Débat national en France: "Les deux participants de ce processus sont méfiants l'un vis-à-vis de l'autre"

En France, alors que la crise des gilets jaunes ne faiblit pas, le Président Emmanuel Macron a adressé hier sa "Lettre aux Français". Une lettre dans laquelle il pose le cadre du grand débat national qui commence demain : une trentaine de questions sont posées autour de quatre grands thèmes. "Il n’y aura pas de questions interdites" a-t-il affirmé.

Un débat national cadenassé

Mais le Président français impose déjà des lignes rouges à ne pas franchir. D’un côté,
Emmanuel Macron pose cette question aux français : "Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ?" et dans le même temps, il exclut de revenir sur les mesures fiscales adoptées. Pas question de réintroduire l’ISF, l’impôt de solidarité sur la fortune qu'il a remplacé en 2017 par l'IFI, l'impôt sur la fortune immobilière.

Pourtant, ce point-là fait partie des demandes les plus fréquentes relevées dans les cahiers de doléances qui ont été ouverts dans les milliers de mairies. L’ISF cristallise la colère des gilets jaunes. Pour eux, l'avoir supprimé traduit une injustice fiscale qui contribue aux inégalités.

A l’inverse, une question semble déjà acquise : "Faut-il rendre obligatoire le vote blanc ?"
Emmanuel Macron a déjà dit qu’il n’était pas contre.

Enfin, une autre question créé déjà la polémique. Emmanuel Macron réaffirme son attachement au droit d’asile et en même temps, il pose la question de fixer des quotas annuels d'immigration. Pour les associations qui défendent les droits humains, cette question n’a pas sa place dans ce débat, car elle risque de faire des migrants, des boucs-émissaires.

Une lettre qui peine déjà à convaincre

Les réactions sur les réseaux sociaux n'ont pas tardé. Cette consultation, c’est "du blabla", "de l’enfumage", "un artifice de communication", "A quoi ça sert s'il y a des tabous ?", peut-on lire.

Techniquement, analyse Thibault Gaudin assistant au centre de droit public de l’ULB, "il y a un risque que les résultats soient instrumentalisés, puisque ce sont les élus qui vont avoir la main mise sur ce processus participatif. Ce sont les maires qui vont jouer un rôle essentiel, car dit la lettre, ils sont "vos élus" et donc l'intermédiaire légitime de l'expression des citoyens... Comme si les citoyens n'étaient pas en eux même, l'expression légitime des citoyens. C'est peut-être un sujet d’inquiétude. On pourrait dire que le débat est non seulement cadenassé et potentiellement aussi il pourrait faire l'objet d'une instrumentalisation, en fonction des modalités de ce débat".

Je doute fort de la fiabilité de cet exercice

Avec toute les réponses recueillies, Emmanuel Macron, dit vouloir proposer aux Français un "nouveau contrat". "Or d'une part, les questions sont ouvertes", analyse Thibault Gaudin, "il faudra donc procéder à un énorme travail de dépouillement et ensuite il sera difficile d'obtenir des réponses tranchées de type oui-non. D'autre part, cette consultation n'est pas un référendum. Juridiquement, les réponses ne seront donc pas contraignantes. Dans ces circonstances, je doute de la fiabilité de cet exercice, d'autant que les deux participants de ce processus de consultation sont méfiants l'un vis-à-vis de l'autre".

Sur le plan politique, l'enjeu est de taille. Il s’agit pour Emmanuel Macron de sauver la seconde partie de son quinquennat. Car la crise des " gilets jaunes " qui dure depuis deux mois, menace la capacité même de l’exécutif à poursuivre les réformes.
Emmanuel Macron cherche tous les moyens pour reprendre la main.

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