Croatie: le pont de l'espoir pour réunifier le territoire

Croatie: le pont de l'espoir pour réunifier le territoire
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Croatie: le pont de l'espoir pour réunifier le territoire - © Tous droits réservés

Le sud de la Croatie est traversé par la Bosnie-Herzégovine voisine. 90.000 Croates sont isolés du reste de leur pays. Pour se rendre à Dubrovnik par exemple, ils doivent passer par un poste frontière. Ce qui pose problème en été lorsque le trafic, lié au tourisme, est en augmentation. La Croatie a décidé de réunir ses 2 territoires en construisant un pont largement financé par l’Union européenne.

 

Le chantier a débuté. Le futur pont mesurera près de 2 km et demi de long. Le maître d’œuvre et les ouvriers sont chinois. Un travail de longue haleine qui s’accompagne d’un logement de longue durée sur place. « Il y a environ six ou sept mois, un groupe de Chinois est venu avec leurs chefs, à la recherche d’un lieu de séjour, explique Ivo Jerkovic. Ils ont signé un bail de trois ans. »

Une aubaine pour les propriétaires d’appartements à louer, une aubaine aussi pour les villageois enclavés avides de changer d’air.

« Le pont nous permettra d’arriver beaucoup plus facilement à Dubrovnik, estime Mia Jerkovic. Comme nous y allons souvent, il n’y aura plus de passages frontaliers et nous découvrirons de nouveaux endroits. »

Patience, patience

La construction d’un pont ne date pas d’hier. Cela fait des années que les Croates en entendent parler. Il a fallu l’intervention de l’Union européenne pour débloquer le chantier. Un déblocage de 357 millions d’euros, ce qui représente 85% du coût total.

Brijesta est un petit village croate isolé de l’autre côté de la mer. A 2,5 km à vol d’oiseau mais 55 km et plus d’une heure par la route. Une route étroite. Lorsque le pont sera terminé, le voyage ne prendra que quelques minutes.

Nedeljko Bozovic en est convaincu. « La communication routière sera plus rapide et meilleure. Jusqu’à présent, nous étions coupés des principales artères. Au cours des 10 à 15 prochaines années, Brijesta attirera plus de touristes. Ce sera mieux. »

Huîtres

La région de Brijesta est connue pour sa conchyliculture. Les huîtres peuvent rapporter gros mais à cause de la situation géographique particulière de cette zone, les agriculteurs ont parfois du mal à joindre les deux bouts. Pour compliquer un peu plus les choses, Croatie et Bosnie sont différentes. La Croatie est membre de l’Union européenne, pas la Bosnie-Herzégovine. Alors pour transporter leurs produits, les producteurs croates doivent franchir deux frontières et payer des droits de douane pas toujours abordables. Ante Prlaguzic trouve aussi que les délais d’attente et les contrôles des agents des douanes aux postes frontières sont trop longs.

Ante Prlaguzic raconte : « Un jour, j’ai demandé si je pouvais passer, puisque je roulais à vide, on m’a dit OK. La fois suivante, un autre agent des douanes m’a crié dessus. Il y a toujours des problèmes… C’est incroyable. Mais une fois le pont terminé, ce sera beaucoup plus facile. »

Dans la famille de Jocko Bozovic, on est pêcheur et producteur d’huîtres de père en fils. Tous pensent que le futur pont attirera plus de gens et sera bénéfique pour la région. « Ce sera une grande amélioration, explique Jocko. J’ai de la famille à Zagreb. Ma grand-tante dit toujours qu’avec le pont, nous n’aurons plus de tranquillité mais je ne le pense pas. On a plein de choses ici, de l’huile, des huîtres, des poissons… Mais personne ne vient. Je n’ai personne à qui vendre mes produits. S’il n’y a personne, ce que je produis ne sert à rien ! »

Le pont du retour ?

De nombreux habitants de ces régions isolées de Croatie ont déjà quitté les lieux. Alors ceux qui restent espèrent que le pont incitera de nouveaux résidants à venir s’installer et attirera les touristes. « Il y a de belles plages ici, explique Bozo Pavlovic. Le potentiel est énorme. 100 km séparent Ston de la pointe sud de la péninsule. » Mais un rien désappointé, il ajoute : « Il ne reste presque plus personnes, ils se sont tous éloignés, à la recherche d’une vie meilleure. »

À Komarna, non loin des travaux de construction du pont, les conséquences économiques sont déjà bien visibles.

« Les sous-traitants sont des entreprises croates, explique Ivo Jerkovic. Et la nourriture, le matériel, le béton, le fer, sont fabriqués en Croatie, même si les travailleurs sont chinois. Certains pensaient que les Chinois en importeraient l’essentiel, mais autant que je sache, ils achètent 90% des produits ici en Croatie. »

L’arrivée des ouvriers est aussi une ouverture sur d’autres cultures. « On leur a expliqué comment préparer le poisson, les calamars et le poulpe à la façon croate !, se rappelle Jocko. Ils ont appris à le faire maintenant ils cuisinent pour leur chef ! »

Les jeunes du village de Komarna sont également ravis. « Il y a environ 100 résidants permanents. Nous sommes jeunes, c’était un peu ennuyeux ici jusqu’à présent. Pour s’amuser, il fallait prendre la voiture et faire des kilomètres. Maintenant on peut échanger avec d’autres personnes, parler avec elles. On organise des soirées. C’est chouette. »

Les travaux du « pont de l’espoir » devraient être terminés dans deux ans et demi. Sans les subsides européens, jamais la Croatie n’aurait pu financer un tel projet.

A voir ce dimanche 24 mars dans l’émission « EuropeS » sur la RTBF, la 3 à 23h45

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