Dakar vibre au rythme de la politique: les derniers jours de campagne, avant la présidentielle de dimanche

Dakar vibre au rythme de la politique: les derniers jours de campagne, avant la présidentielle de dimanche
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Dakar vibre au rythme de la politique: les derniers jours de campagne, avant la présidentielle de dimanche - © Tous droits réservés

A Dakar, impossible d’y échapper, on sent partout l’effervescence des derniers jours de campagne. Le scrutin présidentiel de dimanche alimente toutes les discussions. Des meetings politiques sont organisés dans un peu partout dans la ville, par exemple à Ngor, où les militants de Macky Sall avaient prévu écrans géants et concert d’une star locale. Meriem, qui coordonne l’événement, nous explique pourquoi il faut réélire le président sortant : « Macky Sall a bien travaillé pendant 7 ans, il a montré qu’il voulait tenir ses promesses. Mais 7 ans, c’est trop court. Il faut lui donner le temps de terminer ce qu’il a commencé ». Un discours souvent entendu parmi ceux qui ont décidé de voter pour Macky Sall.

A chaque coin de rue, dans chaque quartier, on dresse des tentes pour accueillir des rassemblements politiques, parfois de plus petite ampleur. Là encore, souvent en faveur du président sortant.

Et pendant ce temps, les cinq candidats ont multiplié cette semaine les déplacements dans la capitale et sa vaste banlieue. Une dernière ligne droite, pour tenter de convaincre, en distribuant d’ultimes promesses.

Macky Sall, roi du marketing

Partout dans la ville, les affiches électorales recouvrent les murs. Sur les espaces publicitaires, les traditionnelles réclames pour les cubes bouillon ont cédé la place aux portraits des candidats. Et force est de constater que le grand gagnant en matière de marketing, c’est Macky Sall. Il est omniprésent. Au bord de chaque avenue de la capitale sénégalaise, son portrait se répète au rythme des immenses panneaux. « Je vote Macky parce qu’il a construit 221 km d’autoroute », « Je vote Macky parce qu’il a réalisé le TER » ou encore « Macky au premier tour ».

Les affiches des autres candidats sont bien moins nombreuses, et très souvent les portraits des opposants au président ont été barbouillés de peinture.

Selon Fadel Barro, coordinateur du mouvement citoyen Y’en a marre, « ce qui est frappant dans cette campagne, c’est tous les moyens mis à la disposition du parti au pouvoir. C’est indécent. C’est indécent pour un pays pauvre, où les gens croupissent encore dans la misère, ne mangent pas à leur faim, et ne se soignent pas, de voir le parti au pouvoir sortir de tels moyens avec une telle arrogance. C’est extraordinaire. Et ça pose la question du financement des partis politiques ». Et Fadel Barro, d’ajouter : « Tout le monde sait qu’ils ont utilisé des moyens de l’Etat pour mener leur campagne, par exemple des voitures qu’ils ont siglées aux couleurs de leur parti. »

Les présidents sortants toujours battus au second tour

Parmi les slogans de campagne du président sortant : " Macky au premier tour ". Il faut dire que le camp Sall met tout en œuvre pour remporter la majorité dès ce dimanche. Au Sénégal, les présidents sortants contraints à un second tour se sont toujours fait battre. De quoi nourrir une certaine superstition. Et Macky Sall le sait d’autant mieux qu’il est lui-même arrivé au pouvoir en battant le président Abdoulaye Wade au second tour. C’était en 2012. Et Wade avant lui, s’était hissé à la présidence en 2000 après avoir remporté le second tour face au président sortant Abdou Diouf. Le camp de Macky Sall veut à tout prix éviter ce scénario, celui d’un second round qui verrait tous les candidats défaits se rallier au candidat d’opposition.

Il faut donc tout donner pour l’emporter dès dimanche. Quitte à transgresser la loi ? Plusieurs témoins nous rapportent qu’ils se sont vus offrir de l’argent pour assister à des meetings politiques ou simplement sur promesse d’accorder leur voix à Macky Sall. " Il y avait cette femme, déjà d’un certain âge, venue à la rencontre d’un groupe de chauffeurs de taxi. Elle avait une grosse enveloppe remplie de billets ", nous explique Ousmane, habitant de Pikine, la banlieue dakaroise. " Elle a distribué de l’argent, des billets de 10.000 francs CFA (ndlr soit environ 15 euros), en disant : Macky Sall au premier tour ? Tiens, prends ! " " Les gens arrivaient de partout pour recevoir un billet ". Emilie, qui habite Ouakam, ne dit pas autre chose. " Bien sûr qu’ils viennent dans les quartiers populaires, pour distribuer de l’argent. Et vous savez ce qu’on fait, nous ? On prend les billets, et après, on vote quand même pour qui on veut ! Bien fait pour eux ! "

Villes versus campagnes

Selon les observateurs, les zones rurales seraient largement acquises à Macky Sall. Dans la capitale Dakar en revanche, les jeunes, entre autres, ne lui seraient pas favorables. Au sein du mouvement citoyen Y’en a marre, on dit vouloir encourager l’expression démocratique, et on entend bien convaincre un maximum de Sénégalais de se rendre aux urnes. Fadel Barro estime que la campagne s’est généralement déroulée correctement. Mais il regrette qu’il n’y ait pas eu de débat entre les candidats, comme l’avait pourtant demandé la société civile via les réseaux sociaux. Macky Sall a catégoriquement rejeté l’idée. Le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) a du coup interdit la tenue d’un tel débat au motif qu’il ne pouvait se dérouler que s’il rassemblait l’ensemble des candidats à la présidentielle.

Y’en a marre a voulu contourner hier cette interdiction. A défaut de pouvoir mettre les candidats face à face, le collectif organisait tout au long de la journée de jeudi un débat, qui a mis successivement chacun des candidats face à ses électeurs. Histoire d’ouvrir une " porte du possible ". " Nous sommes à la conquête de nouveaux acquis démocratiques ", explique Fadel Barro. " En espérant que la prochaine fois, on aura la participation de plus de candidats ". Idrissa Seck, Ousmane Sonko, El Hadji Issa Sall, Madické Niang se sont prêtés au jeu. Seul manquait le président Macky Sall.

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