"Dénucléariser la péninsule coréenne", est-ce bien sérieux? Le point en 3 questions

On en sait un peu plus sur cette rencontre, entourée de mystère, entre le dirigeant nord-coréen et le président chinois. Kim Jong-un s’est donc bien rendu en Chine ces trois derniers jours, avec son épouse. Son premier déplacement connu à l'étranger, depuis qu’il a accédé au pouvoir en 2011. Il a fait part de propositions de négociations de paix avec la Corée du Sud. Il a exprimé sa volonté "d'œuvrer pour dénucléariser" la péninsule coréenne.

Peut-on accorder une crédibilité à cette déclaration ?

Cela traduit clairement une volonté d’apaiser les relations internationales. C’est une stratégie qui intervient à un moment clé : l’acquisition nord-coréenne d’une arme nucléaire de longue portée. En novembre dernier, après un dernier tir de missile balistique intercontinental, Kim Jong-un affirmait, avec fierté, que désormais la Corée du Nord était parvenue à créer une force nucléaire, capable d’atteindre les États-Unis.

De quoi assurer la survie de la Corée du Nord et aussi d’imposer une certaine autorité dans la région. La menace a été prise très au sérieux par le ministre américain de la défense, "car elle concerne le monde entier", avait-t-il affirmé.

Suite à cela, les Jeux Olympiques d’Hiver ont été l’occasion d’un réchauffement diplomatique entre les deux Corées, et à l’issue d’une rencontre avec une délégation sud-coréenne, Kim Jong-un avait déjà déclaré vouloir "dénucléariser" la péninsule coréenne.

Mais qu’entend-il par "dénucléariser" la péninsule ?

Kim Jong-un veut en discuter avec les États-Unis. Car cette question de "dénucléarisation" ne peut être résolue, dit-il, que si les américains et les sud-coréens, font preuve de bonne volonté. Deux sommets sont prévus, fin avril avec la Corée du Sud et courant mai, avec les États-Unis.

C’est lors de négociations que l’on saura ce que chacun, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, États-Unis mais aussi Japon, entend par 'dénucléarisation'. Pas sûr que tous aient la même notion en tête. Et on voit mal Kim Jong-un abandonner son arsenal, maintenant qu'il la possède.

Comment interpréter cette visite en Chine ?

La Chine est un allié historique de la Corée du Nord. C’est aussi son plus grand partenaire commercial. Or, ces dernières années, les relations entre les deux pays s’étaient dégradées. La Chine avait condamné les essais nucléaires de Pyongyang et elle avait approuvé les sanctions internationales à son égard.

Là aussi le timing est intéressant. Cette visite intervient à un moment où les relations entre la Chine et les États-Unis se sont crispées à cause des mesures économiques américaines.

C’est donc une opportunité pour la Corée du Nord de se rapprocher de la Chine, "car d’une part, il était impensable que les Chinois soient écartés des discussions avec les États-Unis", analyse Thierry Kellner, spécialiste de la politique étrangère de la Chine à l’ULB, "cette visite montre toute l’importance de la Chine, ça lui donne un succès de face. D’autre part, la Corée du Nord a besoin de Pékin autour de la table des négociations. Kim Jong-un est certainement venu tâter le terrain, vérifier si la Chine et les États-Unis ont une position commune, car si c’était le cas, cela affaiblirait la Corée du Nord dans ses négociations".

Comment expliquer le revirement américain ?

Jusqu’à récemment, Donald Trump traitait Kim Jong-un de ‘Little Rocket Man’. La Maison blanche annonçait des sanctions unilatérales.

Et aujourd'hui, Washington affirme que cet apaisement nord-coréen est une "nouvelle preuve que la pression américaine a créé une atmosphère propice au dialogue".

Le président américain a écrit dans un tweet qu’il "attendait avec impatience de rencontrer Kim Jong-un", mais que "malheureusement, une pression et des sanctions maximum doivent être maintenues à tout prix !". De bien belles déclarations, mais on attend de voir ce que donneront les discussions (plus sérieuses) sur le nucléaire.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK