D'ex-détenus témoignent des conditions atroces de "camp de rééducation" en Chine

Une personne manifeste contre la persécution des personnes de l'ethnie Ouïghours en Chine.
Une personne manifeste contre la persécution des personnes de l'ethnie Ouïghours en Chine. - © EMMANUEL DUNAND - AFP

Kayrat Samarkand, d'origine Kazakh, a déclaré au Washington Post qu’il a été arrêté en novembre seulement parce qu’il était musulman et qu’il a visité le pays voisin Kazakhstan.

Sur cette seule base, la police l’a interrogé avec violence pendant trois jours. Il a ensuite été envoyé dans un "camp de rééducation" dans la province du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine, pendant trois mois.

Dans ce camp, on lui a passé un lavage de cerveau sans fin et il a été victime d'humiliation, a-t-il déclaré dans une interview. Selon lui, il a été forcé d'étudier la propagande communiste pendant des heures chaque jour et de chanter des slogans en remerciant et souhaitant longue vie au Président Xi Jinping.

"Les personnes qui désobéissent aux règles, refusent d'être en service, se battent ou sont en retard pour les études ont été menottés aux pieds et aux mains jusqu'à 12 heures", a-t-il témoigné.

Des centaines de milliers de détenus

Entre plusieurs centaines de milliers et un million de musulmans ont été détenus dans les camps de "rééducation" de masse de la province du Xinjiang, a annoncé Adrian Zenz de l'École européenne de culture et de théologie de Korntal, en Allemagne, dans un rapport publié mardi.

Kayrat Samarkand a indiqué que 5.700 personnes étaient détenues dans un seul camp dans le village de Karamagay. Ils étaient presque tous des Kazakhs et des Ouïghours, aucune personne n’appartenait au groupe ethnique majoritaire Han de Chine. 

Un autre ancien détenu, Omir Bekali, a confirmé les propos de Kayrat Samarkand. Ce Kazakh travaillait dans une entreprise touristique à Urumqi, la capitale du Xinjiang, jusqu'à ce qu'il soit arrêté par la police lors d'une visite chez ses parents dans le village de Shanshan en mars 2017.

Après quatre jours d'interrogatoire où on l’a empêché de dormir, il est resté sept mois dans une cellule de police et 20 jours dans un camp de rééducation dans la ville de Karamay, a-t-il déclaré. Il n'a pas ni droit à un procès, ni à un avocat.

Des musulmans forcés à manger du porc

Les deux hommes ont indiqué que la nourriture était de piètre qualité. Ils recevaient rarement de la viande et les intoxications alimentaires arrivaient parfois. Comme punition, les détenus musulmans étaient parfois obligés de manger du porc, interdit par l'Islam. Omir Bekali a quant à lui déclaré que les personnes accusées d'être des "extrémistes religieux" étaient également obligées de boire de l'alcool.

Omir Bekali a déclaré que le gouvernement kazakh a finalement obtenu sa libération. Samarkand a dit qu'il a été autorisé à partir au Kazakhstan pour rejoindre sa femme et ses enfants après que le gouvernement a confisqué sa maison et ses économies, pour une valeur d'environ 190.000 dollars (160.000 euros). Il a reçu 500 yuans, soit l'équivalent de 66 euros, de la police à la frontière au moment de son départ.

Les deux hommes, interrogés par téléphone, sont maintenant au Kazakhstan.

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