Cuba à un tournant de son histoire: Joe Biden va-t-il mettre fin à l'embargo ?

Cuba à la veille d'un congrès du parti communiste
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Cuba à la veille d'un congrès du parti communiste - © YAMIL LAGE - AFP

Cuba vit sa pire crise économique en 30 ans. Ce week-end se tient le 8e congrès du comité central du parti communiste pour entériner le passage de flambeau du dernier des Castro, Raul, 89 ans, le frère de Fidel, à un président, Miguel Diaz-Canel qui n’a pas connu la révolution et qui met l’accélérateur sur les réformes. Avec pour premier défi de sortir de la crise économique qui frappe ce pays toujours sous embargo américain. La Havane demande la levée de l’embargo, ce que refusent les opposants en exil.

Raul Castro, 89 ans, s’éclipse, il laisse la place de premier secrétaire du parti à celui qui est déjà président, Miguel Diaz-Canel. C’est un départ à la retraite avec un bilan mitigé : des réformes timides, inabouties, le tout sur fond d’une crise économique qui ne date pas d’hier, mais de l’effondrement du bloc communiste il y a plus de 30 ans, et depuis 4 ans, avec une cohorte de catastrophes naturelles, tornade, ouragan, et maintenant la pandémie. Mais Cuba est surtout pénalisé par un embargo économique et financier de la part des Etats-Unis, un embargo décrété en 1962, que le président Obama a voulu desserrer mais que Donald Trump a ensuite renforcé. La question : que va à présent faire Joe Biden ?

La Havane demande la levée de cet embargo qualifié de blocus par l’ambassadrice de Cuba à Bruxelles Norma Goicochea : "C’est un blocus car le but de cette politique est d’étrangler Cuba. C’est un blocus qui dure déjà depuis plus de 60 ans. Il touche tous les secteurs, la santé, l’économie."

L’ambassadrice parle même de "génocide" : "C’est un impact génocidaire, c’est une violation systématique des droits de toute la population cubaine".

Il faut maintenir l’embargo des Etats-Unis

Cette demande de levée de l’embargo du gouvernement cubain n’est pas partagée par les opposants, et ils sont nombreux à l’étranger, aux Etats-Unis notamment, où leur poids est important en Floride par exemple. Pour ces exilés, il ne faut surtout pas lever l’embargo sans conditions, comme l’affirme Léo Juvier, activiste cubain résidant en Belgique : "Il faut maintenir l’embargo des Etats-Unis jusqu’au moment où ils respectent les droits de l’homme et qu’ils remboursent l’argent qu’ils doivent aux Etats-Unis pour les expropriations." Des expropriations qui ont touchés des Américains mais aussi des Cubains exilés aux Etats-Unis.

Léo Juvier souligne que l’embargo n’empêche pas la Belgique d’avoir des relations commerciales avec Cuba. Il voit dans le terme "blocus" de la pure rhétorique communiste. L’opposant qui se définit comme "Cubain libre" espère la fin de la dictature, à un "printemps cubain" et qui appelle même l’Union européenne à arrêter la coopération et le commerce avec Cuba. "Les Cubains libres n’oublieront pas qui a fait du business avec cette dictature aujourd’hui. Un jour notre pays sera libre et ils demanderont des comptes."

Léo Juvier pointe le tourisme, notamment sexuel voire pédophile qui se pratique selon lui à Cuba. Il souligne que les Etats-Unis à ses yeux ne sont pas l’ennemi du peuple cubain.

Cuba n’est pas une priorité pour Biden

L’ambassadrice Norma Goicochea se dit optimiste : "Nous sommes prêts à discuter, cela dépend de l’administration des Etats-Unis, mais il y a toujours l’espoir".

Les États-Unis qui disent réexaminer leur politique à l'égard de Cuba, et qui par la voix de Marissa Scott, porte-parole du département d’État, affirment leur soutien à la démocratie et aux droits de l’homme et qui souhaitent faire des Cubains-Américains les meilleurs ambassadeurs pour la liberté à Cuba : "Les États-Unis continuent leur soutien et leur engagement indéfectible en faveur des défenseurs des droits humains, des militants et des membres de la société civile cubains pour encourager leur important travail, promouvoir les droits humains, les libertés fondamentales et la démocratie, et faciliter la libre circulation de l'information pour le peuple cubain. Notre politique à l’égard de Cuba est en cours d’examen. L’administration réexaminera l’approche politique actuelle en vue d’évaluer son impact sur le bien-être politique et économique du peuple cubain."  

Cuba est suspendu aux actions de Joe Biden mais Frédéric Louault, professeur au Cevipol à l’ULB, n’attend pas directement de grand changement de Joe Biden : "Les signaux d’ouverture lancés par le nouveau président américain sont limités et n’annoncent pas de levée d’embargo. Ils portent sur deux points. Un, Joe Biden pourrait à terme revenir sur le placement par Donald Trump de Cuba sur la liste des Etats qui alimentent le terrorisme, mais la Maison blanche a déjà annoncé que ce n’était pas prioritaire. Deux, plus important à court terme, la possibilité que l’administration Biden rouvre la possibilité aux Cubano-Américains de voyager sur le sol cubain ce qui permettrait des relations directes et des investissements".

Des investissements pour Cuba, c’est ce qui manque évidemment. Depuis la chute de l’URSS, le pays est asphyxié, et plus encore depuis l’épuisement de son partenaire de rechange, le Venezuela après la mort d’Hugo Chavez en 2013.

Ce qui pourrait faire évoluer la position américaine, d’après Frédéric Louault, c’est l’enjeu économique, mais le poids de Cuba est faible dans les relations commerciales américaines sauf pour certains exportateurs de l’agroalimentaire du Midwest qui souhaiteraient par exemple exporter vers Cuba leurs poulets.

L’enjeu majeur est interne, électoral : "La communauté cubaine aux Etats-Unis est très anti-castriste avec des relais, des réseaux très puissants. Notamment dans un 'swing state' comme la Floride, un Etat remporté par Obama en 2012 mais perdu ensuite par les démocrates en 2016 et en 2020, ce qui a été considéré comme un effet de la politique d’ouverture vers Cuba du duo Obama-Biden".

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