Dépistage systématique, vaccin ou encore carte-voyage : les différentes pistes du secteur aérien pour une reprise

Dépistage systématique, vaccin ou encore carte-voyage : le secteur du transport aérien envisage son avenir
Dépistage systématique, vaccin ou encore carte-voyage : le secteur du transport aérien envisage son avenir - © GUILLAUME SOUVANT - AFP

Dévastatrice et implacable ". Les deux qualificatifs ont été utilisés par le directeur général de l’IATA à propos de la crise de l’industrie aérienne suite au Covid-19. Une crise qui a très logiquement été au cœur de toutes les discussions tout au long des trois jours de l’assemblée générale l’association internationale du transport aérien. Cette 76e AG de l’IATA, qui regroupe 290 compagnies aériennes, s’est tenue par visioconférence.

 Et les constats ont été sans ambiguïté : alors que son avenir semblait plutôt réjouissant et que le secteur aérien se réjouissait de voir le nombre de passagers augmenter de façon stable avec près d’un milliard de passagers supplémentaires entre 2015 et 2019, cette crise sanitaire a clairement menacé la survie de l’industrie du transport aérien.

Un simple regard sur quelques données permet de réaliser l’ampleur de la catastrophe : en 2020, le chiffre d’affaires du secteur aérien devrait être de 328 milliards de dollars, soit 510 milliards de dollars de moins qu’en 2019. Pas besoin d’un master en économie pour comprendre les conséquences qui se traduisent d’abord en nombreuses faillites et en perte d’emplois par centaines de milliers au niveau planétaire.

Un autre exemple très parlant est celui du déclin des liaisons internationales, partout dans le monde. Alors que Londres était la ville la plus connectée du monde en septembre 2019, devant Shanghaï et New York, la capitale britannique se retrouve en 8e position douze mois plus tard, dans un classement désormais trusté par les villes chinoises telles que Shanghaï, Pékin, Guanghzou ou encore Chengdu sans oublier Shenzhen.

Dépistage systématique ? Vaccin obligatoire ?

Au cours de son assemblée générale, l’IATA a bien sûr évoqué les différentes pistes qui pourraient permettre au transport aérien de redémarrer le plus rapidement possible. Des centres de dépistage ont déjà été mis en place dans de nombreux aéroports pour permettre aux passagers de réaliser des tests antigéniques ou des tests virologiques RT-PCR, plus fiables mais moins rapides, selon les pays de destination.

L’IATA a aussi réalisé une étude qui montre que si les tests étaient généralisés au départ, le risque de voir un passager contaminé à bord d’un avion serait de 0,06%, autrement dit 12 cas positifs non détectés pour 20.000 passagers à l’arrivée.

L’arrivée de vaccins a été qualifiée de "bonne nouvelle, qui nous rend plus confiants" par Brian Pearce, le directeur financier de l’organisation. La compagnie australienne Qantas a pour sa part déjà annoncé qu’elle envisage d’exiger des passagers voulant embarquer à bord de ses vols internationaux qu’ils soient vaccinés au préalable contre le Covid-19, dès qu’un vaccin sera disponible pour le public.

Convaincu de la nécessité d’une telle mesure, Alan Joyce, le patron de Qantas, ajoute s’attendre à ce que la vaccination obligatoire avant de monter dans un avion soit une mesure qui se généralise dans le monde.

Le patron de l’IATA entrevoit le bout du tunnel

Directeur général de l’IATA jusqu’en mars prochain où il sera remplacé par Willy Walsh, l’ex patron du groupe IAG (qui comprend les compagnies British Airways, Aer Lingus ou Iberia), Alexandre de Juniac a voulu se montrer raisonnablement optimiste en soulignant quelques points : " Nous avons la technologie. Les tests antigéniques rapides fournissent des résultats efficaces avec une précision de plus de 95%, en 15 minutes ou moins. Et les nouvelles technologies de test en cours de développement pourraient être encore meilleures ". Le patron de l’IATA insiste aussi sur la possibilité d’un système harmonisé : "Nous avons pour cela des lignes directrices. L’OACI, avec l’aide de l’OMS, a publié un manuel sur les tests. Et l’IATA a soutenu cela avec un guide de mise en œuvre. Nous avons également des solutions pour la vérification des tests. En plus de publier des directives open source à cet effet, l’IATA développe une solution industrielle : la carte-voyage IATA. Cette application relie les passagers, les compagnies aériennes, les installations de test et les gouvernements avec des informations précises et une gestion des données protégées. De plus, il est entièrement intégré aux processus de voyage sans contact sûrs".

Et puis il y a les exemples concrets de solution, par exemple celle des "bulles de voyage" : "Ces bulles de voyage sont les fondements d’une réouverture mondiale harmonisée des frontières avec tests et sans quarantaine. La bulle Hong Kong-Singapour va bientôt commencer. Son succès pourrait être l’exemple à suivre pour d’autres."

Qu’est-ce que la carte-voyage de l’IATA ?

Actuellement dans sa phase ultime de développement, la carte-voyage IATA est présentée comme un laissez-passer sanitaire numérique qui pourrait contribuer à la réouverture sécuritaire des frontières. Elle incorpore quatre modules interopérables open source qui peuvent être combinés :

  •  le registre mondial des exigences sanitaires – qui permet aux passagers de trouver l’information précise sur les exigences relatives aux voyages, au dépistage et éventuellement aux vaccins nécessaires pour leur parcours.
  • le registre mondial des centres de test et de vaccination – qui permet aux passagers de trouver dans leurs lieux de départ les centres de dépistage et les laboratoires répondant aux normes de dépistage et de vaccination exigées à leurs lieux de destination.
  •  l’application Lab – qui permet aux laboratoires et aux centres de dépistage autorisés de partager de façon sécuritaire les certificats de test et de vaccination avec les passagers.
  •  l’application de voyage sans contact – qui permet aux passagers de créer un " passeport numérique ", de recevoir les certificats de test et de vaccination et de vérifier qu’ils satisfont les exigences de leur itinéraire, et enfin de partager les certificats de test et de vaccination avec les compagnies aériennes et les autorités afin de faciliter le voyage.

Si l’essai prévu par l’IATA se révèle concluant, l’association estime que cette carte-voyage combinée au dépistage pourrait permettre la reprise des voyages internationaux et remplacer les mesures de quarantaine. A défaut de retrouver le niveau pré-Covid-19, ce qui ne se fera pas avant 4 ou 5 ans, cela devrait permettre d’amorcer un nouveau début de reprise. Selon les dernières estimations, le trafic aérien devrait être, à la fin de 2021, environ la moitié de ce qu’il était en 2019. Même si les responsables du transport aérien mondial n’ignorent pas que cette crise aura sans doute durablement modifié le comportement des passagers.

Journal télévisé 08/05/2020

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