De l'océan au robinet: le dessalement solaire face à la crise de l'eau en Afrique du Sud

La centrale a coûté 700.000 euros et permet aujourd'hui de délivrer 150 mètres cubes d’eau potable par jour.
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La centrale a coûté 700.000 euros et permet aujourd'hui de délivrer 150 mètres cubes d’eau potable par jour. - © Pierre MOREL

La première usine de dessalement d’eau de mer fonctionnant à l'énergie solaire d'Afrique tourne à plein régime depuis bientôt un an.                       L’unité a été construite à Witsand dans la province Cap occidental en Afrique du Sud. Les 2000 habitants de ce petit village isolé, s’étaient habitués à vivre avec de régulières coupures d’eau. Pour eux, cette usine est une révolution.

Accoudé à la rambarde de sa terrasse, Louis Benade contemple chaque matin le paysage superbe qu’offre la côte méridionale sud-africaine. Son café entre les mains, il sourit : "Vous savez, je suis ici tout les matins à regarder l’océan en buvant mon café, mais j’ai toujours du mal à réaliser qu’il y a quelques heures, l’eau avec lequel je l’ai préparé était encore là devant moi, dans l’océan".

Louis habite dans la petite ville de Witsand depuis son enfance. Il ne se rappelle plus combien de fois, chez lui, l’eau s’est arrêtée de couler au robinet. "Des centaines", lance-t-il. Pourtant cerné par l’océan, à Witsand, comme dans beaucoup de localités isolées d’Afrique du Sud, l’eau peine à arriver. Infrastructures obsolètes, épisodes de sécheresse, barrages et nappes phréatiques à sec, autant de raisons qui ont décidé la municipalité à s’équiper d’une usine de dessalement d’eau de mer fonctionnant à l’énergie solaire.

La centrale, qui a coûté 700.000 euros, permet de délivrer 150 mètres cubes d’eau potable par jour. De quoi largement couvrir les besoins des 2000 habitants du village. Pendant les périodes de forte demande, comme les vacances, où de nombreux touristes se rendent à Witsand pour observer les baleines, la production journalière peut atteindre 300 mètres cubes par jour.

Patrice Boyer est français et ingénieur en génie civil. Installé en Afrique du Sud depuis 15 ans, c’est lui qui a convaincu la municipalité de s’offrir cette nouvelle technologie. Mais alors cette usine, comment fait-elle pour se débarrasser des 35 grammes de sel contenus dans chaque litre d’eau de mer ? Quand Patrice Boyer s’est lancé dans son explication du principe scientifique de "l’osmose inverse", nous avons vite été… noyés. Pour ceux qui n’y connaissent rien ou pas grand-chose, vous avez une autre version ?  "Pour faire plus simple, après avoir filtré l’eau de ses impuretés, il ne reste que de l’eau et du sel. On envoie ensuite cette eau salée à une très forte pression dans de longs tuyaux dans lesquels se trouvent plusieurs filtres successifs de plus en plus fins. A l’arrivée, l’eau est débarrassé à 95% de sa charge en sel et elle est prête à être consommée."

Un procédé devenu plus écologique

Dessaler de l’eau de mer, Patrice Boyer l’avoue aisément, le procédé n’est pas nouveau. Mais toutes les usines déjà existantes fonctionnent exclusivement au fioul. L’utilisation d’énergie fossiles entraîne un coût de production élevé et une emprunte carbone considérable. Mais pour la municipalité de Witsand et son usine solaire, le coût de revient au litre n’est pas plus élevé que lorsque qu’elle devait traiter et acheminer de l’eau douce à ses administrés.

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"Ce qui rend cette centrale unique, c’est l’utilisation de l’énergie solaire qui nous permet d’avoir de l’eau de manière infinie à un prix raisonnable et sans laisser aucune emprunte carbone, dit-il. Il suffit d’avoir la mer à proximité et du soleil, et on peut reproduire cette technologie partout où il manque d’eau sur la planète. Sur Terre, 98% de l’eau est salée. Pourquoi se passerait-on de cette ressource ? Il faut l’utiliser."

A peine un an après son ouverture, l’usine de dessalement de Witsand a suscité d’abord la curiosité puis très rapidement l’envie. En Afrique du Sud, trois nouvelles unités devraient ouvrir avant la fin de l’année.

L’eau salée deviendra-t-elle l’avenir de l’eau potable ? Selon l’ONU, d’ici 10 ans, 40% de la planète pourrait être touché par une crise hydrique.

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