De Damas à Amsterdam: Ahmad Joudeh veut danser à tout prix

Ahmad Joudeh a danséce mercredi  sur l'Esplanade Simone Veil, devant le Parlement européen
Ahmad Joudeh a danséce mercredi sur l'Esplanade Simone Veil, devant le Parlement européen - © JOHN THYS - AFP

En Syrie, il dansait sous les bombes ou dans des décors de ruines. Ce mercredi, Ahmad Joudeh a dansé ici à Bruxelles devant le Parlement européen, à l'occasion de la Journée Mondiale des Réfugiés. Il est aujourd'hui en formation au Ballet d'Amsterdam, après s'être battu pour vivre de sa passion.

Danser pour se sentir vivant  

Torse nu, les yeux fermés, Ahmad Joudeh fait virevolter son costume traditionnel syrien, au milieu de l'Esplanade Simone Veil, devant le Parlement européen. Derrière lui, deux colonnes de réfugiés, venus de différents pays européens. Danser est vital pour lui: "Ma seule façon de me sentir vivant, c'est de danser. C'est pour cela que je me bats avec tant de force, pour être un danseur, pas un réfugié."
 
Ce statut de réfugié, il lui colle à la peau depuis qu'il est né, dans le camp palestinien de Yarmouk, près de Damas. Il explique: "Je n'ai jamais eu de nationalité, toujours pas aujourd'hui, pas de passeport. Je ne peux pas faire grand chose, je ne peux pas voyager où je veux, sauf dans l'Espace Schengen, heureusement".  

Menacé par le groupe terroriste Etat islamique 

Dans le camp de Yarmouk, il ne peut pas danser non plus. A l'époque, son père ne l'acceptait pas et voulait briser son rêve, avec des coups. Mais Ahmad tient bon, danse en cachette, se perfectionne, puis enseigne plus tard à Damas, malgré la guerre et puis les menaces du groupe terroriste Etat islamique, sur Facebook ou par téléphone: "D'abord, ils voulaient me couper la tête. Et puis après ils disaient qu'ils voulaient me tirer dessus. Ils ne voulaient plus que je meurs, juste que je souffre". 

Qu'importe les menaces, Ahmad continuera à danser, dans les ruines de sa ville ou sur les vestiges de Palmyre. Comme un acte de résistance: "J'ai toujours considéré la danse comme une façon de me battre. Parce que je crois que si tu veux apprendre à quelqu'un à utiliser une arme, tu peux lui apprendre en deux jours. Si tu lui apprends à être un danseur professionnel, ça prend plus de 10 ans. Donc montre moi ton ballet, pas ton armée". 

Des vestiges de Palmyre au Ballet national d'Amsterdam 

L'histoire d'Ahmad Joudeh est racontée il y a deux ans dans le documentaire d'un réalisateur néerlandais et elle touche le directeur du Ballet national d'Amsterdam. Ahmad y suit aujourd'hui une formation et peut imaginer un avenir meilleur. Ce mercredi, devant le Parlement européen, sa chorégraphie sensible et symbolique alliait danse contemporaine et derviche. C'est en dansant toujours qu'il veut offrir une image positive des réfugiés. 

Archives: "DANCE OR DIE" - Ahmad Joudeh danse place des droits de l'Homme à Paris le 22/07/2017

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