Décès de Michel Fourniret : il ne sera jamais jugé pour des crimes qu’il a reconnus

Michel Fourniret, aussi appelé "l’ogre des Ardennes", âgé de 79 ans, placé dans le coma, est décédé ce lundi 10 mai 2021. Le violeur et tueur en série Michel Fourniret a souvent dérouté la justice en quarante ans de crimes. Il y a eu des aveux, des silences et peut-être même encore des secrets. Encore aujourd’hui, son nom est évoqué dans plusieurs disparitions non élucidées.

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Le parcours macabre de Michel Fourniret

A l’âge de 25 ans, Michel Fourniret est condamné, en 1967, à huit mois de prison avec sursis avec obligation de soins, pour l’agression d’une fillette dans les Ardennes.

Arrêté et incarcéré en 1984, ce père de famille discret est condamné le 26 juin 1987 à cinq ans de prison ferme pour des agressions sexuelles sur une douzaine de jeunes femmes depuis 1981.

En détention, il entame une correspondance avec Monique Olivier, séparée et mère de deux enfants. Il s’installe avec elle dans l’Yonne (Centre) après sa libération en octobre 1987.

L’affaire Flarida Hammiche

Mais Michel Fourniret ne s’arrête pas aux agressions sexuelles. Jean-Pierre Hellegouarch, ex-compagnon de cellule de Fourniret, lui demande en 1988, par l’intermédiaire de sa femme Farida Hammiche, de récupérer un "trésor" de lingots d’or enterré dans un cimetière de Fontenay-en-Parisis (Val-d’Oise) par une équipe de braqueurs, le célèbre "gang des postiches". Pour garder le magot, Fourniret tue la jeune femme. Avec cet argent, il s’achète notamment le château du Sautou, dans les Ardennes. En 1988 naît le fils du couple, qui se marie l’année suivante.

Il devait chasser au moins deux vierges par an

En 2003, Fourniret est arrêté en Belgique après la tentative ratée d’enlèvement d’une adolescente. Interrogée par la police belge, Monique Olivier accuse un an plus tard son mari des meurtres de neuf jeunes femmes ou adolescentes, dont Farida Hammiche. Fourniret, détenu à Dinant (Belgique), reconnaît huit homicides, commis depuis 1987 en France et en Belgique.

Selon ses propres aveux, il "devait chasser au moins deux vierges par an". Une obsession qui serait née du fait que sa première femme, qu’il pensait vierge, ne l’était pas au moment de leur mariage. Sur les indications de Fourniret, les corps de deux victimes sont découverts dans le parc du château du Sautou.

Monique Olivier accuse par la suite son mari de plusieurs autres meurtres. Il est condamné par la cour d’assises des Ardennes à la perpétuité incompressible pour sept meurtres de jeunes femmes ou adolescentes entre 1987 et 2001, précédés de viol ou tentative de viol, et trois agressions d’autres jeunes filles ayant réussi à lui échapper.

Puis de nouveau, il est condamné à la perpétuité par la cour d’assises des Yveline en 2018 pour un assassinat crapuleux, celui de Farida Hammiche, dont le corps n’a jamais été retrouvé.

L’affaire Estelle Mouzin

Le 27 novembre 2019, le tueur en série est mis en examen dans l’enquête sur la disparition d’Estelle Mouzin, à l’âge de 9 ans en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). Soupçonné puis mis hors de cause dans le passé, il a finalement vu son alibi contredit par Monique Olivier. Le tueur avait également fini par avouer le 7 mars 2020 sa responsabilité dans la disparition d’Estelle Mouzin, après avoir été mis en cause par son ex-épouse.


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Le 21 août, Monique Olivier déclare à la justice que son ex-mari a kidnappé la petite fille pour la séquestrer, puis l’a violée et étranglée à Ville-sur-Lume (Ardennes). Plusieurs séries de fouilles dans d’anciennes propriétés de Fourniret dans les Ardennes n’avaient toujours pas permis, en mai 2021, de retrouver le corps de la fillette.

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Mais le temps pressait pour reconstituer le parcours criminel de celui qui se décrit comme "un joueur d’échecs" face aux enquêteurs et souffre d’un début de maladie d’Alzheimer.

"Jouez avec un partenaire tel que vous, ça en vaut la peine", mais "ma mémoire fiche le camp", disait-il en novembre à la juge d’instruction Sabine Kheris, qui venait, selon le parquet de Paris, de recueillir ses aveux.


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En février 2018, Fourniret avait d’abord avoué à la juge avoir tué deux autres jeunes femmes dans l’Yonne : Marie-Angèle Domece, disparue en 1988 à 19 ans, et Joanna Parrish, 20 ans, retrouvée violée et étranglée deux ans plus tard. Des meurtres qu’il niait jusqu’alors et pour lesquels il avait été mis en examen en 2008.

"Si ces personnes n’avaient pas croisé mon chemin, elles seraient toujours vivantes", a-t-il déclaré lors d’un de ses interrogatoires consulté par l’AFP.

Son ex-femme, Monique Olivier avait confirmé les aveux sibyllins de son ancien époux pour ces deux femmes. Elle l’avait aussi clairement accusé fin janvier d’avoir tué la petite Estelle Mouzin, après avoir contredit son alibi cet automne.

Reconnue complice de quatre meurtres et d’un viol en réunion, elle a pour sa part été condamnée en 2008 à la perpétuité avec 28 ans de sûreté.

Des années après les faits, ces différents aveux avaient relancé l’espoir d’élucider ces "cold-cases", mais des secrets demeuraient toutefois enfouis dans la mémoire du tueur, en prison depuis 17 ans.

En novembre dernier, il avait d’ailleurs été interrogé pour la première fois dans l’enquête sur la disparition, en 1993 dans l’Orne, d’une femme de 29 ans, Lydie Logé.

Michel Fourniret était atteint de démence

La santé du septuagénaire incarcéré au centre pénitentiaire de Fresnes s’était fortement détériorée.

"Il avait déjà été hospitalisé à plusieurs reprises, notamment en novembre 2020 à l’hôpital Henri Mondor de Créteil (Val de Marne) où, dans le coma, il avait été placé en réanimation", indique le quotidien Le Parisien avant d’ajouter que "le 15 avril dernier, devant la détérioration de l’état de santé de leur client, ils avaient effectué une requête d’ordonnance de sursis auprès de la juge d’instruction Sabine Khéris. Et le mois précédent, une réquisition de suspension de fin de peine. Un certificat médical daté du 1er mars dressait un bilan de santé très alarmant du détenu, diagnostiquant notamment la maladie d’Alzheimer".


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En d’autres termes, il était évident qu’on ne pouvait plus rien attendre de Michel Fourniret. Il ne sera donc jamais jugé de ses crimes dont il avait avoué être l’auteur. "Cela fait plusieurs mois que son état et sa mémoire s’étaient dégradés et que l’on se doutait qu’il ne sera jamais jugé, observe Didier Seban, l’avocat des familles de ces victimes. Cette situation est évidemment dure à vivre pour les familles qui seront privées du principal accusé en cas de procès", indique le quotidien français. Aujourd’hui encore, certaines familles n’ont pas les réponses à la disparition de leurs enfants.

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Les affaires s’enchaînent

Mi-décembre, la cour d’appel de Dijon avait demandé de "nouvelles investigations" dans l’affaire Virginie Bluzet, retrouvée morte ligotée en 1997 dans la Saône, à la demande de la famille qui aimerait notamment explorer la piste Fourniret.

Le 12 novembre, la gendarmerie nationale avait lancé un appel à témoins dans l’espoir d’obtenir de nouvelles informations sur des "enquêtes judiciaires en cours" pouvant l’impliquer ainsi que Monique Olivier.

Et quid des échantillons d’ADN en cours d’analyse ?

Comme l’a révélé mercredi le Parisien, une trentaine d’ADN inconnus prélevés sur des effets de Michel Fourniret sont en cours d’analyse afin de déterminer s’ils ne sont pas ceux pas de victimes oubliées. Ces traces génétiques font l’objet de rapprochements avec au moins 21 affaires non élucidées de meurtres ou disparitions aux mains de la police judiciaire et de la gendarmerie.


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Michel Fourniret, un échec de la justice française

Il y a un paradoxe douloureux, il est impossible de juger Michel Fourniret et deuxièmement, une nouvelle juge d’instruction a repris la direction du dossier et elle court après le temps. L’enjeu pour l’avenir, c’est d’éviter cette perte de temps avec le projet d’un pôle spécialisé pour les tueurs en série et les cold-cases comme il existe avec la lutte contre le terrorisme.

Ce pôle serait composé d’une équipe de spécialistes qui pourraient faire le lien entre plusieurs crimes commis à des endroits différents mais par un même tueur.

 

Affaire Fourniret : devoir d’enquête du 03/03/2021

Extrait du JT du 10 mai 2021 :

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