Du meurtre de la journaliste à la démission du Premier ministre maltais : comment en est-on arrivé là ?

Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, démissionnera de son poste de chef du parti travailliste le 18 janvier. Il quittera par conséquent sa fonction de chef de l’État, les deux casquettes étant indissociables à Malte. L’homme est au cœur d’une affaire qui touche les plus hautes sphères de l’État méditerranéen. Evasion fiscale, fraude, suspicion d’assassinat, retour sur les dates clés d’une affaire digne du best-seller suédois "Millénium".

11 mars 2013 : l’ascension

Tout commence comme dans un rêve pour Joseph Muscat. A 39 ans, ce politicien habile et ambitieux est propulsé chef de l’État. Cet ancien journaliste, doctorant en management, a su profiter de sa popularité croissante pour accéder à la tête du parti travailliste en 2008. Le parti monte au pouvoir cinq ans plus tard, c’est à ce moment-là que la couronne revient à celui qui se définit comme progressiste modéré.

Mai 2016 : la première secousse

Rappelez-vous, l’affaire sort au printemps 2016. Les Panama Papers, le plus grand scandale d’évasion fiscale de l’histoire. Des dizaines de pays pointés du doigt, quelques grands noms égratignés, ainsi que des proches de chefs de gouvernement ciblés. Malte n’échappe pas à ce raz-de-marée financier. Une journaliste va mettre son nez dans les petits papiers maltais. Son nom : Daphne Caruana Galizia.

3 juin 2017 : la crise maltaise

L’enquête de Daphne Caruana Galizia porte ses fruits. La journaliste trouve dans ces Panama Papers le nom de l’entreprise maltaise Egrant. Une société écran qui appartiendrait à Michèle Muscat, l’épouse du Premier ministre. Daphne Caruana Galizia accuse également la première dame d’avoir ouvert un compte au Panama, pour abriter des pots-de-vin versés par l’Azerbaïdjan, en échange d’un accord secret qui permet à une banque azérie de travailler à Malte. Ces accusations ternissent la réputation du Premier ministre. Le chef de l’État provoque des élections anticipées. Fier d’un bilan économique positif, Jospeh Muscat remporte haut la main ces élections… et éloigne momentanément la crise maltaise.

16 Octobre 2017 : l’assassinat

Le spectre d’un nouveau scandale apparaît lors d’une après-midi d’automne. Daphne Caruana Galizia est tuée dans l’explosion de son véhicule, près de son domicile de Bidjina. La journaliste-bloggeuse avait reçu des menaces de mort. Elle venait de publier un peu plus tôt un nouvel article dans lequel elle accuse d’escroquerie Keith Schembri, chef de cabinet du Premier ministre, ainsi que le ministre de l’énergie, Konrad Mizzi.

31 novembre 2019 : l’arrestation

Plus de deux ans après la tragédie, un homme d’affaires, Yorgen Fenech, est inculpé pour complicité dans l’assassinat de Daphne Caruana Galizia. Fenech désigne Keith Schembri, chef de cabinet et ami personnel du Premier ministre, comme "commanditaire" de ce crime. M. Schembri, le ministre Konrad Mizzi, ainsi que le ministre de l’Economie Chris Cardona, démissionnent de leurs fonctions.

1er décembre 2019

Ces démissions en cascade ne suffisent pas à apaiser les tensions entre la famille de Daphne Caruana Galizia, les rangs de l’opposition, et le camp de Joseph Muscat. Tous s’attaquent au Premier ministre, coupable selon eux, d’ingérence dans ce dossier. Joseph Muscat prévoit de démissionner le 18 janvier, date des nouvelles élections au sein du parti travailliste. Une promesse insuffisante pour les opposants, qui continuent à mettre la pression sur le chef de l’État.

Acculé, le Premier ministre organise une réunion d’urgence dans son palais d’été, réunissant les cadres de son parti… qui lui garantissent leur soutien pour rester en place jusqu’à la date de l’élection.

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