Armes au Yémen: "la Région wallonne doit se sentir complice des crimes de guerre", selon Amnesty International

Dans son dernier rapport, Amnesty International montre que des mitrailleuses légères conçues par la FN Herstal sont utilisées par un groupe armé au Yémen, connu sous le nom des Brigades des Géants.

« On est sûr désormais qu’il y a des armes belges sur le terrain yéménite, explique Valérie Michaux, porte-parole d’Amnesty. On a trouvé des mitrailleuses légères Minimi qui sont aux mains d’une unité des forces spéciales de l’armée yéménite, aujourd’hui sous contrôle d’absolument aucun gouvernement mais qui est armée, entraînée par les Emirats arabes unis. » Le pays est connu pour équiper des milices avec du matériel de guerre dans le cadre du conflit au Yémen.

Licences d’exportation

Dans cette enquête intitulée « Quand les armes s'égarent. La nouvelle menace mortelle des détournements d'armes vers des milices au Yémen », Amnesty montre que quinze licences d’un montant de plus de 48 millions d’euros ont été octroyées en 2016 par la Région wallonne à destination des Émirats arabes unis. En 2017, dix licences d’exportation de différents types à destination des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et des Philippines ont été refusées. « C’est ce qui ressort des différents rapports du Parlement wallon », précise Valérie Michaux. « Mais aucune information n’a encore été publiée par les autorités wallonnes concernant les licences d’exportation d’armes octroyées ou refusées. »

Pour le directeur de la section belge francophone d’Amnesty International, « les fournisseurs d’armes, comme la Région wallonne, doivent réfléchir attentivement à la manière dont leurs transferts d’armes continuent d’alimenter directement et indirectement des crimes de guerre et d’autres graves exactions », explique Philippe Hensmans.

A côté de la Belgique, Amnesty International épingle également les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et d’autres États européens critiqués parce qu’ils fournissent des armes aux forces en présence au Yémen.

Principe de précaution

« Aujourd’hui on demande à l’ensemble des Etats occidentaux d’arrêter de vendre armes à l’Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis », ajoute Valérie Michaux. « Ici, il semblerait que les armes aient été vendues sans doute en 2016 aux Emirats arabes unis alors qu’on sait très bien qu’il y a un risque de détournement de ces armes vers des groupes armés. » Elle rappelle qu’au regard des conventions internationales sur le commerce des armes que la Belgique a ratifiées, un principe de précaution s’impose à tous les Etats qui vendent des armes. « S’il existe un risque et qu’il y a suffisamment d’indications de risques de violations des droits humains, un Etat comme la Belgique ou la Région wallonne ne peut pas octroyer de licences d’armes pour ce pays. »

"Complice des crimes de guerre"

"On mène une campagne intitulée " Wallonie immorale ", et il y a effectivement une forme d’immoralité aujourd’hui dans les ventes d’armes à des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes et d’autres pays membres de cette coalition. Oui, il y a de plus en plus de morts au Yémen. Oui, il y a des enfants qui souffrent de malnutrition sévère, qui sont à risque de famine. Et oui, absolument oui, la Région wallonne doit se sentir coresponsable, responsable aussi, voire même complice des crimes de guerre qui sont aujourd’hui menés en Arabie saoudite" précise-t-elle.

Selon Amnesty International, depuis le début du conflit au Yémen en mars 2015, les États occidentaux ont vendu pour au moins 3,5 milliards de dollars américains d’armes aux Émirats arabes unis. Principalement des avions, des navires, des armes de petit calibre, des armes légères, des pièces détachées et des munitions.

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