Déminer la Colombie, la mission d'anciens rebelles Farc

Déminer la Colombie, la mission d'anciens rebelles Farc
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Déminer la Colombie, la mission d'anciens rebelles Farc - © Tous droits réservés

Desminado humanitario. Démineur humanitaire. Sur le dos de ses anciens guerriers des Farc, un tee-shirt orange et cette inscription. Après avoir miné leur pays, ses repentis le déminent. Ils font partie d’une brigade un peu spéciale, unique en son genre.

"J’ai passé presque toute ma vie dans la guérilla. Nous avons placé des mines et aujourd’hui nous les enlevons", explique à l’AFP cet ex-rebelle de 36 ans.

Au cœur de la jungle, une explosion

Edwin Correa avait 14 ans quand il a rejoint les rangs des Farc, cette guérilla marxiste apparue en 1964. 5 ans plus tard, il avait perdu ses 2 mains après avoir manipulé des explosifs. Mais il continuait à tenir une arme. Pour tirer, il bloquait son fusil contre l’épaule avec son moignon et activait la gâchette avec une cordelette.

Aujourd’hui, c’est son gilet balistique et son casque à visière qu’il enfile sans aide. A son commandement, quatre autres anciens guérilleros, détecteurs de métal en main, s’avancent sur un chemin balisé de bâtons blancs jusqu’à un bosquet supposé piégé de La Montañita, dans la région de Caqueta, au sud du pays.

Sous les arbustes, les hommes doivent détecter des mines enterrées. Ils sont à l’entraînement. Ils apprennent à les isoler puis à les dégager délicatement de la terre rouge, gorgée de la dernière pluie tropicale, avant de reculer au-delà d’un périmètre de sécurité de 100 mètres et de déclencher l’explosion à l’aide d’un câble relié à l’engin.

Cultiver sans crainte

Le chemin sera long avant de devenir démineur professionnel. Mais le projet est solide. " L’organisation a été créée par et pour des anciens combattants qui veulent se réinsérer comme démineurs professionnels ", précise sa dirigeante, l’ex-commandante Angela Orrego, 50 ans.

Quelque 7000 guérilleros ont déposé les armes depuis la signature de l’accord de paix entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et le gouvernement du président Juan Manuel Santos, le 24 novembre 2016.

Un million d’euros de budget annuel

Les démineurs humanitaires devront encore attendre avant d’entrer en fonction. Leur formation n’a toujours pas été homologuée. Les formateurs sont des experts du service d’action anti-mines des Nations unies (UNMAS).

Après l’Afghanistan, la Colombie est le pays le plus affecté par les mines. Elles ont été disséminées dans 31 de ses 32 départements par tous les acteurs armés – guérillas, paramilitaires, forces de l’ordre – d’un conflit de plus d’un demi-siècle, encore jalonné de massacres, d’enlèvements et d’attentats.

Aujourd’hui, Edwin Correa se sent aujourd’hui "utile de pouvoir aider les paysans… Leur laisser des terres débarrassées de mines, qu’ils puissent semer, récolter, se déplacer tranquillement".

Depuis 1985, les mines et autres munitions abandonnées ont touché plus de 11.780 personnes, dont 20% ont été tuées, selon le Haut-Commissariat gouvernemental pour la paix.

L’entraînement au déminage a lieu à La Montañita, un corridor stratégique entre l’est et l’ouest du pays. Une zone qui n’a pas été choisie au hasard. "Il y a eu ici beaucoup de combats entre armée, guérilla, paramilitaires parce qu’il y a la coca, matière première de la cocaïne ", rappelle le responsable technique du centre, German Balanta, 55 ans. " Dans une guerre interne comme en Colombie, les mines, explique-t-il, constituent une arme importante qui permet à des forces de petite taille de se confronter à de plus grandes".

Porfirio Andrade, représentant d’une association de victimes citée dans un rapport du CNMH sur "La guerre cachée", se souvient que les guérilleros "disaient qu’ils devaient y recourir pour se défendre". Mais "en réalité dans une zone de coca, les mines servent à tuer", dit-il.

Aujourd’hui, elles sont encore utilisées par l’Armée de libération nationale (ELN), dernière guérilla active, par des dissidents des Farc, qui ont rejeté l’accord de paix, et par des gangs pour "protéger" les narco-plantations.

Difficiles à localiser

Souvent fabriquées avec les moyens du bord - bouteille de plastique, bocal, PVC - et armées d'un ressort relié à une pointe, elles contiennent du TNT, explosif résistant à l'humidité, et peuvent ainsi rester actives pendant 15 ans.

A leur durée de vie mortifère, s'ajoute l'absence de données sur leur localisation. D'où la complexité de retrouver ces engins placés dans l'urgence d'une attaque pour ralentir l'ennemi, par des combattants aujourd'hui disparus ou bien sur des terrains dont la végétation a changé, voire qui ont bougé dans ce pays sismique. 

Avant l'accord de paix, le ministre de la Défense de l'époque, Luis Carlos Villegas, prévenait que les mines étaient "le plus grand défi de l'après-conflit". "Déminer la Colombie va nécessiter le temps d'une génération, des dizaines de milliers de spécialistes et beaucoup de coopération internationale", avait-il déclaré à l'AFP fin 2015. 

Signataire de la Convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines anti-personnel, ce pays aspirait à en être débarrassé en 2021. Mais le gouvernement du président Ivan Duque a annoncé en mars qu'il demanderait une prorogation.

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