Dans les poussières du Sahara tombées sur la France, les traces d’essais atomiques d’il y a 60 ans

Du vent chargé de sable du Sahara a atteint l’Europe à deux reprises en février, en colorant par endroits le ciel en tons orangés, vous vous en êtes peut-être aperçus.

Le 6 février, ce sont les Français qui s’étaient retrouvés dans la poussière, surpris de ce dépôt de sable ocre sur la neige des Alpes, sur les pare-brise du sud de la France, sur la bâche de cette piscine d’Alsace.

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Un dépôt de poussière du Sahara, tombée sur cette bâche de piscine d’Alsace le 6 février © RTBF

Après ce premier dépôt, l'"ACRO" a prélevé un échantillon de ces poussières pour le faire analyser.

L’ACRO, c’est l"Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest", une association créée en France au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl et de son nuage radioactif, en 1986. Ses bénévoles travaillent pour un contrôle transparent et indépendant de la radioactivité sur le territoire français. L’association effectue et analyse des échantillons en laboratoire.

Ses prélèvements ont révélé que ces sables du Sahara contenaient de faibles quantités de Césium-137.

Une substance radioactive, en très petite quantité

Le Césium-137 est un produit radioactif. Il n’existe pas à l’état naturel, il est principalement produit lors de la fission de l’uranium dans les réacteurs nucléaires.

Il n’était présent qu’en très faibles quantités dans les poussières du Sahara charriées par ces vents en février : selon l’ACRO, 80.000 Bq au km2 de césium-137. C’est une teneur trop faible pour représenter un danger pour la santé, ce que confirme à la RTBF l’Agence fédérale belge de contrôle nucléaire (AFCN) : "Il n’y a pas de risque pour la population, il s’agit d’une concentration tout à fait négligeable d’un point de vue radioprotection".

Si cette découverte n’a donc pas d’impact en termes de santé publique, elle n’est pas moins interpellante. Elle montre une fois de plus la longévité des résidus radioactifs dans la nature. L’ACRO estime en effet qu’il s’agit encore de traces des expériences atomiques menées dans les années’60 par la France, dans le Sahara.

Des traces des essais nucléaires français, après 60 ans

La première de ces expériences françaises dans le Sahara, l’opération "Gerboise bleue" remonte au 13 février 1960.

Dans la région de Reggane, au sud de l’Algérie alors colonie française, sur le coup de 7 heures, la France fait exploser sa première bombe atomique, une bombe au plutonium de trois à quatre fois la puissance de celle d’Hiroshima.

C’était la première expérience d’une longue série : il y aura en tout 57 essais nucléaires et expérimentations par la France dans cette région d’Algérie, entre 1960 et 1966.

Les autorités françaises décrivaient alors erronément cette zone comme complètement inhabitée et ces essais sans danger pour quiconque, comme en témoignent les archives de l’INA. Face à l’ONU opposée à ces essais, Jules Moch, le délégué de la France à la Commission du désarmement des nations unies, déclarait :

"Le Sahara se prête mieux que tout lieu à cette expérience, parce que le site choisi est à la fois désert et plus proche de la France que les atolls des antipodes. […] Les populations de tous les Etats voisins du Sahara, Maroc, Tunisie, Libye, Soudan, Ethiopie, Ghana, courront moins de danger que les habitants de la Californie et de la Sibérie qui n’en coururent aucun lors d’expériences plus nombreuses." Allusion aux essais réalisés ailleurs précédemment par les Etats-Unis ou la Russie.

Des conséquences de grande ampleur

L’histoire a montré à quel point ces propos étaient erronés. On estime qu’au moins 20.000 personnes vivaient dans cette région d’Algérie. La population locale y avait rapidement vu apparaître des pathologies inhabituelles. Les conséquences de la radioactivité s’y ressentent encore aujourd’hui. Des terrains y sont encore contaminés.

Il a fallu un long combat des soldats vétérans de ces essais, victimes de cancers, et la déclassification de documents en, 2013 pour découvrir l’étendue des retombées de ces expériences, plus lourdes et plus étendues que ce qui avait été admis à l’époque.

La poussière orangée qui avait coloré le ciel de certains coins de France le 6 février dernier, était certes jolie, mais elle portait la trace de cette contamination répétée, ravageuse et pérenne.

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