Croatie: le 28ème Etat de l'Union revient de loin, mais sait-il où il va?

Avant ce 1er juillet 2013 qui la voit intégrer le "club" européen, l'histoire récente de la Croatie tient sans doute dans deux dates. La première, c'est 1991 : la Croatie sous l'impulsion de Franjo Tudjman déclare son indépendance et dynamite à son tour la Yougoslavie héritée de la guerre froide, suivant l'exemple donné quelques jours plus tôt par la Slovénie. S'ensuivent les épisodes parmi les plus meurtriers de la guerre dans les Balkans. Vukovar, ville martyre, mais également le retour des camps de concentration au cœur du continent européen resteront comme les symboles de ce déferlement de haine ethnique que l'on croyait à jamais reléguée aux enfers de l'histoire. Les accords de Dayton mettront fin au conflit. S'ouvre alors pour les Croates comme pour les ennemis Serbes une période de valse-hésitation, entre héritage nationaliste (incarné dans la volonté de protéger les "héros" pourtant cités pour crimes de guerre devant le tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie) et attrait pour l'Europe, malgré l'insigne faiblesse dont celle-ci a fait preuve tout au long du conflit.

Les plus longues négociations de l'histoire de l'Union

Mais les phares européens auront été les plus forts. C'est -deuxième date- en 2004 que l'Union entame officiellement les négociations d'adhésion avec la Croatie. Depuis l'introduction de sa candidature en 2003 jusqu'à l'intégration en ce 1er juillet, il a donc fallu pas loin de dix années pour s'assurer que la jeune république des Balkans a intégré l'acquis communautaire et fait siens les principes fondateurs de l'Union. Les plus longues négociations d'adhésion de l'histoire européenne. Et un travail douloureux avant la délivrance : l'affaire Gotovina -du nom de cet ancien général condamné puis acquitté pour crimes de guerre- aura marqué jusqu'au bout le processus d'adhésion.

On y est donc. Mais l’enthousiasme initial a fait place aux désillusions. C'est en effet une économie fragile qui intègre un grand corps malade... Selon des études d'opinion, les Croates s'attendent à vivre moins bien après l'intégration qu'avant celle-ci; et les économistes de cherchent pas à les détromper. Dépendant déjà pour 25% du tourisme, le pays doit s'engager dans la voie de la désindustrialisation forcée, pour cause de fin des aides d'Etat. Mais le chômage atteint déjà 22% de la population active et touche 40% des jeunes... La Croatie parviendra-t-elle à tourner le dos à ses marchés d'exportation naturels, hors Union européenne, pour s'en tailler de nouveaux au sein de l'Union ? Le pari est risqué. Mais "L'Europe ne se réduit pas au prix d'un sac de pommes de terre", disait Vaçlav Havel.

Une société transformée par la perspective de l'adhésion

Reste que pour d'autres observateurs, le processus a déjà profondément transformé la société croate: plus ouverte, plus transparente, plus responsable aussi. Le journaliste de Novi List Thiomir Ponos le reconnaît: "L’un des acquis les plus importants au cours du processus d'adhésion a sans aucun doute été le renforcement du rôle des citoyens. On y serait probablement parvenu même sans l’UE, mais les négociations ont accéléré cette évolution", écrit-il . "En acceptant les règles de l'UE, nous prenons la décision de rejeter "l'arbitraire". Il est important d'avoir assez de confiance en soi pour mettre en place, par nous-mêmes, les valeurs que nous avons choisies", lui répond comme en écho son collègue Boris Pavelic. "A l'avenir, plus personne ne pourra mener une guerre contre un autre pays, en prétendant le faire pour le bien de la nation. Plus personne ne pourra dissimuler les crimes en prétextant que c'est mieux ainsi".

Autre signe que l'optimisme prévaut encore à Zagreb : le directeur de la banque centrale croate compte bien faire en sorte que son pays rejoigne le plus vite possible la zone euro. Ne craint-il donc pas que celle-ci s'effondre ? D'ici cinq ans, dit-il, ""il faudra que la zone euro ait réglé ses difficultés, sinon nous aurons de gros problèmes." Mais là ce n'est plus à la Croatie de fournir l'effort, c'est à l'Europe toute entière de savoir ce qu'elle veut être.

T.N.

 

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