Démission de Silvio Berlusconi: le Cavaliere vers la case prison?

Démission de Silvio Berlusconi: le Cavaliere vers la case prison?
Démission de Silvio Berlusconi: le Cavaliere vers la case prison? - © AFP

Silvio Berlusconi n’est plus président du Conseil italien. Cette nouvelle donne a évidemment d’immenses implications politiques mais elle pourrait aussi avoir des conséquences judiciaires importantes pour le Cavaliere. Ce dernier est en effet accusé dans plusieurs procès en cours.

En 2000, Bettino Craxi, ancien président du Conseil italien de 1983 à 1987, mourrait en Tunisie. Il avait fui l’Italie en 1994, après avoir été condamné à 27 ans de prison pour corruption.

Un scénario comparable -voire une incarcération pure et simple de l’ancien président du Conseil- pourrait-il se produire dans le cas de Silvio Berlusconi ?

Rappelons d’abord, que parmi les nombreuses affaires qui ont concerné de près ou de loin le Cavaliere, deux sont encore en cours : l’affaire Mills et le "Rubygate". Une troisième, celle dite du procès Dell'Utri, pourrait également l'éclabousser.

Affaire Mills, vers une sentence symbolique ?

Dans la première affaire, dite "Mills", le milliardaire italien est accusé de corruption de témoin. Il est soupçonné d’avoir versé 600 000 dollars à son ancien avocat, le britannique David Mills, afin que celui-ci effectue des faux témoignages en sa faveur lors de procès le concernant dans les années 90.

Le Cavaliere risque de quatre à douze ans de prison s’il est reconnu coupable.

La conclusion de ce procès est assez proche, le verdict en première instance étant attendu en janvier 2012. Les faits seront toutefois prescrits dès février ou mars. Dès lors, hormis un éventuel impact politique, la sentence ne devrait pas avoir d’effet.

Rubygate : l’âge de Silvio Berlusconi lui évitera-t-il la prison ?

Le "Rubygate" est une des affaires les plus médiatisées dans lesquelles Silvio Berlusconi a dernièrement été impliqué. Deux chefs d’accusation pèsent sur le propriétaire de l’AC Milan : prostitution de mineure et abus de pouvoir.

Le Cavaliere aurait eu des rapports tarifés avec Karima El Mahroug une danseuse marocaine, connue sous le nom de scène de Ruby Rubacuori, entre février et mai 2010. La jeune femme était mineure au moment des faits allégués.

Le deuxième volet de cette affaire, l’abus de pouvoir, concerne un coup de téléphone qu’aurait passé l’ex-président du Conseil à la police de Milan afin de faire libérer la même jeune femme après que celle-ci ait été interpellée pour vol.

Ce procès "devrait durer encore environ deux, trois ans", selon une source judiciaire anonyme contactée par l’agence AFP. Dans ce procès, Silvio Berlusconi risque trois ans de prison pour prostitution de mineure, douze pour abus de pouvoir.

Toutefois, une loi adoptée lors du précédent gouvernement Berlusconi (2001-2006) prévoit que les personnes de plus de 70 ans ne soient incarcérées que pour des crimes de sang, mafieux ou liés au trafic de drogue. Cette loi taillée sur mesure devrait ici aussi permettre au Cavaliere d’éviter la case prison.

L'immunité parlementaire et l’ombre de la mafia

Il faut également se souvenir que Silvio Berlusconi, démissionnaire au gouvernement, continue de bénéficier de l’immunité parlementaire qui le protège cependant de manière moins solide que feu son statut de chef de l’exécutif.

Paolo Biondani, journaliste spécialisé dans les matières judiciaires rappelait de son côté que "la grosse urgence à résoudre pour Silvio Berlusconi pourrait être la condamnation l’an prochain en Cassation de Marcello Dell’Utri pour complicité avec la mafia". A propos de cette affaire, le même interlocuteur confiait à une agence de presse un commentaire sibyllin : "si Marcello Dell’Utri se met à parler...", laissant entendre que la situation judiciaire du Cavaliere pourrait alors se précipiter. Un témoin du procès avait en effet affirmé qu’à l’instar de Marcello Dell’Utri, le Cavaliere était un "interlocuteur privilégié" de la mafia sicilienne au plan politique.

Marcelo Dell’Utri, sénateur sicilien et ancien proche collaborateur de Silvio Berlusconi, a été condamné en appel en juin 2010 à sept ans de prison pour complicité avec la mafia. Le verdict définitif de la Cassation est attendu au début 2012.

Après de nombreux acquittements, non-lieux ou autres abandons de charges suite à des modifications de loi rendant obsolète les poursuites, le troisième homme le plus riche d’Italie n’en n’a donc pas fini avec la Justice. Affaire(s) à suivre, comme on dit. 

Julien Vlassenbroek

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