Découverte d'une nouvelle mini-lune qui pourrait bien provenir de la Terre

C’est un phénomène que certains astronomes appellent "mini-lune" ou "minimoon" en anglais. Ces objets capturés par l’orbite de la Terre sont des corps célestes mais pas toujours…

Une nouvelle mini-lune pourrait prochainement être prise au piège dans notre orbite et celle-ci a quelque chose de spécial. À bien y regarder, il pourrait ne pas s’agir d’un simple astéroïde.


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C’est le site Numerama qui évoque la découverte et l’identification de cette potentielle mini-lune. Un objet déjà baptisé sobrement 2020 SO. C’est donc le 17 septembre 2020, dans le cadre du relevé astronomique Pan-STARRS, que cet objet a été identifié ainsi que sa potentielle trajectoire par Tony Dunn (voir le tweet ci-dessous), professeur de physique au lycée Archbishop Riordan de San Francisco et astronome amateur.

Une trajectoire entrante qui est susceptible de voir cet objet temporairement capturé par la gravité terrestre.

Cette mini-lune passera à 50.000 kilomètres de la surface de notre planète

Selon les projections, il arrivera le mois prochain, en octobre, et restera jusqu’en mai 2021. Il devrait être au plus proche de la Terre le 1er décembre.

Les calculs estiment qu’il passera à 50.000 kilomètres de la surface de notre planète, ce qui est à peine au-dessus des satellites géostationnaires (36.000 km). L’objet devrait s’éloigner pour former un huit et revenir vers la Terre et repasser cette fois à 200.000 km de la terre pour enfin s’éloigner. Cependant, la trajectoire calculée actuellement n’est pas encore définitive. "Les calculs après 5 jours ne sont pas fiables, il y en a d’autres qui sont en cours", insiste Alain Jorissen, professeur d’astrophysique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Retour à la base

Depuis la découverte de 2020 SO, les discussions vont bon train entre scientifiques et amoureux de l’espace pour savoir si cet objet est d’origine céleste ou artificielle, autrement dit provenant de la planète Terre. "Ce qui nous met la puce à l’oreille c’est la vitesse de cet objet qui se déplace lentement", explique Alain Jorissen.

"Cet objet est bizarre car sa vitesse est faible (ce qui permet sa capture par l’orbite de la Terre). Un astéroïde 'typique' ne pourrait pas se mettre en orbite autour de la terre, ou du moins pas ceux qu’on connaît actuellement. Sa lenteur nous fait dire que c’est un objet qui provient de notre planète". Plusieurs scientifiques suspectent aujourd’hui que cet objet est en fait un morceau de fusée lancée il y a plus de 50 ans.

Sa lenteur nous fait dire que c’est un objet qui provient de notre planète

Selon les observations, la taille de cet objet se situe entre 5 et 13 mètres. 2020 SO pourrait donc correspondre à un étage d’une fusée Atlas-Centaur, qui a lancé la sonde lunaire Surveyor 2. Une sonde qui participait à la mission Apollo de la Nasa en septembre 1966.

Tony Dunn, qui l’a découverte, a montré que, dans sa simulation, 2020 SO apparaît également en orbite autour de la Terre en septembre 1966. Pour Alain Jorissen, ce potentiel retour peut s’expliquer : "Comme nos fusées n’ont pas une puissance infinie dans l’espace, l’objet garde en quelque sorte la mémoire de sa vitesse de lancement qui est lente par rapport au déplacement d’autres objets dans l’espace. Ce qui explique sa vitesse peu élevée. Ensuite, le système de la gravitation étant un système conservatif, l’objet peut revenir à son point de départ et donc à la terre".

Un danger pour la planète ?

La découverte de 2020 SO a été possible grâce au programme Pan-STARRS, un observatoire qui se situe dans les îles Hawaï aux États-Unis et sponsorisé par la Nasa. "La mission principale de cet observatoire c’est de découvrir des objets potentiellement dangereux pour la terre, c’est-à-dire qui sont susceptibles de nous heurter. Cela résulte de la prise de conscience que le ciel peut nous tomber sur la tête comme le craigne Astérix et Obélix. Plus sérieusement, on a de nombreuses preuves de collisions qui se sont produites entre un astéroïde et la terre, du plus anecdotique au plus cataclysmique. Je prends l’exemple de Tcheliabinsk en 2013 en Russie ou de l’astéroïde qui a éradiqué les dinosaures de la surface de la terre".


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Le projet Pan-STARRS est l’un des observatoires qui a donc notamment commencé à observer l’espace pour repérer les objets qui pourraient s’écraser sur la terre. Vu sa taille, 2020 SO ne représente pas un danger pour l’avenir de l’espèce humaine. Cependant, un ou plutôt des milliers d’objets créés par l’homme pourraient menacer la planète selon Alain Jorissen : "Dans le cas présent, on est face à l’illustration de ce qui pourrait devenir très commun dans le futur. À savoir, la pollution de l’espace par nos débris. C’est un véritable danger. Actuellement on continue à placer des objets à tort et à travers. Et cela pourrait empirer si on laisse les compagnies privées faire ce qu’elles veulent dans un objectif de profit comme les projets Starlink ou Space X d’Elon Musk par exemple. Ce type de projet risque de créer un nombre trop important de déchets".


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Cette multitude d’objet créés par l’homme dans l’espace deviendrait un danger pour la détection des objets célestes menaçants. "Reprenons l’exemple du programme Pan-STARRS, qui essaie de détecter ces objets potentiellement dangereux. Il n’y arrivera plus. Il sera en quelque sorte pollué par toute cette constellation de satellites au-dessus de nos têtes car ils risquent de se retrouver sur chacune des images. Le programme va devoir d’abord tester l’énorme banque de données des satellites ou débris en orbite pour savoir s’il s’agit bien d’un satellite, avant d'enfin dire qu’il s’agit d’un objet potentiellement dangereux. Il faut donc selon moi, une régulation légale des États. Que des compagnies privées passent au-dessus des États, ça crée un nouveau Far West", estime le professeur d’astrophysique Alain Jorissen.

En attendant d’éventuelles lois pour réguler la conquête spatiale, de nouveaux calculs sont en cours pour déterminer la trajectoire exacte de 2020 SO. Histoire de s’assurer que cet objet encore mystérieux, passera bien à 50.000 kilomètres au-dessus de nos têtes.

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