Dans le coffre-fort du Qatar: des milliers d'oeuvres d'art

Musée d'Art islamique à Doha
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Musée d'Art islamique à Doha - © RTBF

Gauguin, Cézanne, Bacon ou Rothko, à coup de millions de dollars le Qatar achète des toiles d’artistes célèbres. Depuis plusieurs années, le riche émirat gazier fait parler de lui pour son implication remarquée sur le marché international de l'art.

En 10 ans, le Qatar aura aussi financé et inauguré trois musées aux dimensions parfois impressionnantes.

A quoi joue le Qatar? En février dernier, l'émirat princier s'est offert le tableau tahitien de Gauguin, Quand te maries tu?.

Vendu 265 millions d'euros, il est devenu le tableau le plus cher du monde.

Et ce n'est pas le seul tableau passé entre les mains du Qatar.

Chaque année, la sheikha Mayassa, princesse du Qatar, dépenserait un milliard d'euros sur le marché de l'art, devenant ainsi une des femmes mécène les plus influentes du monde de la culture et de l'art.

Pour Elisabeth Vandenheede, spécialiste des pays du Golf à l'Université libre de Bruxelles, en devenant le plus grand acheteur d’œuvre d'art au monde, le Qatar veut faire passer un message.

"La sheikha qui représente cette tendance à vouloir tout acheter représente cette image moderne que le Qatar veut renvoyer.

Qui plus est par une femme dans des pays qui sont souvent taxés comme misogyne, elle est l'ambassadrice de cette culture".

 

Le Qatar, une multinationale

Le Qatar est un micro-état plus petit que la Région wallonne. Sa population s'élève à 2,2 millions d'habitants dont à peine 10% de nationaux. "Avec seulement 300 000 Qataris, la famille royale est à la tête d'une véritable multinationale", analyse Elisabeth Vandenheede, "avec ses stratégies propres et un portefeuille financier extrêmement important".

Grâce au gaz, le pays a effectivement toutes les ressources nécessaires pour se développer, dans tous les domaines, dont celui de la culture.

Trois musées d'ici 2016

D'ici 2016, le Qatar aura inauguré trois musées en moins de 10 ans. Une frénésie débutée en 2008 avec l'ouverture du Musée d'Art islamique, le MIA.

Le gros diamant de pierre a été imaginé par Ieoh Ming Pei, l'architecte qui a dessiné les pyramides du Louvre. Sa construction a coûté 280 millions d'euros.

A l'intérieur, le visiteur découvre l'art venu des royaumes disparus. Une collection de 700 pièces hors de 4000 rassemblées par un membre de la famille royale qatari baptisé le "Prince des collectionneurs". Ministre de la culture à l’époque, il ambitionnait de faire de son pays le centre du monde en matière d'art islamique. Pari réussi dans la forme, sauf que le musée peine à rassembler 250 000 visiteurs par an alors que l'entrée est gratuite.

Peu importe, le Qatar poursuit son offensive culturelle. En 2010, il a ouvert le Mathaf, le musée arabe d'art contemporain et en 2016, il inaugurera son musée national sur la corniche, promenade de prestige à Doha.

Dessiné par Jean Nouvel, architecte français internationalement connu, le bâtiment aura la forme d'une rose des sables et promet d’être une nouvelle merveille architecturale.

Faire parler de lui

Mais au final que cache le Qatar derrière cette stratégie? Rien de plus qu'à faire parler de lui, explique Elisabeth Vandenheede.

"Il y a cet mythe qui fonde un peu le Qatar et qu'on rapporte souvent. L'ancien Émir du Qatar s'est rendu un jour à Paris. A l'aéroport le douanier lui a  demandé son passeport et il s'est moqué en disant "mais c'est où le Qatar?". Il paraitrait que ça a beaucoup marqué l’Émir qui 20 ans après l'indépendance s'est rendu compte qu'il n'existait pas sur la scène internationale. Aujourd'hui il y a vraiment autour du mot Qatar une image de marque, on imagine très bien ce que c'est".

Nora Khaleefeh

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