Démonter des statues de personnages emblématiques, un moyen de "passer d'une ère à une autre", qui compte de nombreux précédents

Démontage de quelques statues de personnages emblématiques
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Démontage de quelques statues de personnages emblématiques - © Montage photos RTBF/Belgaimage

La destruction ou le démontage de statues de figures historiques et politiques, comme celles du roi Léopold II en Belgique, ou du marchand britannique d'esclaves Edward Colson par des manifestants antiracistes à Bristol (Royaume-Uni), sont des symboles de libération ou de rébellion.

S'attaquer aux pierres qui nous sont devenues odieuses est un geste qui s'inscrit dans l'histoire européenne, explique Jean-Philippe Schreiber, professeur d'histoire à l'Université Libre de Bruxelles : "L'histoire des nations européennes est traversée par le déboulonnage des statues parce que c'est une façon de de signifier le passage d'une ère à une autre. Au moment de la chute du communisme on a cassé le mur de Berlin, mais on a aussi jeté à terre nombre de statues de Lénine et d'autres figures majeures de l'héritage communiste. C'est donc une tradition pour signifier le passage d'une ère à une autre".

S'en prendre aux statues emblématiques est un geste qui compte de nombreux précédents en Europe et même dans le monde.

France

Napoléon à Paris en 1871

Le 16 mai 1871, alors que la Commune de Paris est en insurrection contre le gouvernement après la défaite face à la Prusse en 1870, les communards parisiens déboulonnent la colonne Vendôme, où la statue de Napoléon Ier trône à plus de quarante mètres de haut. Le peintre Gustave Courbet est jugé, condamné et emprisonné pendant six mois pour avoir mené ce mouvement et la colonne sera reconstruite au même endroit, en 1873, à ses frais.

Martinique : Victor Schoelcher en 2020

Le 23 mai 2020, deux statues de Victor Schoelcher sont renversées en Martinique par des militants anti-béké et hostiles à l'héritage colonial. Ces hommages à celui qui avait décrété l'abolition de l'esclavage le 27 avril 1848 empêchent, pour certains opposants, la reconnaissance des héros locaux de l'abolition. Dans cette vidéo, deux jeunes filles revendiquent cette action.

Dans l'ex-bloc soviétique

L'URSS a érigé environ 14.000 statues en l'honneur de Lénine, elles ont toutes été abattues après l'éclatement de l'Union Soviétique.

Varsovie Felix Dzerjinski en 1989

Le 17 novembre 1989, les habitants de Varsovie applaudissent l'explosion d'une statue de Felix Dzerjinski, le fondateur de la Tcheka, ancêtre du KGB, et s'en partagent des fragments comme souvenirs de la chute du communisme en Pologne.

Bucarest Lénine 1990

Après la chute de Ceausescu, la Roumanie se débarrasse elle aussi des symboles de domination soviétique, en démembrant en mars 1990 la statue de Lénine qui surplombait la place de l'Etoile de Bucarest.

Moscou Felix Dzerjinski 1991

Une autre statue de Felix Dzerjinski est déboulonnée le 22 août 1991, à Moscou cette fois place de la Loubianka, devant le siège du KGB.

Gori (Géorgie) Staline en 2010

En Géorgie, il faut attendre 2010 pour que la statue de six mètres de haut de Staline soit déboulonnée en catimini, de nuit, dans sa ville natale de Gori, où elle se trouvait depuis 1952. Mais le conseil municipal décide de la réinstaller en 2013, devant le musée de la ville.

Ukraine statues de Lénine à partir de 2013

Le 8 décembre 2013 en Ukraine, une trentaine de manifestants renversent une statue de Lénine. En 2015, le nouveau gouvernement interdit les monuments à la gloire de responsables soviétiques, qui sont démontés.

Irak Saddam Hussein 2003

Le 9 avril 2003, une centaine d'Irakiens épaulés par un blindé américain font chuter la statue de Saddam Hussein, matérialisant la chute d'un régime dictatorial en place depuis 24 ans.

Irak Ahmad Hassan al-Bakr 2003

En 2003 à Bagdad, des opposants au régime décapitent la statue d'Ahmad Hassan al-Bakr, le prédécesseur de Saddam Hussein (de 1968 à 1979). Ce geste symbolise la fin de 35 ans d'hégémonie du parti Baas au povoir.

Syrie Hafez al-Assad en 2015

Le 28 mars 2015, des combattants d'Al-Qaeda démolissent la tête de la statue de l'ancien président syrien, Hafez al-Assad, à Idlib.

Syrie Kawa le forgeron 2018

Le 18 mars 2018, les combattants de l'offensive turque dans l'enclave kurde d'Afrine concentrent leur colère sur un homme hors du commun: Kawa le forgeron, héros mythologique adulé par les Kurdes, dont la statue est déboulonnée.

Aux Etats-Unis

Lors de l'été 2017, plusieurs statues de soldat de la Confédération des Etats du sud des Etats-Unis - qui défendaient l'esclavagisme lors de la guerre de Sécession - sont renversées au grand dam de Donald Trump.

Le 12 août, une femme meurt à Charlottesville dans une attaque à la voiture-bélier conduite par un néo-nazi s'opposant au déboulonnage d'une statue confédérée.

A Durham (Caroline du Nord), à Gaineville (Floride), Baltimore (Maryland) à la Nouvelle-Orléans (Louisiane) ou encore à Austin (Texas), plusieurs statues érigées en l'honneur de généraux esclavagistes sont démolies les jours suivants.

Même scénario le 6 juin 2020 à Richmond (Virginie) où la statue de Williams Carter Wikham, un autre général des confédérés, est mise à terre et taguée lors d'une manifestation contre les violences policières. Dans la même ville, c'est une statue de Christophe Colomb qui est renversée.

Patrimoine : que faire avec les statues de Léopold II ? (JT du 10/06/2020)

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