti-américaines

Mais pourquoi cette Française s'engage-t-elle du côté pro-russe? Elle se dit déçue par son pays, elle admire Vladimir Poutine. "Oui j’admire sa politique car il défend son pays, et les valeurs traditionnelles de la famille. En France, il y a une politique antifamiliale. Quand on est une famille nombreuse, il vaut mieux être une famille d’immigrés, comme cela on reçoit un max d’allocations. La Russie a une politique qui respecte plus les valeurs familiales, elle a une politique nataliste". Un discours anti-immigration, anti-américain et conservateur.

Erwan de son côté attend encore les instructions, il espère travailler dans le renseignement et être affecté à un bataillon. Leur engagement surprenant montre toute la séduction que peut exercer Vladimir Poutine, même chez certains Européens.

Aurélie Didier et Garry Wantiez, envoyés spéciaux en Russie et à Donetsk

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