Dans le rétro : du Débarquement à la guerre de Corée, zoom sur Léo Major, le "Rambo québécois", qui libéra une ville à lui tout seul

Le 6 juin 1944, il débarquait sur les côtes normandes. Un jeune soldat canadien de 22 ans, intrépide comme personne. A partir de là, sur Juno Beach, va commencer une incroyable histoire mêlant bravoure, danger et amitié. Il s’appelait Léo Major.

Ce nom est largement méconnu. Pourtant, il en sauva des vies ; il en fit, des prisonniers… Sans parler de ses actes du genre… ébouriffants ! Tenez-vous bien : il parvint à tenir tête avec 18 hommes à 14.000 soldats chinois durant 3 jours. Et il libéra, seul cette fois, rien de moins qu’une ville de 50.000 habitants du joug nazi.

Depuis seulement quelques petites années, l’homme revient dans les mémoires des Canadiens francophones. Ainsi, fin 2019, le Premier ministre québécois en fit l’éloge lors d’un discours parlementaire.

Voici l’incroyable histoire de Léo Major, appelé aussi " le Rambo canadien " ou encore " le fantôme borgne ". Avec de vrais morceaux d’abnégation dedans.

Une jeunesse à la dure

C’est tout d’abord l’histoire d’une jeunesse difficile. L’homme naît en janvier 1921 dans le Massachussetts, aux USA. Ses parents ne sont cependant pas Américains. Dans le cadre d’un échange, son père a été affecté dans la construction de lignes de chemin de fer pour l’Oncle Sam. Mais bien vite, toute la famille reviendra au Canada, à Montréal. Et quelle famille ! 13 enfants. Son père est très souvent absent. Mais quand celui-ci est auprès de sa famille, ça ne se passe pas bien pour autant. Léo est un enfant battu, brimé. Il sera scolarisé, en anglais (la langue maternelle familiale est le français), jusqu’à ses 14 ans. Ensuite, quittant la maison familiale et son père brutal, il sera pris en charge par sa tante. Comme le souligne le journal Le Devoir, Leo Major connaîtra la misère, l’errance, les multiples petits métiers.

Rebelle et boxeur

Plus tard, il travaillera comme agriculteur puis dans les chemins de fer canadiens. Déjà reconnu pour son côté " tête brûlée " et peu farouche, il aidera à la construction de la gare de Montréal. Notamment pour des travaux de dynamitage.

Bientôt, de l’autre côté de l’Atlantique, des bruits de bottes résonnent. Nous sommes en 1939. L’Europe s’embrase. L’Angleterre et le Commonwealth tout entier rentrent en guerre.

C’est à l’été 40 que notre jeune homme, âgé de 19 ans, va s’engager. Pour son pays. Il intègre rapidement le prestigieux bataillon de La Chaudière, qui devrait très bientôt partir pour le Vieux Continent. L’année suivante, c’est le débarquement avec la compagnie en Ecosse. Il y s’entraînera dur durant trois ans et demi. L’intrépide soldat fait ses preuves en situation de combat, mais aussi en boxe. Il est également apprécié car c’est un de seul parlant bien l’anglais dans cette troupe de Québécois francophones. Une bien belle corde à son arc… Nous sommes en terres de la langue de Shakespeare, il œuvrera donc les communications.

Lors de ces exercices en Ecosse, il fera une rencontre primordiale dans sa vie. Une rencontre qui débouchera sur une amitié solide : Willy Arseneault.

Normandie

Léo s'en va-t-en guerre

© Tous droits réservés

D-Day. Le bataillon de La Chaudière pose le pied sur le sol français. Juno Beach. A Bernières -sur-Mer, dans le Calvados. L’ennemi est là, et le comité d’accueil va être musclé. Selon son fils, Daniel-Aimé, dès le début, son père a toujours rassuré ses frères d’armes. Les troupes alliées sont bloquées sur la plage. Le premier grand fait de bravoure de Léo Major est d’avoir dynamité un pan de bunker allemand avec une mine bangalore. Six ennemis, ayant en leur possession plusieurs mitraillettes, sont faits prisonniers. Fort de caractère, il refusera qu’un autre soldat abatte un des Allemands. Pour lui, un prisonnier est un prisonnier.

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Une petite parenthèse pour aborder un des traits qui ressort de la personnalité de Leo Major, mis en lumière par ses tonitruantes aventures et l’historien Luc Lépine. Il ne tue un ennemi que s’il représente un danger pour ses camarades ou pour lui, ou si c’est un SS. Dans les autres cas de figure, il fera preuve de modération, essayant de faire des prisonniers ou d’infliger des blessures pour désarmer l’ennemi. Pas de tuerie aveugle.

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Revenons au 6 juin 44. Il poursuit sur sa lancée et capture, avec un homologue, un blindé allemand, un Hanomag. Ils livrent un combat, le remportent puis poussent le chauffeur, fait prisonnier, à revenir vers les troupes canadiennes. Les soldats sont en émoi… On découvrira que le véhicule contenait des informations sur les communications de l’ennemi. Une très bonne affaire.

Tireur d’élite

Nous sommes maintenant toujours sur le théâtre d’opération normand, plus précisément à la bataille de Caen. Léo Major est chargé de procéder à une reconnaissance des lignes ennemies. C’est alors qu’il tombe, avec sa patrouille, sur un groupe de quatre soldats allemands. Les Canadiens les tuent. Mais juste avant de passer l’arme à gauche, un Allemand parvient à lancer une grenade au phosphore. Qui explose.

Léo Major perd l’usage de son œil gauche. Direction l’infirmerie. Là, le diagnostic tombe, radical : la guerre est terminée pour le soldat Major. Il peut rentrer chez lui. Léo Major bout. Et s’insurge : Jamais ! Il est tireur d’élite, certes. Mais c’est l’œil droit qu’il utilise ! Donc, pourquoi s’en aller ? Léo Major n’en démord pas. Et aura gain de cause. Après avoir été soigné un mois en Angleterre ou le médecin lui bricolera un cache-oeil, il revient sur le front avec dorénavant, un visage aux allures de pirate…

En territoire ennemi

Du courage… Vous en reprendrez bien une petite tranche ?

© AFP or licensors

Encore une mission de reconnaissance épique que celle du 30 octobre 1944. Se joue alors la bataille de l’Escaut. Nous sommes au sud des Pays-Bas. Une cinquantaine de soldats anglais ne sont pas rentrés à leur base. Quand de telles disparitions se produisent, on appelle ces hommes des "zombies". Et Leo Major de partir sur les routes. Il retrouvera les "zombies", tenus prisonniers derrière un canal. La nuit, Major traverse le canal à la nage. Parvenu de l’autre côté, il tient en joue des Allemands. Dont un officier, qui va servir d’appât. Pour en capturer d’autres. Le téméraire Major en ramènera 93. Presque cent hommes faits prisonniers. A lui tout seul. Un tour de force.

Pour le remercier, une première médaille, et elle est plus que prestigieuse : la Distinguished Conduct Medals. Mais notre tête brûlée a un caractère bien trempé : il va la refuser. Le motif : c’est le maréchal Montgomery qui devait la lui remettre. Or, pour le Canadien, le grand officier anglais n’est pas la hauteur de cette guerre.

A la guerre comme à la guerre

Fin 1945, dans le nord de l’Allemagne. Notre héros aide un aumônier. Ce dernier désire porter les dépouilles de soldats allemands tués au combat dans un véhicule. La chose faite, le religieux et le conducteur se placent à l’avant du véhicule. Léo Major est à l’arrière. On démarre et soudain, le véhicule explose. Il a sauté sur une mine. Les deux personnes sises à l’avant sont tuées sur le coup. Léo Major, lui, voltige dans les airs. Il retombe sur le dos. Perd connaissance. Transporté à l’hôpital, on lui injecte des doses de morphine, pour qu’il tienne le coup. Et à raison : quatre côtes sont cassées et les fractures multiples et variées. Rebelote. Le même couperet tombe : pour Leo Major, la guerre est finie. On va le rapatrier chez lui.

Et encore une fois, notre têtu refuse. Il ne quittera pas le champ de bataille. Il y tient mordicus. Mais les médecins aussi. Et pas question d’y déroger. Après une semaine de soins, Leo Major va alors s’enfuir. Il connaît une famille néerlandaise. Celle-ci hébergera le déserteur dans sa cavale.

Pays-Bas

Zwolle, ville libre

Maisons anciennes près d'une porte de la ville de Zwolle, aux Pays-Bas © venemama

Il n’a plus qu’un œil, a le dos en bouillie mais vous l’avez compris, rien n’y fait. Il ne lâchera pas le morceau. Dans la troupe, la chose est maintenant établie. Et notre homme de réintégrer bientôt les rangs de ses compatriotes. Ce qui va lui permettre bien vite de vivre une autre aventure haute en couleurs.

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Centre-ville de Zwolle © getty images

Et qui se teintera en bleu nuit, rouge sang, orange. Car toujours en terres néerlandaises. La ville de Zwolle, une cinquantaine de milliers d’habitants au compteur, est encore sous le joug nazi. Nous sommes à la toute fin de la guerre, mais le IIIe Reich n’a pas encore dit son dernier mot. L’offensive des Ardennes a échoué, mais le régime hitlérien ne tient pas pour autant à lâcher les Pays-Bas, où les combats font toujours rage.

Des troupes canadiennes sont stationnées près de la ville moyenne. Les combats s’éternisent depuis des semaines, les pertes sont lourdes. Il faut en finir : en ce 13 avril 1945, les Canadiens se préparent à mener une action d’envergure sur la cité. On demande des volontaires pour une mission de reconnaissance. Le but : essayer de s’infiltrer dans la ville afin d’estimer le nombre d’Allemands encore dans les murs et entrer en contact avec la Résistance. Ni une, ni deux, Leo Major et Willy Arseneault se manifestent.

Alors qu’ils s’apprêtent à rentrer dans la ville, la nuit venue, les deux braves tombent sur une patrouille ennemie. Willy Arseneault, son meilleur ami, son frère d’armes, se fait tuer. Sans le vouloir, il a fait du bruit. Les Allemands ont dégainé. Major est stupéfait. " J’ai voulu venger mon ami " dira Léo Major, des années plus tard, comme on peut l’entendre dans l’émission " Aujourd’hui l’Histoire", de Radio-Canada.

Il tue alors deux soldats ennemis. Le reste de la troupe fuit. Major est en vie… Mais le choc est immense. Affecté mais toujours tenace, il décide de continuer la mission, seul. Et va alors réaliser un véritable exploit.

Sang-froid

Tout d’abord, avec sur lui sa quinzaine de grenades, celles de son ami Willy et deux mitraillettes, il arrive en ville. Il défonce quelques portes, les gens prennent peur – un homme seul, en tenue de camouflage, avec un bandeau de pirate et un véritable attirail de guerre, cela peut en effet surprendre, même en temps de guerre…-. Derrière une des portes, le QG de la Gestapo. Huit officiers sont là. Major mitraille. Major combat. Il tue quatre gradés. Les autres prennent la fuite. Le Canadien met alors le feu au quartier général.

Peu après, de retour en rue, il capture le chauffeur d’un officier. Celui-ci lui dit que ce dernier se trouve dans un café. Il s’agit de l’officier en charge du régiment encore en place à Zwolle. Léo Major se rend dans le débit de boissons, désarme le militaire. Alsacien d’origine, il parle français. Dans ce bar néerlandais, une discussion va alors s’engager, l’arme sur la tempe. Major explique au gradé que les Canadiens s’apprêtent à bombarder la ville. Ce sera chose faite le lendemain à 6 heures... A l’officier maintenant d’essayer, s’il le souhaite, de sauvegarder la vie des militaires et des civils présents encore en nombre dans la cité. Léo Major rend alors le flingue à l’Allemand. Et le laisse partir.

Etat de siège

Ce qui va suivre est digne d’un film de guerre. Notre soldat canadien va faire croire aux Allemands qu’il est… une armée à lui tout seul ( !). Il mitraille, se déplace un peu partout, courant, attaquant des patrouilles en balançant des grenades. Un boucan de tous les diables ! Pour les Allemands, la ville est attaquée.

Lors de ses pétaradantes pérégrinations nocturnes, notre Rambo borgne, dans son raffut, va capturer des groupes de soldats adverses. Une dizaine de fois. Lors de chaque prise, il les sort de la ville par paquets de dix, les remet aux troupes canadiennes, et retourne dans Zwolle.

Au petit matin, il n’y a plus un seul nazi dans les murs de la cité. Les habitants, eux, n’osent pas sortir.

Léo Major va tout de même trouver des résistants. Grâce à une enseignante (d’anglais), il parviendra à faire passer un message à la radio : Zwolle est libérée !

Le Québécois a néanmoins encore une chose qui lui trotte dans la tête. Il va alors rechercher la dépouille de son ami Willy. Willy Arseneault mérite bien d’être enterré dignement.

C’est donc un homme seul qui libéra cette cité de 50.000 habitants. Vers 9 heures du matin, Léo Major est de retour derrière les lignes canadiennes. La troupe est estomaquée. La ville, elle, va bientôt s’embraser… dans une grande fête populaire. Sur la Grand’Place, notre Rambo des années 40 est reconnu par des habitants. Humble, il ne s’était pas mis en avant. Ce sera dorénavant leur héros. Il sera fêté allègrement par la population en liesse.

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Zwolle © Getty images

La guerre se termine et notre homme de rentrer dans sa belle province.

Mais pour quoi faire ? Léo Major, se ranger ? Pas question ! Lorsque la guerre de Corée survint, l’armée va faire appel à lui. On va lui demander de former des jeunes soldats et de monter un groupe d’éclaireurs. 80 hommes. Il en sera leur responsable. Pour les autorités militaires, le conflit promet d’être dur, et avoir un héros de chair et d’os dans ses rangs ne peut être qu’une bonne chose…

Entre-temps, il se sera fait opérer du dos, il aura travaillé comme magasinier pour l’armée puis dans le secteur privé pour une firme pétrolière.

Et le voilà reparti, en août 50. De nouvelles aventures l'attendent. Tout d’abord, l’entraînement. Dans un bataillon américain. Puis, en 1951, en route. Direction : l’Extrême-Orient.


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Corée

Seul contre tous

Troupes alliées en attente à Inje, en Corée, en 1951 (illustration) © BELGA/AFP

Et ce n’est pas une mince affaire qui l’attend là-bas. Une colline, abrupte, attire toute l’attention des forces armées. On l’appelle la colline 355. Ce chiffre, c’est sa hauteur. Située à quarante kilomètres au nord de Séoul, elle est pile-poil sur la ligne de front.

Au début de cette guerre (très) meurtrière, les Nord-Coréens, communistes, soutenus par la Chine, ont l’avantage. Ils ont déferlé sur la Corée du Sud, capitaliste, aidée par les Américains, Canadiens et autres membres de l’ONU (dont la Belgique).

A un jet de pierre de Séoul, la capitale sudiste, cette colline est un enjeu stratégique fortement disputé. Car le cours de la guerre semble, à ce moment, s’inverser. Il faut la tenir. Coûte que coûte.

Mais les Américains y éprouvent les plus grandes difficultés. Ils disposent de 10.000 soldats pour l’opération, mais ne parviennent pas à prendre l'éminence. Ils demandent un coup de main canadien. Léo Major va constituer un petit groupe d’élite. 18 hommes. Ils ont toute confiance en leur meneur. Ces kraks monteront sur la colline. Ensuite, on avisera.

Et là, galvanisant ses troupes, l’improbable va se produire. La colline est réinvestie par la petite vingtaine d’hommes. Durant trois jours, la troupe d’élite va réaliser l’exploit : tenir la place. On creuse des tranchées, on se déplace aussi dans la montagne, en furtif. Face à eux, l’armée chinoise enverra deux divisions. 14.000 hommes en tout. Directement face aux Canadiens, ils seront 3000. Attaquant depuis quatre directions. Sept attaques massives. Les Canadiens tiendront. Jour(s) et nuit(s).

Ils seront, au bout de 72 heures, relevés par d’autres soldats. Pour cela, il faudra évacuer. Léo Major, du haut de sa petite montagne, guidera les tireurs d’obusiers (des troupes canadiennes) pour toucher l’armée chinoise en contrebas. Il demandera que les tirs tombent de plus en plus près de la position du haut de la colline. Les Chinois ne peuvent alors avancer. Et les 18 guerriers purent se tirer d’affaire. Un exploit. Encore. Ce que 10.000 soldats n’avaient pu réaliser, Léo Major et ses 18 castars l’ont fait.

Luc Lépine est historien militaire et spécialiste de Léo Major. Pour l’écriture d’un livre – quasiment le seul existant sur le héros —, " Léo Major – Un héros résilient", il a retrouvé quatre combattants qui étaient avec lui sur la colline 355. Il les cite dans le Journal de Québec : “Avec Léo Major, on n’avait pas peur ! Il passait en avant et nous, on avait juste à suivre ! Quand ton leader n’a peur de rien, tu le suis”." Et Luc Lépine de commenter l’action de Major : " Il avait un but… et il l’atteignait ! Un leader né ! "

Mémoire

Après l'orage

Monument en mémoire des troupes canadiennes ayant combattu en France durant la deuxième guerre mondiale à Dieppe (Seine-Maritime). © AFP

Une anecdote ébouriffante est relatée par le fils de Leo Major, Jocelyn.

L’homme, on en a déjà pressenti le caractère, était plutôt du genre humble. A son retour de la deuxième guerre, le jeune héros passe du temps avec des amis. Lors d’une soirée festive chez l’un d’eux, il fait la connaissance d’une jeune fille. Pauline. Avant qu’ils ne se parlent pour la première fois, il l’entend dire qu’elle en a marre d’entendre constamment les jeunes soldats se vanter d’exploits. Comme s’ils étaient tous des héros de guerre !

Qui m’aurait cru ?

Vingt-cinq années ont passé. Une lettre arrive à la maison du couple Major, au Québec. La lettre vient des Pays-Bas. D’une petite ville que Pauline ne connaît pas : Zwolle. L’épouse de Leo Major ouvre la missive et découvre qu’ils sont chaleureusement conviés au 25e anniversaire de la libération de la ville. En tant qu’invités d’honneur. Pauline tombe des nues. Est-ce une blague ? Elle demande des explications à Leo. Ce dernier lui raconte ses faits d’armes. Mais pourquoi ne me l’as-tu pas dit avant ? demande Pauline. Tu avais stipulé que tu n’aimais pas les vantards, lui rétorque Leo Major. " Qui m’aurait cru ?"

Léo Major a été, on s’en doute, multimédaillé. Il a reçu deux Distinguished Conduct Medals. Et ce, pour des actions menées dans deux guerres différentes. Pour cela, il est le seul Canadien à avoir cet honneur (et ils ne sont que trois dans tout le Commonwealth).

Connu comme étant le seul soldat à avoir libéré une ville à lui tout seul, Leo Major s’est éteint à Longueuil, dans la banlieue de Montréal, d’un cancer des os, en octobre 2008. Il avait 87 ans. Il est depuis enterré aux côtés de son épouse Pauline au champ d’honneur national canadien. Une tombe toute simple. Comme l’humble soldat qu’il était.

La commission de toponymie du Québec a donné le feu vert le 11 novembre 2020 pour que son nom soit donné à un lieuIl y a un mois, une route près de Québec a été renommée, et les hommages se font de plus en plus récurrents.

La mémoire qui flanche ?

Pour Daniel-Aimé, un de ses fils, Léo Major n’a jamais joué les héros. Il lui a confié aussi que " la peur avait toujours été présente ", malgré tout, durant les opérations militaires. Son sens du devoir demeuré intact bien que souffrant de sévères blessures, est remarquable. Sans doute aussi un besoin d’adrénaline pour ce héros moderne, qui vivra quand même un état de choc post-traumatique après la guerre.

La peur avait toujours été présente

Mais pourquoi, outre-Atlantique, demeure-t-il toujours aussi largement méconnu ?

Selon Luc Lépine, cela peut s’expliquer par le fait que la population canadienne francophone a une propension à aimer le pacifisme. Aussi, Léo Major n’est pas l’archétype du soldat idéal car il était souvent en profonde confrontation avec sa hiérarchie. Electron libre face à l’autorité, tête brûlée et désobéissant, il ne refusait pas non plus, selon Luc Lépine, de boire un verre ou de draguer les filles. De plus, lui-même, modeste, ne s’est jamais vraiment mis en avant. " C’est déjà surréaliste comme ça " s’exclame Daniel-Aimé Major.

Petit à petit, l’incroyable histoire du "Rambo québécois" refait néanmoins surface. Et Les hommages se multiplient dans "la Belle Province". Hommages pour une figure dont le courage et l'abnégation font à présent la fierté de plus en plus de nos cousins d’outre-Atlantique.

Dans le rétro

Du Débarquement à la guerre de Corée, zoom sur Léo Major, le "Rambo québécois", qui libéra une ville à lui tout seul