Damien Carême, maire de Grande-Synthe: "Je crois qu'il existe un fantasme sur les demandeurs d'asile"

La ville de Grande-Synthe, juste à côté de Dunkerque, est connue pour son camp de réfugiés, ravagé par un incendie au printemps dernier. Damien Carême, le maire Europe Écologie Les Verts de cette commune du nord de la France, était l'invité de Jour Première ce jeudi matin.

Si Damien Carême est en Belgique ces jours-ci, c’est pour participer à un projet d'échange au Petit Château à Bruxelles, au centre Fedasil, porté par une association de cheffes, le Recho. Le maire de Grande-Synthe est l’un des parrains de cette association. L’idée, c’est de créer du lien avec les réfugiés du centre autour de la cuisine : "Le Recho était venu à Grande-Synthe il y a quelque temps. Ils organisaient des ateliers cuisine et de la confection de plats pour faire rencontrer la population accueillante et les populations accueillies. La cuisine est un langage universel. Découvrir la cuisine de l’autre, c’est le moment et le moyen d’engager une relation entre les personnes, de discuter, de se rencontrer, d’apprendre à se connaître".

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L'occasion d'une rencontre entre accueillis et accueillants, mais aussi entre les demandeurs d'asile eux-mêmes, issus d'une multitude d'horizons différents. "Au centre d’accueil de demandeurs d’asile du Petit Château, ce sont les réfugiés entre eux qui cuisinent, qui montrent leur savoir-faire et c’est vraiment une expérience assez extraordinaire".

Il y a de la mixité, puisque les femmes cuisinent avec les hommes

Vanessa Krycève, la cheffe cuisinière et fondatrice de Recho, se réjouit de ces moments : "Les gens sont hyper heureux, vraiment. C’est notre troisième journée et il y a beaucoup de joie, il y a de la musique, ils dansent, on fait des grands buffets et tout le monde se prête vraiment bien au jeu. Il y a du monde, il y a de la mixité, puisque les femmes cuisinent avec les hommes. On a aussi pas mal d’enfants qui viennent filer un coup de main aux parents. Et c’est vrai qu’on a des très beaux buffets, le soir, avec des spécialités du monde entier parce qu’il y a des cultures, des origines très variées. On a aussi bien Syrie, Tchétchénie, Albanie, Ukraine, évidemment Kurdistan, Afghanistan… Donc, on fait un beau tour du monde".

Pour Damien Carême, cette démarche est importante notamment pour apaiser les tensions entre la population et les demandeurs d'asile, mais aussi entre les pays européens : "C’est important casser un peu tous ces fantasmes qu’on a autour de l’accueil des réfugiés dans nos pays, en Europe en particulier. On voit bien les tensions que ça crée entre les pays européens et dans la population elle-même. Je vais un peu partout en France, en Europe aussi, parce qu’on me demande d’aller témoigner sur cet échange qu’il y a eu avec la création du camp à Grande-Synthe."

Ils fuient la guerre, le terrorisme et même l’économie

L'élu ajoute : "Partout où je vais, je rencontre des maires, des citoyens, des associations, qui organisent eux aussi l’accueil des réfugiés. Et partout, ça se passe bien. Je crois qu’il existe un fantasme sur les demandeurs d'asile. Mais quand on le vit, quand on vit ces moments-là, quand on vit ce rapport humain que l’on a avec ces réfugiés, les choses changent complètement et on voit le monde différemment. Je pense que les gens sont prêts à accueillir plus de ces gens qui sont sur les routes parce qu’ils fuient la guerre, le terrorisme et même l’économie".

Malgré l'incendie, le 10 avril dernier, qui a ravagé le camp de Grande-Synthe, un camp que la commune avait mis sur pied avec MSF, les réfugiés continuent à affluer vers la ville : "Parmi les 1300 personnes qu’on avait placées en quelques jours dans des centres d’accueil et d’orientation en France, certains sont revenus. Et puis aujourd’hui, il y en a des nouveaux qui arrivent. On n’est pas loin de l’Angleterre, et leur rêve, pour certains, c’est d’aller en Angleterre. Je n’ai rien entrepris après l’incendie du camp. On arrivait dans la phase de l’élection présidentielle, des élections législatives, avec un nouveau gouvernement. J’ai donc attendu que ce nouveau gouvernement soit en place pour voir ce qu’on allait faire".

Accueil d'urgence et Etat à l'écoute

"Et là, je viens d’avoir le ministre de l’Intérieur lundi dernier au téléphone, j’ai eu le préfet du Nord aussi et on va organiser un premier accueil d’urgence à Grande-Synthe, poursuit Damien Carême. C’est l’État qui va le prendre en charge complètement : hébergement, sanitaires, alimentation. Ensuite, nous amènerons les gens dans des centres d’accueil un peu retirés, à 40 kilomètres à l’intérieur, où ils commenceront à réfléchir avec ces réfugiés-là sur ce qu’ils souhaitent faire avant d’éventuellement intégrer des centres d’accueil pour des demandeurs d’asile. Les choses avancent plutôt positivement".

Aujourd'hui, Damien Carême se sent relativement entendu par l'Etat français, mais il va falloir que ces bonnes intentions se transforment en action : "J’attends de voir les actes maintenant. Je pense que de toute manière, ils se rendent à l’évidence. Je pense que les dirigeants voient bien qu’on aura beau mettre toutes les frontières que l’on veut, les murs, les barbelés, les rangées de douaniers, on n’empêchera pas les gens d’arriver. Et c’est une très bonne chose parce qu’ils fuient quand même l’horreur pour beaucoup d’entre eux. Et comme ils sont là, on ne peut pas faire comme s’ils n’existaient pas, on ne peut pas se mettre la tête dans le sable en disant qu’on ne les voit pas. Ce sont des êtres humains comme chacun d’entre nous. Il faut qu’on fasse quelque chose. Je pense qu’il n’y aura pas d'autre choix que d’organiser et de multiplier l’accueil. Vous avez entendu ces derniers jours, l’Asie du Sud sera inhabitable en 2100. C’est un cinquième de la population mondiale, plus d’un milliard de personnes qui vont se retrouver sur les routes, ils ne vont pas arriver du jour au lendemain, il faut qu’on se prépare".

La migration va s'accentuer et s'accélérer

Le maire de Grande-Synte rappelle enfin que l’immigration, c’est le sens de l’histoire : "Ça l’a toujours été. Il y a toujours eu de la migration dans l’histoire de l’humanité et elle va s’accentuer et s'accélérer malheureusement par le changement climatique dans les décennies qui viennent".

Le Petit Château et l'association Le Recho organisent un goûter ce samedi 12 août. Les citoyens sont invités à amener des gâteaux et à venir les partager et échanger avec les réfugiés de 14 à 17 heures au Globe Aroma, 26 rue de La Braie à Bruxelles.

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