Déforestation, urbanisation : comment l'humain offre de nouvelles opportunités aux virus

Déforestation, urbanisation : comment l'humain offre de nouvelles opportunités aux virus
Déforestation, urbanisation : comment l'humain offre de nouvelles opportunités aux virus - © MAYKE TOSCANO - AFP

La forêt amazonienne grignotée par des engins de chantier. Un élevage intensif de volaille installé sur les rives du lac chinois Poyang, peuplé d’oiseaux sauvages… L’empiétement de la nature par l’humain ouvre des opportunités aux virus. Des rencontres inédites entre espèces, qui peuvent se révéler explosives.

On pense aujourd’hui à lutter contre le Covid-19. Il faudra penser aussi à réfléchir à la façon dont, en amont, l’humain empiète sur les milieux naturels.

Sophie Vanwambeke, professeure de géographie médicale à l’UCLouvain nous explique pourquoi.

Il n’y a pas forcément plus de virus qu’avant…

Il est impossible de comparer notre époque à celles qui n’ont pas répertorié les virus. Mais de tout temps, les milieux naturels et non naturels sont des réservoirs à organismes et parmi eux des microbes, dont des virus, et parmi eux des virus potentiellement pathogènes pour l’être humain.

"Il n’y a vraisemblablement pas plus de virus aujourd’hui qu’auparavant" explique la spécialiste en géographie médicale, "mais il y a aujourd’hui bien plus d’opportunités pour les virus de découvrir un chemin vers une autre espèce."

…mais il y a plus de rencontres explosives

La population mondiale grandit et avec elle la pression sur les milieux naturels : l’homme ronge de nouveaux territoires pour vivre, pour élever ou cultiver, mais aussi pour en exploiter les ressources naturelles, pour ses productions industrielles.

Lorsque les animaux sauvages qui y vivent, jusqu’alors "confinés" dans leur habitat naturel, entrent en contact avec l’humain, les microbes qu’ils charrient rencontrent l’homme aussi.

Parfois il y a un hôte intermédiaire, un animal qui fait "pont". L’hypothèse (encore à confirmer) pour l'origine du coronavirus est celle d’un contact entre une chauve-souris, animal sauvage et nid à microbes, avec un pangolin d’élevage, destiné à être mangé. Le pangolin, infecté, aurait développé une charge virale élevée et transmis l'agent pathogène à la personne qui l’a mangé.

La "masse" favorise la propagation du virus

Ces rencontres entre l’humain et de nouveaux microbes sont le plus souvent sans conséquences.

Mais dans les cas où ces microbes trouvent la capacité de s’adapter à l’homme ou à un animal d’élevage, une nouvelle population hôte leur est massivement disponible. "Massivement", parce que les humains n’ont jamais été aussi nombreux. Ou "massivement" parce que l’homme a déployé un peu partout des élevages intensifs, parfois proches de milieux naturels. Or 50.000 poulets dans un hangar offrent plus d’opportunités aux virus qu’une basse-cour.


►►► Toutes les infos sur l'épidémie de coronavirus en Belgique et dans le monde


"Plus ces rencontres se multiplient, plus il y a des risques de transmissions de virus potentiellement pathogènes. C’est comme à la loterie" compare Sophie Vanwambeke. "Quand on achète 2 tickets, il est peu probable qu’on gagne le gros lot. Mais quand on en achète 100.000, on augmente la probabilité que cela se produise."

Plus de rencontres inédites, plus d’humains… Et plus de mouvement

C’est le trio perdant : il y a plus de contacts qu’avant avec ces "réserves" de virus, il y a plus d’humains-hôtes potentiels et nous sommes aussi… Plus connectés que jamais. La pandémie actuelle le montre : le virus profite de notre agilité de déplacement sur le globe.

"Quand un virus arrivait auparavant dans un groupe restreint, peu en contact avec d’autres, l’épidémie faisait son chemin dans ce groupe restreint" explique la géographe. "Parfois ce groupe mourait entièrement ou se forgeait une immunité, mais le virus s’arrêtait là. C’est évidemment fondamentalement différent de ce que l’on a aujourd’hui à l’échelle de l’espèce humaine."

Face à ces opportunités nouvelles que l’humain offre aux virus, il faut, dit Sophie Vanwambeke, développer une capacité de réaction très rapide, puisque nos connexions le sont aussi. Mais également réfléchir à notre pression sur la nature et notre façon d’en côtoyer les espèces sauvages.

JT du 13/12/19 - Déforestation: l'Amazonie littéralement coupée par une autoroute au Brésil

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK