Des femmes et des enfants belges dans les camps syriens, entre regrets et rêve d’un nouveau califat

Dans le bureau d’accueil du camp de Roj, où elle a été amenée par les autorités kurdes du nord-est de la Syrie, Jessie Van Eetvelde confie ses regrets. Elle affirme avoir rejoint la Syrie sous l’influence de son mari et voudrait rentrer en Belgique avec ses deux enfants. "Certaines femmes ne veulent pas rentrer. Qu’elles tirent leur plan. Mais celles qui regrettent vraiment et veulent une nouvelle chance… Combien de criminels ne reçoivent pas une seconde chance ? Je ne me considère même pas comme une criminelle parce que je n’ai rien fait. J’ai vécu durant des jours en déprimant dans une maison sous les bombes. Si j’avais su, je n’aurais jamais fait ce choix."

Depuis que le groupe terroriste Etat islamique a perdu les territoires qu’il contrôlait en Syrie, 23 femmes belges et une soixantaine d’enfants vivent enfermés dans les camps. Les hommes sont en prison, présumés morts ou en fuite. Parmi la dizaine de Belges que nous avons rencontrées au camp de Roj, toutes n’expriment pas des regrets. Une femme originaire de Bruxelles souhaitant conserver l’anonymat, mère de quatre enfants, dont un blessé par la guerre, rêve encore du retour d’un califat. "C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses qui n’allaient pas. Mais il y a des choses qui allaient bien aussi. Il ne faut pas trop dire que c’était mal parce que ce n’est pas vrai. Ce n’était pas si mal que ça."

"Demain, l’Etat islamique peut reprendre le contrôle de la situation"

Que faire avec ces familles ? Le gouvernement belge accepte le retour de certains enfants mais pas celui des adultes. Selon deux députés de l’opposition venus réévaluer la situation en Syrie, il est urgent de réagir. "Il faut coopérer avec les autorités locales pour faire le tri, faire revenir les femmes pour qui c’est possible, estime Georges Dallemagne (cdH). Qu’on arrête de reporter la solution à ce problème. Parce que, demain, l’Etat islamique peut reprendre le contrôle de la situation. Celle-ci reste extrêmement fragile.

"Il est très clair qu’il y a de grandes différences entre les personnes, dit pour sa part Koen Metsu (N-VA). Il est impossible de traiter tout le monde de la même manière dans ce cas. Ce que nous devons faire, c’est envoyer une équipe d’experts ici."


►►► A lire aussi : Rendez-vous en Syrie où l’association de victimes du terrorisme V-Europe installe un bureau


Les familles de djihadistes belges se trouvent au camp de Roj, près de la frontière nord de la Syrie, ou 100 kilomètres au sud, dans l’immense camp d’Al Hol rassemblant 64.000 personnes. Ce camp connaît d’importants problèmes sanitaires et humanitaires. Autre menace : celle d’une radicalisation de plus en plus grande de certains groupes de femmes qui s’organisent en véritable réseau. Elles font régner la violence et endoctrinent, même des enfants.

Jets de pierre et enfants radicalisés

3 images
"Aujourd’hui, nous avons malheureusement vu des enfants se tourner contre nous. Certains nous ont appelés 'kouffar', jeté des pierres. Cela m’inquiète vraiment. Les enfants sont victimes de la radicalisation", confie la directrice de Child Focus. © L.CO

Après une visite écourtée par des lancers de pierres, Heidi De Pauw, directrice de Child Focus, confie sa tristesse et son inquiétude : "Aujourd’hui, nous avons malheureusement vu des enfants se tourner contre nous. Certains nous ont appelés 'kouffar' (infidèles ndlr), jeté des pierres. Cela m’inquiète vraiment. Les enfants sont victimes de la radicalisation. J’appelle le gouvernement belge et les Etats membres de l’Union européenne à ramener au plus vite les enfants. S’occuper d’eux, les mettre en sécurité, leur procurer de l’éducation et des soins médicaux."

Des familles de 46 nationalités se côtoient au camp d’Al Hol. Les forces kurdes tiennent les portes fermées mais reconnaissent avoir perdu le contrôle à l’intérieur. Les autorités locales sollicitent l’aide de la communauté internationale pour que l’endroit ne constitue pas la base d’un nouveau califat.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK