Syrie: Ali, jeune Afghan de 16 ans, envoyé au front pour combattre l'Etat islamique

Des ruines en périphérie de Damas, le 27 novembre 2017.
Des ruines en périphérie de Damas, le 27 novembre 2017. - © ABDULMONAM EASSA - AFP

Des milliers d’Afghans combattent dans les rangs de l’armée de Bachar El Assad depuis le début du conflit en Syrie. Le sujet, tabou en Afghanistan, a été brisé par Haji Mohammad Mohaqiq, l’adjoint du chef de l’exécutif afghan, qui a salué ce samedi dans un discours à Téhéran, en Iran, le courage des Afghans engagés dans les troupes de Bachar El Assad.

Le chef de l'executif Abdullah Abdullah a condamné ces départs à l'étranger pour participer à la guerre. Depuis 2 ans et demi, la minorité chiite est régulièrement prise pour cible par l’organisation Etat islamique dans le pays. Un argument utilisé par les recruteurs en Iran pour inciter les Afghans à partir au front. Pourtant il semblerait que la misère soit bien la principale raison qui poussent les Afghans à partir en Syrie et à mourir sur un autre front. Ils seraient des milliers à avoir rejoints les troupes syriennes. 

Notre rôle était de casser la ligne

Ali n'avait que 16 ans quand il a été envoyé à Damas pour combattre l’organisation Etat islamique aux côtés de l’armée syrienne. "On était dans un camp et on nous envoyait à différents endroits, explique-t-il. Notre rôle était de casser la ligne. C’est-à-dire qu’on nous envoyait sur le front en première ligne pour combattre l'Etat islamique. Dès que l’on prenait le contrôle de la zone, l’armée syrienne arrivait pour prendre le relais. "

Avant de rejoindre la brigades des Faimides, ce jeune Afghan de 16 ans quitte sa famille en Afghanistan pour l’Iran dans l'espoir d'y trouver du travail. Après un mois passé sur les chantiers de constructions, il décide de partir en Syrie après avoir entendu ses amis en parler. Il retrouve un Afghan dans un parc. Celui-ci le conduit dans un centre de recrutement. "Ils nous ont donné des formulaires à signer et ensuite on a fait une formation de 15 jours. C’était très difficile, vraiment très difficile. On devait rester éveillé la nuit, marcher sans s’arrêter durant des heures, apprendre à fouiller des maisons, à viser avec des armes, à tirer."

L’ entraînement militaire dure deux semaines. Il est associé à des prêches permanent dirigés par des Mollah "qui encouragent à la défense des lieux saints chiites en Syrie et en Irak contre l'organisation Etat islamique sunnite". Ali est ensuite envoyé à Damas, la capitale syrienne.

La guerre comme un jeu vidéo

Au total, Ali restera deux mois en Syrie avant de rentrer en Afghanistan . Il parle de la guerre comme d’un jeu vidéo. Une guerre à laquelle il ne comprenait pas grand-chose avoue-t-il. "On n’avait pas accès à internet ni à la télévision, on n’avait aucun moyen de comprendre ce qu’on faisait. On n’avait pas accès aux informations et on ne nous disait rien. On combattait l’ennemi, c’est tout. Je ne savais même pas où on était exactement parfois, ni quel jour on était."

Pour ses deux mois d'engagement dans l'armée syrienne, Ali a reçu 1.000 dollars. L’Iran, allié du pouvoir syrien, promet aux Afghans qui s’engagent plusieurs fois en Syrie des permis de séjour de 10 ans. Mais, dans les faits, ces permis de séjours sont difficiles à obtenir.

Entre 10.000 et 20.000 Afghans combattraient dans les rangs de l’armée syrienne. Des recrues afghanes qui souvent fuient la misère qui s’ajoute au conflit en Afghanistan.

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