(Dé)blocage de Facebook en Australie : les enjeux d'un précédent qui fera date

Facebook a annoncé la levée du blocage en Australie des contenus d'actualité après la décision du gouvernement d'amender un projet de loi visant à contraindre les géants du numérique à rémunérer les médias pour leurs contenus. Le réseau social a-t-il fait plier le gouvernement australien ou a-t-il fait machine arrière ? S’il est encore trop tôt pour évaluer toute l’ampleur de cette décision, une chose est sûre : elle pourrait bien faire tache d’huile et donner des idées à d’autres.

Le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg, et le géant américain des réseaux sociaux ont indiqué avoir trouvé un compromis sur un des points clés de ce texte, premier du genre au monde, auquel les mastodontes du secteur se sont farouchement opposés. "Grâce à ces changements, nous pouvons désormais travailler à poursuivre notre investissement dans un journalisme d'intérêt public et rétablir dans les jours à venir pour les Australiens les informations sur Facebook", a déclaré le directeur général de Facebook Australia, Will Easton. "Nous sommes heureux d'avoir conclu un accord avec le gouvernement australien et nous apprécions les discussions constructives que nous avons eues".

Facebook a annoncé la levée du blocage en Australie des contenus d'actualité après la décision du gouvernement d'amender un projet de loi visant à contraindre les géants du numérique à rémunérer les médias pour leurs contenus. Le réseau social a-t-il fait plier le gouvernement australien ou a-t-il fait machine arrière ? S’il est encore trop tôt pour évaluer toute l’ampleur de cette décision, une chose est sûre : elle pourrait bien faire tache d’huile et donner des idées à d’autres.

Le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg, et le géant américain des réseaux sociaux ont indiqué avoir trouvé un compromis sur un des points clés de ce texte, premier du genre au monde, auquel les mastodontes du secteur se sont farouchement opposés. "Grâce à ces changements, nous pouvons désormais travailler à poursuivre notre investissement dans un journalisme d'intérêt public et rétablir dans les jours à venir pour les Australiens les informations sur Facebook", a déclaré le directeur général de Facebook Australia, Will Easton. "Nous sommes heureux d'avoir conclu un accord avec le gouvernement australien et nous apprécions les discussions constructives que nous avons eues".

Réactions en chaîne… après le blocage

Discussions constructives ? Ce n’est pas tout-à-fait l’analyse de Nicolas Van Zeebroeck, professeur d’économie numérique à la Solvay Business School-ULB. " Je crois surtout que Facebook a été contraint de trouver un compromis face à la vigueur des réactions que le blocage de ses pages a provoquée. La position devenait difficilement tenable pour le réseau social ".  Même si, estime encore ce professeur, " Facebook a certainement dû obtenir des amendements qui rendent la règlementation australienne plus digeste ".

Entre le réseau social et le gouvernement australien, difficile de dire qui tire son épingle du jeu ? " C’est surtout le principe de réguler la diffusion de contenus journalistiques en ligne, en particulier sur ces plateformes qui ressort gagnant. Et le principe que le partage de ces informations fasse l’objet de compensations financières pour les médias ", estime Nicolas Van Zeebroeck.  " C’est le grand principe que l’Australie voulait faire passer et elle a obtenu la capitulation et de Facebook et de Google. Pour ces plateformes, accepter ce principe en tant que règle établie dans la loi, c’est tout de même une vraie rupture avec leur position depuis plusieurs années. "

Un "avant" et un "après"

Dès le départ, les géants de la tech avaient pourtant clamé leur opposition à cette loi destinée à réguler les relations entre des médias traditionnels en grandes difficultés financières et les géants qui dominent internet et captent une part importante des revenus publicitaires. Ils redoutaient un précédent qui menacerait leur modèle économique.

Ce compromis de dernière minute, alors que le Parlement examine le projet de loi, signifie que Facebook mais aussi Google (qui a déjà accepté un compromis) ne feront donc pas l'objet de sanctions s'ils arrivent à conclure des accords avec les médias locaux pour payer les informations.

Pour ces plateformes, accepter ce principe en tant que règle établie dans la loi, c’est tout de même une vraie rupture avec leur position depuis plusieurs années.

Un délai de deux mois supplémentaires leur a été octroyé afin de négocier ces arrangements. "Nous sommes parvenus à un accord qui nous permettra de soutenir les groupes de presse que nous choisissons, y compris les petits et les locaux", a déclaré Campbell Brown, vice-présidente de Facebook en charge des partenariats mondiaux pour l'information.

Modèle économique à réinventer

Damien Van Achter, spécialiste des médias et du monde numérique, parle lui de " victoire à la Pyrrhus " pour le gouvernement australien et pour les médias. " C’est une grande bataille politique qui est en train de se jouer entre les plateformes comme Facebook et Google et le monde des médias qui n’en finit pas de se trouver face à un mur, celui de la réinvention de son modèle économique ".

Mais, comme le rappelle ce spécialiste, " ce n’est pas la presse qui permet à Facebook de vivre mais le contraire ". Et le fait qu’aujourd’hui les médias se retrouvent dans la situation " où ils doivent demander à Facebook de payer pour être visibles, me fait dire qu’on peut parler de victoire momentanée et qu’ils risquent bien de se mordre les doigts à plus long-terme ", ajoute Damien Van Achter.

Même si, pour lui, c’est plutôt une bonne nouvelle de voir que des gouvernements capables de réguler Facebook. " Cela part d’une bonne idée mais je crains qu’à long-terme ce ne soit pas forcément quelque chose dont les médias sortiront gagnants. C’est compliqué de pouvoir dire qui a gagné mais ce qui est certain c’est que ce sont des logiques qui s‘opposent et que les gouvernements doivent trancher. "

Négociations au cas par cas

D’après le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg, " les géants du numérique étaient opposés à ce que ces négociations avec les médias soient obligatoires et qu'en cas de conflit, un arbitre indépendant australien tranche. " Pourtant, une concession de ce type leur a finalement bien été accordée.

Pour Nicolas Van Zeebroeck, la grande question, c’est le montant de la compensation financière. " À la base, l’Australie voulait qu’il y ait une sorte d’arbitre indépendant qui soit en mesure de fixer le montant de cette compensation et donc empêcher une négociation directe entre les plateformes et les médias. " Or, souligne ce professeur de la Solvay Business School, c’est ce que Facebook voulait à tout prix éviter. " Et c’est ce que le réseau social a finalement obtenu en actant la possibilité de pouvoir disposer d’un délai pour négocier avec certains éditeurs, mais pas avec tous. Du moment que Facebook peut démontrer à l’arrivée qu’il fournit une compensation suffisante à l’ensemble des médias australiens. "

Compensations financières

Ce qui s’est joué en Australie est une révolution en soi. " Des digues sont petit à petit en train de céder ", insiste Nicolas Van Zeebroeck. Pour lui, il faut bien comprendre les deux enjeux qui se cachent derrière cette passe d’armes. " Le premier, c’est la liberté de circulation de l’information sur internet sans générer automatiquement le droit à une compensation financière. Le second, c’est l’enjeu de savoir comment est-ce qu’on veut redistribuer l’immense valeur qui est générée, essentiellement à travers des revenus publicitaires qui sont très concentrés dans les mains de quelques plateformes, Google et Facebook, qui sont de très loin les leaders mondiaux."

Rappelons que sur 100 dollars de publicités dépensés à l'heure actuelle par les entreprises australiennes, 49 tombent dans les poches de Google et 24 dans celles de Facebook, selon l'autorité australienne de la concurrence.

Précédent planétaire

"Il ne fait aucun doute que l'Australie a mené une bataille par procuration pour l'ensemble de la planète", affirme aujourd’hui le ministre des Finances, Josh Frydenberg. Si Google et Facebook semblent avoir trouvé une solution en Australie, cela ne signifie pas pour autant la fin de leurs problèmes. L'Union européenne, le Canada et d'autres pays entendent également réglementer le secteur.

Pour Damien Van Achter, cette décision pourrait bien faire tache d’huile. " Pas mal de gouvernements et de pays sont au balcon pour voir comment cela va se passer. J’espère que ce bras de fer du gouvernement australien permettra de financer autrement et de trouver des nouvelles manières de financer des médias pluralistes. Mais malheureusement, précise-t-il, je n’en suis pas convaincu ".

Un mano a mano entre Facebook et le gouvernement australien qui, selon Nicolas Van Zeebroeck, résume assez bien les enjeux actuels pour ces géants du numérique : " les plateformes comme Facebook et Google ont montré, d’une part, qu’on ne pouvait pas se passer d’elles et, d’autre part, que leur pouvoir est excessif et que le besoin de les réguler et de les encadrer n’a jamais été aussi criant. "

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