David Cameron soutenu par J.M. Barroso pour "couper dans la bureaucratie"

"Nous voulons examiner comment nous pouvons en faire plus pour la dérégulation, pour aider les entreprises à être compétitives et à réussir", a affirmé David Cameron en ouverture de cette rencontre atypique, retransmise en vidéo sur internet. L'initiative n'est pas politique, a-t-il ajouté, notant qu'elle était soutenue par des responsables "de gauche et de droite".

José Manuel Barroso a lui aussi insisté sur le caractère "pragmatique" de la démarche, qui ne "devrait pas être vue dans le cadre d'un débat idéologique". "Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires", a-t-il dit, citant Montesquieu.

Mais il ne s'agit pas pour autant de "baisser les standards en matière d'environnement, de santé et sécurité des travailleurs ou de protection des consommateurs", a-t-il ajouté.

La réunion a associé notamment la chancelière allemande Angela Merkel, et les Premiers ministres italien Enrico Letta, polonais Donald Tusk, suédois Fredrik Reinfeldt et néerlandais Mark Rutte.

La Belgique et la France pas conviées

La Belgique n'a pas été conviée, a indiqué une source diplomatique. Du côté belge, on souligne que, pressé sur sa droite, "David Cameron doit un peu jouer pour la tribune, pour l'opinion publique".

Le Premier ministre belge Elio Di Rupo a critiqué cetteoffensive de dérégulation. Il y voit "une déviance idéologique" et s'est dit "heureux de ne pas participer" au groupe de dirigeants qui y souscrivent.

"Au nom de la simplification, on voudrait qu'un certain nombre de régulations, notamment sur la protection des consommateurs ou sur l'environnement, disparaissent", a-t-il dit.

Or, les règles de protection de l'environnement sont absolument nécessaires, a-t-il poursuivi, évoquant les certitudes qu'il avait confortées à ce sujet lors d'un déplacement récent à New York pour l'assemblée de l'ONU. "Tous les experts sont d'accord pour dire qu'on ne peut pas continuer comme nous le faisons. Le développement durable n'est pas un phénomène de mode mais une nécessité absolue", a dit le Premier ministre.

Elio Di Rupo n'est pas pour autant opposé à la simplification. Il a mentionné "le gros travail de simplification administrative dans nos régions" et les efforts pour établir des guichets uniques inter-régionaux en Belgique.

"Mais dès qu'on en profite pour revenir à la jungle économique, je n'aime pas tellement le modèle", a-t-il conclu.

Vers une simplificationla législation européenne ?

Le débat anti-européen continue de couver au Royaume-Uni. Le parti europhobe Ukip gagne du terrain dans les sondages, tandis que David Cameron doit gérer une rébellion eurosceptique de plus en plus vive au sein de son propre parti conservateur. Le patronat réclame également le démantèlement de règles "bureaucratiques" européennes, dénoncées aussi par une partie de la presse.

David Cameron a mis sur pied récemment, conjointement avec les entreprises, une "business task force". Un rapport présenté cette semaine chiffre à plusieurs milliards d'euros les bénéfices qui pourraient découler d'une dérégulation. Plusieurs dirigeants d'entreprise ont voyagé à Bruxelles avec David Cameron pour défendre l'initiative.

Celle-ci peut compter sur un certain soutien de la Commission. Il y a quelques semaines, elle a présenté une communication intitulée "Refit" (pour "regulatory fitness", ou "gymnastique réglementaire"), visant à simplifier la législation européenne. La démarche fait suite à une consultation lancée l'an dernier, à travers laquelle les entreprises ont été priées d'identifier les dix législations les plus problématiques. La Confédération européenne des syndicats (CES) a vivement dénoncé une stratégie visant selon elle à affaiblir les droits des travailleurs.

Dernièrement, les tensions se sont cristallisées autour d'une réglementation envisagée dans le secteur de la coiffure.

La Commission a refusé de traduire en législation un accord conclu entre les partenaires sociaux européens sur les conditions de sécurité, et notamment l'usage de produits chimiques. Cet accord a été très critiqué par la presse britannique en raison d'une clause sur les chaussures à semelles anti-dérapantes, présentée comme une "interdiction de porter des talons hauts". Après une campagne de dénonciation intense, José Manuel Barroso a accepté de mettre le dossier sous le tapis.

Pour les syndicats européens, une telle attitude est inacceptable. "C'est la première fois que la Commission refuse de traduire un accord social européen dans une directive", dénonce une responsable de la CES.

Plus généralement, la confédération syndicale craint que l'initiative conduise à démanteler les règles sur le détachement de travailleurs ou sur les intérimaires.

Belga

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