Dans les coulisses d'Air Force One, le bureau volant de Joe Biden dont c'était sans doute la dernière apparition sur le sol belge

On l’a souvent vu dans les séries télévisées et dans les films hollywoodiens : pourtant, l’intérieur de l’avion présidentiel reste un mystère pour le commun des mortels. A ce jour, il a été immortalisé assez rarement. C’est pourtant à bord d’un Boeing 747-200B que Joe Biden est arrivé ce week-end à Bruxelles pour son voyage en Europe. Alors qu’il s’agit du premier déplacement à l’étranger du 46e président américain, ce sera sans doute la dernière fois que cet appareil mythique appelé Air Force One, foulera le sol belge. En effet, il est destiné à être remplacé d’ici 2024.

Lors de leurs voyages, les présidents américains se déplacent aux quatre coins du monde avec un avion présidentiel, suivi d’un avion de secours. L’appareil actuel, doté de tous les conforts possibles, sera remplacé toujours par un Boeing, mais correspondant à un modèle plus moderne, un modèle 747-8. "Quand le 747-8 entrera en service en tant que nouvel Air Force One, cela fera plus d’un demi-siècle que les Boeing auront été au service de la présidence américaine", se félicite la compagnie.

En effet, les premiers Boeing destinés aux présidents américains ont commencé à voler à partir des années 1940. A partir de 1962, la flotte se pérennise quelque peu : le Boeing 707 fut le premier appareil à afficher les caractéristiques couleurs bleu et blanc, à mettre en avant le drapeau américain ainsi que la célèbre effigie 'United States of America'. Pendant près de trente ans, ce Boeing a vu défiler plusieurs présidents : Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan et Bush.


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L’avion à bord duquel Joe Biden a volé, le "Bureau ovale volant", comme le définit la Maison Blanche, est, lui, en service depuis 1990 : de Bush à Clinton, jusqu’à Bush fils, Barak Obama, Donald Trump et Joe Biden, lui aussi aura prêté de longues années de services.

370 mètres carrés à disposition du président

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L’avion présidentiel est en blanc. En gris, l’avion de secours. © Konrad Leimer

Malgré son âge, l’avion présente beaucoup de technologies avancées et beaucoup de conforts. Avec ses 70 mètres de longueur et ses 371 mètres carrés de superficie, l’appareil est équipé de systèmes de communication hautement sécurisés et de dispositifs qui le protègent des ondes électromagnétiques et des agressions potentielles.

La Maison Blanche ne s’en cache pas : "Air Force One est équipé d’un équipement de communication sécurisé avancé, permettant à l’avion de fonctionner comme un centre de commandement mobile en cas d’attaque contre les États-Unis".


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Organisé en trois niveaux, l’avion compte plusieurs pièces : un bureau, une salle de bains, une chambre pour le président et la first lady, une salle de conférences, mais aussi une "chambre médicale" qui peut devenir, en l’occurrence, une salle d’opération. En effet, un médecin voyage toujours avec l’équipe du président.

Deux sont également les cuisines présentes sur l’avion, parce que quand le président voyage, il n’est jamais seul : ses conseillers proches et les officiers des services secrets sont toujours avec lui. Souvent, même des journalistes embarquent dans l’Air Force One pour couvrir les déplacements du président. Plusieurs espaces sont alors aménagés pour leur permettre de travailler et de se reposer.

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© Konrad Leimer

Les nouveaux avions… De seconde main

D’ici 2024, pourtant, ces avions devraient disparaître des radars. Ils seront remplacés par des Boeing 747-8. Si le projet est toujours en cours, sa mise au point a connu quelques turbulences.

Retour en arrière, jusqu’aux années Obama : c’est lui qui avait démarré ce gros chantier de remplacement d’avions, mais ce n’est que sous la présidence Trump que le projet a abouti.

Aficionado de l’aviation, l’ex-président et magnat immobilier était très pris par le projet. En reprenant le dossier, il avait jugé "trop coûteux" le contrat négocié entre la Maison Blanche et Boeing et avait exhorté la société à revoir sa copie. "Boeing construit un tout nouveau 747 Air Force One pour les futurs présidents, mais ses coûts sont hors de contrôle, plus de 4 milliards de dollars", avait tweeté Donald Trump à l’époque, menaçant d’annuler la commande.


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Fin 2017, le Pentagone et Boeing, après des mois de négociations, avaient annoncé qu’ils avaient trouvé un accord sur la commande des futurs Boeing 747-8.

Attentive aux dépenses, la présidence Trump avait alors opté pour ces deux avions, destinés initialement à la compagnie aérienne russe Transaero, qui avait fait faillite entre-temps. Ces appareils "seconde main" ont un prix de départ moins onéreux, mais les ajustements pour les adapter à un usage présidentiel risquent de faire grimper la facture.

Entre retards de livraison et coûts supplémentaires, la facture sera salée

Selon la presse américaine, le prédécesseur de Joe Biden avait fait passer le prix du programme de 4,4 milliards de dollars à 3,9 milliards. Seul bémol : cette estimation ne comprenait pas toutes les modifications prévues. Pour finir, à l’heure d’écrire ces lignes, le coût total du programme s’élève à 5,3 milliards de dollars et ce, malgré les économies entreprises sous la présidence Trump.

Cette somme comprend, entre autres, l’achat de l’avion -un chiffre que les autorités et Boeing gardent bien secret-, les travaux à mener à l’intérieur ainsi que la construction d’un nouveau hangar, basé dans le Maryland.

Petite curiosité supplémentaire : le manuel d’utilisation du Boeing comptera… 100.000 pages et ne devrait être prêt qu’en janvier 2025 : rien que sa réalisation devrait coûter aux alentours des 84 millions de dollars (inclus dans l’enveloppe de 5,3 milliards), relate Business Insider.

Malgré les tentatives de réduction des coûts, Joe Biden doit bel et bien s’attendre à une facture salée : pas plus tard que ce 9 juin, la chaîne CNN annonçait que les travaux, actuellement en cours à San Antonio (Texas) devraient subir des retards assez importants.


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En cause, le Covid-19, qui a provoqué des absences chez le personnel et des retards de livraison. Ajoutez à cela le fait que Boeing est actuellement en litige avec son sous-traitant, qu’il a poursuivi pour rupture de contrat et non-respect des échéances. La boîte a entre-temps déposé une demande de mise en faillite, rapporte toujours CNN.

En clair, Boeing a informé les autorités américaines que finalisation pourrait prendre un an de plus que prévu, une très mauvaise nouvelle pour le portefeuille du contribuable : en attendant la livraison des nouveaux avions, ceux qui sont utilisés aujourd’hui nécessiteront d’entretien et de révisions, ce qui rime avec de coûts supplémentaires imprévus.

Dans un documentaire diffusé par National Geographic et intitulé "The New Air Force One : Flying Fortress", on apprend aussi qu’il devient de plus en plus difficile de trouver des pièces de remplacement pour ces appareils : ils sont très peu nombreux à être encore en service dans le monde et beaucoup de fournisseurs ne savent plus les prendre en charge.


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A quoi cet avion ressemblera-t-il ?

Pour ce chiffre mirobolant, un relooking est aussi compris dans le prix. Donald Trump s’était en effet chargé de repenser l’apparence de l’avion, comme le montre le documentaire de National Geographic.
 
Rêvant d’un jet plus moderne, il avait mis en avant les couleurs rouge, blanc et bleu, symbole du drapeau américain. A l’intérieur, il avait imaginé remplacer les sièges en cuir et les meubles aux couleurs chaudes par un mobilier moderne blanc, gris et noir. Pourtant, son successeur Joe Biden aura le dernier mot et pourrait changer tous les plans. A ce stade, aucune info n’a fuité à ce propos.
Ce que l’on sait, c’est que ces jets auront une portée quelque peu inférieure par rapport à certains jets privés. Ils pourront, en revanche, se ravitailler en vol, une caractéristique toute particulière des avions présidentiels, qui permet au président élu de voyager sans devoir atterrir ou s’arrêter. C’est ce qui est prévu en cas de guerre. "Mais il s’agit d’une fonctionnalité qui n’a jamais été utilisée", racontent des sources bien informées à Business Insider.
 
Parmi les nouveautés de cet avion, son moteur : il devrait être plus économe en carburant que celui qui alimente les avions actuels. En plus d’une économie d’argent, ce système serait un peu plus eco-friendly, bien qu’évidemment, un avion reste toujours polluant…
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Par rapport à l’avion actuel, le nouveau (747-8) émet 16 tonnes de CO2 de moins par voyage. © Capture d’écran Boeing.com
Au-delà de ses performances environnementales, la différence entre les deux avions sera marquée surtout en matière d’espaces et de technologies.
 
L’avion devrait en effet atteindre une longueur de plus de 76 mètres, mais garder sa capacité actuelle de 71 passagers, selon les médias américains. Ainsi, rapportent plusieurs sites, les autres "locaux" devraient avoir une capacité accrue : les deux cuisines permettront de servir 2000 repas, la salle de visite médicale – aménageable, en l’occurrence, en salle d’opération- pourrait compter sur des technologies à la pointe. Aussi, les salles de communication devraient permettre d’accueillir quatre opérateurs, à la place de trois actuellement.
Mais l’adaptation des avions de ligne demande aussi énormément de boulot : les câbles de l’avion doivent être remplacés par des câbles à armure métallique, ce qui permettra de protéger l’avion d’éventuelles interférences électromagnétiques en cas d’explosion nucléaire. En termes de communication, des systèmes de cryptage et de défense très avancés doivent être installés. La dernière fois que Boeing avait dû rénover des avions de ligne pour les adapter à de tels usages, la société avait perdu 400 millions de dollars.

Bref, le chantier ne fait (presque) que démarrer. Mais cela devrait être la dernière fois que le Boeing 747-200B touche le tarmac belge.

Reportage dans notre JT de 13h :

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