Des camps de "rééducation" pour les minorités musulmanes de Chine

Les manifestations contre la persécution des Ouïghours en Chine sont fréquentes.
Les manifestations contre la persécution des Ouïghours en Chine sont fréquentes. - © EMMANUEL DUNAND - AFP

Apprentissage de chants patriotiques, obligation de manger du porc, interdiction de prier... Voilà quelques-unes des règles de vie qui régissent le quotidien des musulmans, accusés de terrorisme et enfermés dans ces camps. Omir Bekali est l'un d'eux. Ce kazakh de 42 ans a passé plusieurs semaines à l'automne 2017 derrière les murs d'un centre à Karamay, au Xinjiang, une région de l'ouest de la Chine qui compte 22 millions d’habitants dont près de la moitié de Ouïghours, un peuple musulman d’origine turque.

Supprimer toute parcelle de croyance religieuse

Durant plusieurs semaines, Omir Bekali vit pieds et poings liés ensemble, 24h sur 24. Pour dormir, "c'était les uns contre les autres" dit-il. Sans oublier les activités visant à implémenter la culture chinoise. "Chaque matin de 7h à 7h30, il fallait chanter l'hymne national chinois. On chantait à 40 ou 50 personnes en faisant face au mur" raconte-t-il en mimant la scène. "Je ne voulais vraiment pas chanter. Mais à force de répétition quotidienne, c'est rentré. Ça fait plus d'un an que je suis sorti, mais la musique, elle, résonne toujours dans ma tête", dit Omir en réajustant sa calotte.

"Le vendredi, jour saint pour les musulmans, ils vous forcent à manger du porc"

Mais cette activité est loin d'être la pire aux yeux de l'ancien détenu. "Le vendredi, jour saint pour les musulmans, ils vous forcent à manger du porc", explique-t-il. Les résidents ont aussi l'interdiction de parler une langue autre que le chinois, de prier ou de se laisser pousser la barbe, autant de signes de "radicalisation" pour les autorités chinoises. 

Comme beaucoup d'Ouïghours, Omir a été arrêté, accusé de terrorisme. C'était le 23 mars 2017. Ce jour là il est au Xinjiang pour un déplacement d'affaires pour son agence de tourisme kazakhe. Les autorités locales l'envoient alors en prison durant 7 mois avant de le transférer dans l'un de ces camps de "rééducation". "Il y avait des enseignants, des artistes, des vieillards. Étaient-ils des terroristes ?", demande-t-il.

Des "centres de formation professionnelle" contre la "radicalisation" islamiste

Car c'est bien ça la raison pour laquelle près d'un million de musulmans du Xinjiang sont enfermés. Ils sont considérés comme radicaux par Pékin qui procède souvent à des arrestations dans cette région placée sous haute surveillance. Le Xinjiang est régulièrement frappé par des attentats meurtriers, attribués par le gouvernement chinois à des séparatistes ou des islamistes Ouïghours, la minorité musulmane la plus présente dans la région.

Pékin a pourtant longtemps nié l'existence de ces camps, mais fin 2018, le gouvernement chinois fait marche arrière. Il évoque alors "des centres de formation professionnelle" contre la "radicalisation" islamiste. La semaine dernière, les autorités chinoises ont même qualifié ces centres de "campus" destinés à éduquer les Ouïghours "Les centres de formation (...) sont en fait des internats ou des campus d'éducation, pas des camps comme l'affirment quelques personnes mal intentionnées", a affirmé le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Le Yucheng, à la tribune du Conseil des droits de l'Homme de l'Onu à Genève. 

Attirer l'attention

Omir lui, a pu sortir en novembre 2017. Il pense que c'est uniquement grâce à l'intervention des autorités du Kazakhstan. Aujourd'hui, il veut témoigner pour aider les musulmans toujours prisonniers de ces camps "Ce qu'il faut que la Turquie fasse, c'est attirer l'attention de l'opinion mondiale sur le sujet. Il faut que nos dirigeants disent à la Chine que si elle veut avoir des relations amicales avec la Turquie, elle doit faire davantage attention à ces questions sensibles pour nous. Il faut que ces camps soient vidés et que les gens qui croupissent en prison sans raison soient libérés".

Après avoir été libéré, l'ex-détenu a quitté le Kazakhstan pour s'installer avec sa femme et ses enfants en Turquie, une terre de refuge pour de nombreux Ouïghours grâce aux racines communes des langues et des cultures. Il voulait, dit-il "mettre plus de distance" entre la Chine et lui.

Carte Xinjiang

Xinjiang, en bleu, représente 1/6eme du territoire chinois.

Journal télévisé 11/02/2019

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