De la prison au palais présidentiel? L'improbable campagne du "Berlusconi tunisien"

Nabil Karoui est inculpé pour fraude fiscale et blanchiment d’argent est toujours sous les verrous.
Nabil Karoui est inculpé pour fraude fiscale et blanchiment d’argent est toujours sous les verrous. - © FETHI BELAID - AFP

La Tunisie s’apprête à peut-être élire un président en prison ! Il y a encore quelques semaines, les Tunisiens n’auraient jamais imaginé pareil scénario. A moins de deux semaines du deuxième tour de la présidentielle, Nabil Karoui, homme d’affaires controversé, patron de télévision, arrivé en deuxième place du premier tour et inculpé pour fraude fiscale et blanchiment d’argent est toujours sous les verrous. Incarcéré depuis le 23 août dernier. Toutes les demandes de libération ont été refusées par la justice. La campagne pour le deuxième tour vient de démarrer. C’est sa femme et son équipe qui se chargeront de la mener, en l’absence du candidat.

Remise en cause des résultats

"Si Nabil Karoui n’est pas libéré rapidement, ce serait tout simplement dramatique pour cette démocratie encore fragile", estime Yadh Ben Achour, constitutionnaliste, l’une des figures morales les plus incontestées en Tunisie. Il refuse de prendre parti pour un candidat ou l’autre. Mais il résume : "Si les juges laissent Nabil Karoui derrière les barreaux, il ne reste que deux scénarios possibles". Le moins pire ? Nabil Karoui remporte le deuxième tour. "Là, je ne vois pas comment on pourrait s’en sortir sinon en le libérant. Et là… ça ne s’est jamais vu dans l’histoire du monde que quelqu’un sorte de prison pour aller directement au palais présidentiel."

Ce scénario écornerait l’image de la Tunisie. Mais il n’est pas dramatique. Deuxième hypothèse : Nabil Karoui ne gagne pas. "Là, il a la possibilité d’intenter des recours contre les élections du deuxième tour pour rupture d’égalité des chances entre les candidats. Le principe d’égalité, en matière de compétition électorale est un principe absolu. Donc s’il perd, il aura des voies de recours internes aussi bien qu’internationales. Il y a un risque de remise en cause des résultats des élections ! La seule possibilité pour moi : qu’on le libère ! Ça devient un problème de survie pour la Tunisie, d’intérêt supérieur de la nation. Je crois que les considérations juridiques – doivent ici, de manière tout à fait exceptionnelles – passer après les considérations politiques."

Faire primer la politique sur le droit ? 

La situation semble inextricable. Pour cette jeune démocratie qui a cruellement besoin de stabilité politique pour relancer son économie, une présidentielle contestée en justice n’est pas souhaitable.

Au sortir du tribunal après un nouveau rejet d’une demande de libération du candidat, pas un supporter pour le soutenir, mais plusieurs conseillers politiques et avocats de Nabil Karoui accusant le coup : "Il est inacceptable que des juges mettent le pays et sa transition démocratique en danger pour l’intérêt d’un parti politique", lâche Ridah Belhaj, avocat, membre de son comité de défense.

Nabil Karoui aime se désigner comme un "prisonnier politique". Communicant de profession, il sait transformer les difficultés en opportunités. Il affirme que son arrestation est politique, visant à l’écarter. Dans un premier temps, certains membres de son équipe avouaient volontiers que cette arrestation lui avait paradoxalement servi : "On ne parle que de lui. Ceux qui ont voulu l’écarter lui rende finalement service, il le font grimper encore dans les sondages".


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Mais aujourd’hui, ils préparent le terrain pour une possible défaite dimanche prochain : "Pour moi, c’est comme s’il était déjà élu. S’il ne l’est pas, nous déposerons un recours pour manquement au principe de l’égalité des chances entre les candidats", prévient, sur les escaliers devant le tribunal, Oussama Khlifi, conseiller politique de l'homme d’affaires.

 

"Je ne veux pas que Nabil Karoui devienne président ! Mais il joue sur la victimisation. Le laisser en prison le renforce ! J’aurais préféré que la justice le libère et qu’il puisse mener campagne contre son rival…", s’inquiète un jeune homme qui lance encore : "Vous savez comment on l’appelle ici ? Le Berlusconi tunisien. Le pays n’avancera jamais si un homme pareil est élu".

Verdict : le 13 octobre.  

Extrait de la déclaration d'Oussama Khlifi, membre du bureau de Qalb Tounès -parti de Nabil Karoui (français)

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