Démocrates à la Chambre aux USA: "Pas question d'impeachment de Trump pour le moment"

Démocrates à la Chambre des représentants: "Pas question d'impeachment de Trump pour le moment"
Démocrates à la Chambre des représentants: "Pas question d'impeachment de Trump pour le moment" - © NICHOLAS KAMM - AFP

Aux Etats-Unis, Donald Trump devra désormais faire face à une Chambre des représentants à majorité démocrate. Les choses vont-elles changer pour le président américain ? Daniel Hoffman, notre correspondant aux États-Unis, fait le point sur La Première ce jeudi.


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Quel est le visage de ce "nouveau Congrès" ? Qui sont les nouveaux élus ?

"Ce nouveau Congrès, c’est d’abord un visage divisé. Il faut rappeler qu’il y a deux chambres : d’un côté le Sénat, où les républicains disposent encore d’une majorité confortable, et de l’autre, cette Chambre des représentants qui va passer sous contrôle des démocrates. Tous les regards vont donc évidemment se tourner vers cette Chambre des représentants, où à partir de midi à Washington -18 heures à Bruxelles- les 435 députés vont se réunir pour la cérémonie d’investiture.

Cette Chambre présente un visage inédit, considérablement rajeuni, elle va compter beaucoup d’élus issus des minorités et un nombre record de femmes va y siéger. D’ailleurs, l’une des personnalités dont les médias américains parlent beaucoup et qui symbolise un peu ce renouveau, c’est Alexandria Ocasio-Cortez, la représentante du 14e district de New York. Elle a 29 ans, elle est d’origine portoricaine et elle incarne l’aile la plus à gauche du Parti démocrate, très active sur des questions comme l’accès aux soins ou la répartition des richesses, comme son mentor, un certain Bernie Sanders."

Le shutdown pourrait durer encore longtemps

Un autre visage de ce Congrès, c’est une autre femme, Nancy Pelosi. Les projecteurs seront également braqués sur elle durant ces deux ans.

"Absolument. À 78 ans, et sauf énorme coup de théâtre, elle va être élue chef de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, 'speaker', comme on dit en anglais. C’est la deuxième fois que Nancy Pelosi va diriger la Chambre des représentants, après un premier passage au perchoir entre 2007 et fin 2010. Elle va donc redevenir la femme la plus puissante de Washington, le troisième personnage de l’État après Donald Trump et son vice-président, Mike Pence.

Nancy Pelosi ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut. Elle a évidemment beaucoup d’atouts, c’est une femme d’expérience, elle compte 15 mandats de député, elle est élue depuis plus de 30 ans et c’est aussi une femme de réseaux qui connaît par cœur les arcanes du pouvoir de Washington, et en même temps c’est justement un peu ce qu’on lui reproche, d’être une figure de l’establishment de la vieille garde du Parti démocrate. L’aile la plus radicale des démocrates la considère d’ailleurs trop modérée, et donc pas assez réformatrice pour ce poste".

Sa priorité devrait être de mettre fin au shutdown que le pays vit actuellement...

"Absolument, elle a proposé deux lois qui vont être présentées dès aujourd’hui pour mettre fin à ce shutdown. Il faut rappeler que, maintenant depuis bientôt deux semaines, il y a une paralysie partielle des activités gouvernementales, essentiellement liée à la question du financement du mur à la frontière mexicaine voulu par Donald Trump. Trump veut y consacrer cinq milliards de dollars dans le budget fédéral, ce que refusent catégoriquement les démocrates.

Donc, pour sortir de cette impasse, Nancy Pelosi va présenter ces deux textes pour financer le budget des agences, des ministères affectés par ce shutdown. Le premier va concerner des services qui ne font pas trop polémique, comme les parcs nationaux, l’administration fiscale ou l’Agence de protection de l’environnement. Et le deuxième sera spécifiquement sur le département de la sécurité intérieure, qui aurait la responsabilité de financer le mur. C’est là que ça risque de coincer puisque ce texte ne prévoit rien spécifiquement sur le mur voulu par Trump. On n’en a donc pas encore fini avec ce shutdown. Donald Trump a d’ailleurs annoncé hier que ça pourrait durer encore assez longtemps".

Quelles sont les perspectives politiques pour le Congrès américain avec cette nouvelle majorité?

"Elles sont assez limitées en termes de législations qui pourraient être votées, puisqu’on a vraiment deux plateformes politiques antinomiques. D’un côté, un Trump obnubilé par la question du contrôle aux frontières, de l’immigration, du mur avec le Mexique, et puis de l’autre côté, des démocrates qui sont sur un agenda beaucoup plus social, avec des questions comme la rénovation des infrastructures, la réforme du droit de vote, la baisse du coût des médicaments.

Ça laisse donc assez peu de place au compromis entre ces deux positions, surtout avec une intransigeance bien connue de Trump, avec qui il est assez difficile de négocier. Sans même aller jusqu’à un blocage présidentiel, il faut rappeler que le Sénat est sous majorité républicaine, et pour qu’un texte de loi arrive sur le bureau du président, il doit être entériné par les deux chambres. En l’état actuel des choses, c’est assez peu probable que le Sénat entérine quoi que ce soit après une validation par la Chambre des représentants".

Est-ce qu’il y a des risques politiques pour Trump, des enquêtes qui pourraient se multiplier?

"Effectivement, ça risque d’être le cas. C’est d’ailleurs la principale arme dont vont maintenant bénéficier les démocrates. En prenant la tête de différentes commissions parlementaires, ils vont pouvoir lancer une série d’enquêtes, et tout particulièrement sur le soupçon de collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie lors de l’élection présidentielle de 2016.

Les démocrates vont pouvoir faire essentiellement deux choses : d’abord assigner les témoins à comparaître, et ensuite demander la publication de documents de l’enquête du procureur Mueller sur une possible collusion de la Russie. Tout cela pourrait mettre Trump dans l’embarras pour la deuxième partie de son mandat présidentiel".

Sera-t-il question d’impeachment, cette procédure qui vise à "destituer" le président américain?

"D’un point de vue pratique, ce serait envisageable, c’est une possibilité qu’ont les démocrates d’ouvrir cette procédure de destitution. On en est encore loin d’un point de vue effectif, puisque Nancy Pelosi a dit que ce n’était pas du tout sa priorité pour le moment.

En fait, les démocrates ont bien compris qu’il était risqué de se lancer dans ce qui pourrait être perçu comme une cabale anti-Trump, qui aurait pour effet de galvaniser le locataire de la Maison-Blanche et sa base et de diviser encore un peu plus le pays. Donc, l’impeachment n’est pour l’instant qu’une perspective bien lointaine".

 

 

Soir Première 02/01/2019

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