Demande d'extradition : pourquoi Julian Assange risque-t-il 175 ans de prison ?

Ce matin, à Londres, une poignée de partisans de Julian Assange manifestent devant la Woolwich Crown Court.
2 images
Ce matin, à Londres, une poignée de partisans de Julian Assange manifestent devant la Woolwich Crown Court. - © DANIEL LEAL-OLIVAS - AFP

Au moment où le sort de Julian Assange se joue à Londres, que sait-on réellement du personnage? Qui est Julian Assange ? A-t-il joué avec le feu, comme en sont convaincus ses adversaires qui n’ont de cesse de la traquer ? S’il fallait résumer leur pensée, l’Australien de 48 ans serait un dangereux propagateur de secrets d’Etat qu’il est urgent de juger. D’autres, ses défenseurs, veulent en faire un héros de la liberté qui mériterait d’être épargné.

Revenons aux fondamentaux. A ses racines australiennes. Ou plutôt à cette enfance, cette adolescence sans attaches. Sa mère, artiste de théâtre, n’a pas choisi, pour elle, pour son fils qu’elle élève seule, la stabilité. Julian déménagera de villes en villes (plus de 30 différentes) et fréquentera, selon la même cadence, les établissements scolaires. Enfin posé à Melbourne, l’étudiant, décrit comme doué et travailleur, se passionnera pour les mathématiques, la physique et l’informatique.

Une image de "cyber-warrior" qui s’est altérée

Très vite, les hackers lui font de l’œil. La communauté détecte son potentiel. Assange, qui utilise le pseudonyme de "Mendax" s’introduit sur les sites internet de la Nasa et du Pentagone. Il gagne en expérience, fonde Wikileaks, se sent pousser des ailes : Julian Assange veut "libérer la presse".

Arrive alors l’épisode qui bouleversera sa vie. Fin juillet 2010 : l’Australien sort de l’ombre, en faisant un coup d’éclat. WikiLeaks commence à publier des centaines de milliers de documents américains. 400.000 rapports concernent l’invasion américaine en Irak, 250.000 ont trait à la diplomatie américaine. Ces "secrets" dévoilés, la justice américaine a décidé qu’il était temps pour Assange de payer.

Un "héros" controversé

Dans le même temps, les critiques commencent à s’accumuler : les cinq journaux associés à Wikileaks (dont The New York Times ou Le Monde) se distancient. Tous condamnent la méthode de la plate-forme. Des documents publiés, estiment-ils, sont susceptibles de mettre certaines sources en danger.

Quatre mois après les publications controversées, Assange se livre à la police britannique. Deux Suédoises viennent de porter plainte pour viol et la demande d’extradition est validée. Le fondateur de Wikileaks craint d’être extradé vers les Etats-Unis. Coup de théâtre : quelques mois plus tard, en juin 2012, il se réfugie à l’ambassade d’Equateur à l’ombre où il demande l’asile politique. Il y restera 7 ans. Jusqu’à son arrestation, en avril 2019, par la police britannique.

"Il sera resté près de 7 ans en vivotant à l’intérieur de l’Ambassade d’Equateur. Quoi qu’on en dise, c’était déjà une prison. Ou bien pire : aucun accès à l’air libre, pas de possibilité de faire du sport", déplore Annemie Chaus, l’avocate belge de Julian Assange. "Un groupe des Nations-Unies contre les détentions arbitraires avait déjà épinglé ces conditions déplorables. Mais que dire des conditions à la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh", poursuit l’avocate. "Le régime qui lui est imposé est délirant : il est à l’isolement 23 heures sur 24. Il ne voit pratiquement pas la lumière du jour."

Incarcéré dans sa prison londonienne, les Etats-Unis alourdissent les charges qui pèsent sur lui. Accusé dans un premier temps de piratage informatique, il est inculpé de 17 nouveaux chefs. Il encourt jusqu’à 175 ans d’emprisonnement. C’est aujourd’hui que Julian Assange va tenter de convaincre la justice britannique de refuser de l’extrader vers les Etats-Unis. Faute de preuves, le parquet suédois a annoncé entre-temps le classement sans suite de l’enquête pour viol.

Nous ne demandons pas de faire d’Assange un héros ou un saint

Les soutiens de Julian Assange dénoncent dans ces poursuites un grave danger pour la liberté de la presse. "Le personnage de Julian Assange peut susciter des sentiments divers. Et nous pouvons le comprendre", analyse la porte-parole de Reporters sans frontières. "Mais la question n’est pas là. Il ne s’agit pas d’en faire un héros ou un saint. Nous demandons juste une forme de reconnaissance. Pour ce qu’il a apporté au journalisme. C’est cette contribution que nous ne souhaitons pas voir assimilée à de l’espionnage."

Pauline Adès-Mevel va plus loin, en dénonçant le muselage de plus en plus pressant imposé aux journalistes : "Sur des sujets d’intérêt public, d’année en année, nous observons cette pression. La culture du secret, on veut l’imposer aux journalistes : nous devons résister à cette extension abusive. Car derrière le cas Assange se cache un vrai danger : celui d’être interdit de dévoiler ce qui doit être révélé."

Une défense que semble avoir adoptée le principal intéressé. Lors d’une audience préliminaire, Julian Assange mettra en exergue un travail de journalisme "qui a récolté de nombreuses récompenses." Il estime aussi avoir contribué à protéger beaucoup de gens.

Les audiences sont prévues toute la semaine. Elles seront interrompues. La suite à la mi-mai. Trois semaines d’audience supplémentaires sont prévues.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK