Déflation: la conséquence des politiques d'austérité?

Déflation: est-ce la faute aux politiques d'austérité ?
Déflation: est-ce la faute aux politiques d'austérité ? - © Flickr-TaxRebate.org.uk

Ce Qui Fait Débat revient sur le risque de déflation qui plane sur l'Europe. Pour en débattre, Arnaud Ruyssen recevait Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11 et Didier Paquot, directeur du département économie de l'Union wallonne des entreprises.

Une grande question au cœur de ce débat: la déflation est-elle la conséquence directe des politiques d'austérité menées un peu partout dans l'Union européenne ? Pour Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11, la situation est critique et l'Europe est au bord de la catastrophe: "Nous sommes à 0,3% d'inflation en moyenne dans la zone euro, mais pour toute une série de pays d'Europe du sud et de l'est, on est déjà dans la déflation depuis pas mal de temps. Il y a des réalités différentes mais on est tout près de voir le piège se refermer".

Stagnation économique et augmentation de la dette

Alors, quelles conséquences pour l'Europe si elle entrait en déflation de manière structurelle ? Arnaud Zacharie rappelle que les deux conséquences directes de la déflation sont la stagnation économique et l'augmentation de la dette. "Le Japon a connu une déflation pendant plus de quinze ans et ses taux d'endettement sont à 250% de son PIB" dit-il et, pour lui, c'est vers ce genre de situation que l'Europe est en train de basculer. "On a connu cette situation économique dans les années trente, il y a eu le Japon, les pays d'Afrique et d'Amérique latine dans les années 80 et 90,... On a parlé chaque fois de 'décennie perdue'. Et ça a parfois débouché sur des graves problèmes politiques. Derrière la crise économique et sociale, il y a aussi des systèmes politiques qui peuvent chanceler".

Une réaction ferme de la BCE

Didier Paquot (Union wallonne des Entreprises) insiste tout d'abord sur la distinction qui existe entre les prix négatifs et la déflation: "On peut avoir des prix qui baissent comme dans les années 2009-10 mais c'était lié au choc de la crise. La déflation, c'est une spirale négative qui se met en route surtout quand les consommateurs ne consomment plus en attendant des prix encore plus bas. Alors, toute la machine économique se fige, se sclérose et cela peut durer des décennies". Mais le risque d'entrer en déflation est bien réel ajoute-t-il.

Pour Didier Paquot, une réaction plus ferme de la BCE enverrait un signal positif aux acteurs de l'inflation: "Une réaction ferme de la BCE permettrait de donner à la fois plus de liquidités et surtout enverrait le signal aux différents acteurs économiques que l'on va lutter contre cette déflation".

L'Europe a détruit près de cinq millions d'emplois

Côté causes, Arnaud Zacharie pointe les politiques d'austérité en Europe: "Ce sont les politiques d'austérité et le dumping social qui ont entrainé cette spirale déflationniste. Il suffit de comparer avec les États-Unis. On sait que la crise de 2008 a éclaté aux États-Unis et malgré le fait que les États-Unis aient connu la plus lente reprise économique de leur histoire, ils ont quand-même un PIB qui est 9% supérieur à celui de 2008 et ils ont créé 1,2 millions d'emplois. L'Europe n'a toujours pas retrouvé son niveau de production de 2008 et a détruit près de cinq millions d'emplois. Et la différence, ce sont les politiques d'austérité et de dumping social".

Didier Paquot de son côté met en garde contre ce qu'il appelle "les relations simplistes en économie". Il rappelle d'ailleurs que dans d'autres situations, des restrictions budgétaires fortes n'ont pas emmenés forcément les conséquences que l'on connait. Pour Didier Paquot, "ce qui est en cause, c'est une crise mondiale économique de l'offre et de la demande qui fait que tout stagne. Mais de là à dire que c'est à cause des politiques budgétaires qui ont été menées, c'est un raccourci".

RTBF en collaboration avec Euranet Plus, le réseau des radios européennes .

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK