Plan de soutien bloqué aux USA: déjà peu réjouissantes, les perspectives du secteur aérien s'assombrissent encore

Déjà peu réjouissantes, les perspectives du secteur aérien s'assombrissent encore
Déjà peu réjouissantes, les perspectives du secteur aérien s'assombrissent encore - © LUIS ROBAYO - AFP

Cela fait des mois que le secteur aérien a compris que la zone de turbulence économique accompagnant la pandémie de covid-19 serait catastrophique et qu’elle provoquerait une destruction massive d’emplois qui n’épargnerait personne, nulle part. Dans chacun de ses rapports économiques, l’IATA, l’association internationale du transport aérien, doit revoir à hausse l’ampleur des dégâts, forcée d’effectuer virage à 180 degrés vis-à-vis de ses estimations de fin d’année dernière.

Dans son rapport du 11 décembre 2019, l’IATA estimait que le total des emplois au niveau des compagnies aériennes de la planète serait proche des 3 millions (2,950 millions pour être précis), soit une hausse d’environ 50 mille emplois par rapport à 2018. Quant au nombre d’emplois indirects générés par le secteur aérien, il était censé s’approcher des 72 millions.

Des perspectives plutôt réjouissantes qui au fil des mois se sont écroulées comme un château de sable lorsque la marée monte, et qui ont amené la même IATA à réaliser des prévisions à chaque fois plus pessimistes. Au mois de mars, le service économique de l’IATA publiait 2 scénarios selon l’expansion de la pandémie, le premier tenant compte d’une expansion limitée envisageait des pertes de revenus passagers de 63 milliards de dollars ; le second scénario, basé sur une expansion massive, prévoyait quant à lui des pertes de ces revenus passagers de 113 milliards de dollars.

Des chiffres astronomiques, qui révèlent en réalité à quel point l’industrie aéronautique est menacée. D’autant qu’il semble que les conséquences seront plus graves et profondes encore que ce qui avait été anticipé au printemps dernier. C’est en tout cas ce que vient d’expliquer le directeur des opérations d’Airbus, Michael Schöllhorn dans un entretien accordé au journal allemand Handlesblatt. "La situation de l’industrie à l‘automne sera bien moins bonne que ce qu’Airbus anticipait cet été" explique le dirigeant d’Airbus, ajoutant que les 15.000 suppressions de postes déjà annoncées dans le cadre d’un plan de restructuration pour faire face à la crise du transport aérien sont un minimum. Entre les lignes, on peut donc déduire que les emplois perdus seront plus nombreux encore.

La dernière projection de l’IATA en date concernant le trafic de passagers (mesuré en kilomètres-passagers payants, ou RPK) envisage une chute de 66% lorsque nous serons arrivés au mois de décembre alors qu’elle prévoyait 55% en juillet dernier. Ce même rapport montre aussi que les passagers exprimant le souhait de reprendre l’avion dans les deux prochains mois sont désormais moins nombreux que ceux qui s’étaient exprimés en avril, alors que la proportion de ceux qui affirment vouloir attendre au moins six mois voire un an augmente nettement.

Les compagnies américaines commencent à supprimer les emplois

Un scénario de catastrophe aggravée qui se confirme aussi de l’autre côté de l’Atlantique où les compagnies American Airlines et United Airlines vont commencer à se séparer d’une grande partie de leur personnel : 19.000 emplois devraient ainsi disparaître chez American Airlines, 13.000 chez United Airlines. Ces derniers jours, les deux grandes compagnies américaines avaient placé leur espoir dans un nouveau plan d’aide au secteur aérien, après les 25 milliards de dollars déjà débloqués en mars dernier.

A l’époque, les compagnies aériennes des Etats-Unis s’étaient engagées à ne pas supprimer d’emplois jusqu’au 30 septembre. Mais la reprise espérée par le secteur aérien se fait toujours attendre, et les compagnies ne parviennent pas à sortir la tête de l’eau. Depuis plusieurs jours, les principaux acteurs du transport aérien américain ont multiplié les appels pour qu’un nouveau plan de 25 milliards de dollars soit rapidement adopté pour soutenir l’emploi pour six mois de plus.

Le refus des républicains américains

Un vaste plan de soutien à l’économie est pour l’instant examiné au Congrès américain, mais les discussions n’en finissent pas de patiner. Les démocrates ont alors tenté de faire voter un texte spécifiquement dédié au secteur aérien, ce qui aurait permis de débloquer rapidement une aide financière supplémentaire pour les compagnies. Mais les républicains de la Chambre ont bloqué l’examen accéléré de cette mesure, parce qu’ils veulent un accord global.

Les compagnies américaines ne sont évidemment pas les seules à devoir réaliser des coupes spectaculaires dans l’emploi : quel que soit le continent, aucune compagnie n’est épargnée. Pas même les plus solides, telles l’allemande Lufthansa, maison mère de Brussels Airlines. Malgré l’aide d’un total de 9 milliards d’euros apportée par l’Etat allemand à sa compagnie nationale, Lufthansa va peut-être devoir licencier des milliers de personnes en plus des 22.000 déjà prévus.

Pour le mois d’octobre, la compagnie allemande n’a enregistré que 10% des réservations effectuées en octobre 2019. Une réalité imparable, qui a déjà amené le premier groupe de transport européen à réduire encore davantage sa flotte d’ici 2025 : il va se séparer de 50 avions de plus que les 100 initialement programmés, sur une flotte totale de 763 avions.

JT du 21/04/2020: les compagnies aériennes en danger

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