Départ de Morales: a-t-on affaire à un coup d'État en Bolivie?

En Bolivie, la sénatrice Jeanine Áñez s’est proclamée présidente par intérim. Elle remplace Evo Morales qui a démissionné dimanche dernier, sous la pression de l’armée. Depuis le Mexique où il est en exil, Evo Morales a aussitôt qualifié cette proclamation de "coup d’Etat".

Alors est-ce vraiment un coup d’État ?

Dans ce cas-ci, on ne peut pas parler de putsch. Mais il est évident qu’il y a un déni de démocratie. Dans le camp d’Evo Moralès d’abord: en octobre dernier, grâce à des juges complaisants, il a pu se présenter au scrutin présidentiel, alors même qu’il avait perdu un référendum sur la réélection indéfinie de la présidence.

"C’est une crise particulière", entame Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques, quand on lui demande son interprétation sur la démission d’Evo Morales. "Le pays est dans une conjoncture économique très favorable à la différence d’autres pays de l’Amérique latine. Il s’est produit un ensemble d’événements institutionnels contestables. Evo Morales était un candidat, lui-même contestable, et cette contestation s’est aggravée par la suspension du décompte des voix alors qu’il apparaissait qu’un deuxième tour allait devenir automatique. Lorsque le décompte a repris, le résultat était totalement inversé ". Ce qui a eu pour effet une contestation. Elle s’est alors amplifiée pendant trois semaines auprès de ceux qui se sentaient lésés par le processus. "Cette contestation a été portée à terme d’une façon toute aussi peu démocratique de la part du général en chef des forces armées bolivienne ".

Je ne pense pas que les forces armées vont se charger de gouverner le pays

Ensuite, l’armée. Elle a forcé Evo Moralès à la démission, alors même qu’un compromis, de nouvelles élections, avait été trouvé en vue d’une sortie démocratique. Mais pour le spécialiste de l’Amérique Latine, l’armée n’ira pas plus loin "je ne pense pas que les forces armées, comme cela a été le cas " 191 fois " dans le passé en Bolivie, vont se charger de gouverner le pays", analyse-t-il "ce double déni de démocratie a plongé le pays dans un chaos institutionnel et dans un chaos insécuritaire. Mais, il va y avoir des élections maintenant".

La deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Áñez, s’est proclamé présidente par intérim, malgré l’absence de quorum au Parlement. Elle a alors argué "la nécessité de créer un climat de paix sociale". Elle a fixé une date pour l’élection présidentielle : le 22 janvier prochain, un délai conforme à la Constitution.

Une question se pose : est-ce que son autoproclamation l’est aussi, conforme ?

À cette question, les constitutionnalistes sont divisés. En principe son accession au poste est légitime. La présidence par intérim revient au vice-président bolivien, puis au président du Sénat, et, enfin, à celui de la Chambre des députés. Or, ils ont tous démissionné en même temps qu’Evo Morales. C’est donc la deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Áñez, qui hérite du poste. D’un autre côté, le Parlement aurait dû désigner les présidents des 2 chambres, avant de désigner un président par intérim… Or, les partisans d’Evo Morales ont boycotté la séance parlementaire de ce mardi.

Jeanine Áñez dispose à présent de 90 jours pour organiser une élection présidentielle.

Journal télévisé 12/11/2019

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