Des dizaines de citoyens européens menacés de mort par la Turquie

Emrah Celik, l'auteur des menaces de mort contre Bahar Kimyongür
Emrah Celik, l'auteur des menaces de mort contre Bahar Kimyongür - © Tous droits réservés

L’image fait froid dans le dos. Bahar Kimyongür l’a reçue sur son téléphone portable. On y voit un homme brandissant une tête décapitée. L’allusion est glaçante. C’est le sort que l’homme, un membre du groupe turc d’extrême droite Les Loups gris, combattant en Syrie, entend réserver au journaliste belge.

Bahar Kimyongür est depuis longtemps dans la ligne de mire des autorités turques. Mais il n’est pas le seul à subir des menaces. Les autorités turques font circuler sur le Net une liste noire de centaines de personnes dont la tête est mise à prix. La personne qui permettrait de livrer Bahar Kimyongür aux autorités turques empocherait 2 millions de livres turques, soit 220.000 euros. La récompense a été multipliée par deux l’an dernier.

L’eurodéputée belge Maria Arena, qui préside la commission des droits de l’Homme au sein du Parlement européen, s’en est émue. "Les autorités turques ont établi une liste de 'most wanted persons' (personnes les plus recherchées, ndlr). Sur cette liste figurent des journalistes, des militants, mais aussi des criminels de droit commun qui sont en Turquie. Il y a donc un amalgame dommageable, pointe-t-elle. J’ai averti le Haut représentant de l’existence de ces listes qui ciblent des ressortissants européens. Ensuite, quand Mr Kimyongür a reçu des menaces de mort précises sur Twitter  il nous a contactés pour nous dire que sa vie était vraiment en danger."

L’auteur de ce message de menace est connu : il s’agit d’Emrah Celik, un turc commandant de la 2eme division côtière de l'armée syrienne libre, une structure militaire islamiste qui rassemble des volontaires turcs et des Turkmènes de Syrie.

Des leviers pour faire pression sur Ankara

Pour Maria Arena, "venir attaquer des citoyens européens sur le sol européen, c’est une violation de l’intégrité territoriale de l’Europe. La Turquie n’est pas la seule à faire de l’ingérence. C’est le cas aussi de la Russie. On a d’ailleurs créé une commission spéciale de l’ingérence étrangère, parce qu’il s’agit vraiment d’attaques contre notre démocratie. [Le président français Emmanuel] Macron a évoqué récemment le risque d’ingérence turque pendant les élections en France."


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L’Europe est en délicatesse avec la Turquie du président Erdogan, mais elle dispose quand même de leviers pour faire pression sur Ankara. "L’Europe dispose de l’union douanière. La Turquie est un pays important en matière d’échanges économiques. La Turquie est demandeuse d’un renforcement de cette union douanière. Je pense que ce renforcement serait une mauvaise idée quand on voit comment la Turquie s’éloigne d’un modèle démocratique. Il suffit de regarder le nombre de journalistes, d’enseignants, d’universitaires qui sont en prison aujourd’hui, et le fait de sortir de la Convention d’Istanbul en matière de protection et d’égalité des femmes n’est pas un gage de démocratie."

Protection policière

Il y a deux jours, 48 eurodéputés de tous pays ont écrit une lettre ouverte à Charles Michel, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission pour attirer leur attention sur l’inquiétante dérive autoritaire de la Turquie et les menaces de mort qui pèsent sur des dizaines de citoyens européens, dont Bahar Kimyongür.

Les eurodéputés citent le cas de Sevim Dagdelen, chef adjoint du groupe parlementaire de gauche en Allemagne. Bien qu’elle ne figure pas dans la "liste des personnes recherchées", elle reçoit souvent des menaces et elle vit sous la protection de la police depuis des années.

En Autriche, en janvier dernier, un agent turc a été expulsé. Feyyaz Östürk  serait allé en personne voir les services autrichiens du gouvernement pour les prévenir qu’il avait été chargé de tuer trois personnalités politiques  opposées à l’actuel président turc, Recep Tayyip Erdogan. Parmi ces personnalités, Berivan Aslan une élue d'origine kurde qui vit désormais sous protection.

Le 6 avril prochain, Charles Michel et Ursula von der Leyen doivent rencontrer le président turc. Les eurodéputés leur demandent à cette occasion d’affirmer que de telles menaces de mort à l’encontre d’opposants sur sol européen sont inacceptables.

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