Des cris de douleur pour exiger la libération d'un blogueur saoudien

Des cris de douleur pour exiger la libération d'un blogueur saoudien
Des cris de douleur pour exiger la libération d'un blogueur saoudien - © DR

Ils sont une trentaine, transis de froid dans les bourrasques et la pluie. Ils font face à l’ambassade d’Arabie saoudite à Bruxelles. Des cris déchirants s’échappent d’un haut-parleur. Ce sont les cris de douleur d’un homme que l’on fouette. Dans les mains de ces militants d’Amnesty international, une banderole. Elle porte le nom de Raif Badawi, un jeune blogueur qui a eu l’outrecuidance d’ouvrir le débat sur internet.

Raif Badawi a été condamné le 7 mai 2014 par le tribunal de Djedda à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, assortis d’une interdiction de voyager pendant 10 ans. En outre, il lui est interdit d’utiliser les médias et les réseaux sociaux, et il devra s’acquitter d’une amende d’un million de riyals saoudiens (environ 226 000 euros).

Son crime : avoir créé un site "Libérez les libéraux saoudiens", où il ouvre le débat politique sous forme de forum. Pour les autorités saoudiennes, Raif Badawi a insulté l’islam, et il est accusé d’apostasie, une infraction passible de la peine de mort en Arabie saoudite. Un prétexte souvent utilisé dans ce pays pour faire taire les opposants. Malgré les efforts de son avocat, qui est depuis lors également en prison, la peine de Raif Badawi a été confirmée le 1er septembre.

Fouetté en public

Ses mille coups de fouets ont été répartis en 20 "séances" : chaque vendredi, il doit en recevoir 50, en public, après la prière, devant la mosquée al-Jafali à Djedda. Il a subi les 50 premiers vendredi dernier, et selon sa femme, il a serré les dents. Mais la santé de Raif est fragile, et son épouse craint qu’il ne survive pas longtemps à ce traitement de choc. Amnesty a donc décidé de manifester, devant l’ambassade d’Arabie saoudite, chaque jeudi, à la veille de la flagellation.

Pour Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty Belgique, nos hommes politiques ont des œillères quand ils traitent avec ce pays, qui est objectivement l’allié de l’Occident, notamment dans sa lutte contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie : "L’Arabie saoudite pratique des violations massives des droits humains. Les personnes condamnées à la peine de mort y sont décapitées en public, et elles sont nombreuses. On interdit aux femmes de conduire. C’est un pays qui ne respecte aucun des règlements internationaux en matière de droits humains. L’Arabie saoudite est un des plus gros clients de la FN (Fabrique Nationale). Et on peut craindre que les policiers qui assistent chaque vendredi au supplice de Raif Badawi soient équipés d’armes belges".

F. Wallemacq

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