Crise USA-Iran: "Aucun des deux pays n'a intérêt à entrer en guerre"

Faut-il craindre un embrasement du Moyen Orient? Après la frappe américaine qui a tué le général Qassem Soleimani jeudi dernier, et qui a entraîné une escalade de déclarations assez inquiétantes... Va-t-on vers un clash majeur entre les Etats-Unis et l'Iran et avec lui, vers une déstabilisation de toute une région? Pour tenter de répondre à la question, deux invités sur le plateau de Ce qui Fait Débat: Vincent Eiffling, chercheur associé au centre d'étude des crises et des conflits internationaux (CECRI) à l’UCLouvain et au Grip, et Georges Dallemagne, député cdH. 

Pour beaucoup d'Iraniens, le Moyen Orient est leur jardin

Vincent Eiffling l'affirme: "On est face à une situation totalement inédite, sans précédent, et il est aujourd'hui très difficile de prédire la manière dont les Iraniens vont réagir". Pour bien comprendre la situation et l'influence qu'incarnait le général dans la région, "il faut savoir que pour beaucoup d'Iraniens, l'Iran a un droit d'influence naturel au Moyen Orient, ils considèrent un peu que c'est leur jardin", explique le chercheur. Qassem Soleimani dirigeait la force Al Qods, force chargée de propager l'influence de l'Iran à l'étranger, et dont les milices sont présentes en Syrie, où elles soutiennent le régime de Bashar al-Assad, en Irak, ou encore au Liban, à travers le Hezbollah.

Georges Dallemagne rappelle que c'est aussi le général Soleimani qui a appelé les Russes au secours du président syrien, Bachar al-Assad, en 2015: "C'était un homme puissant, on l'a appelé le vice-roi de toute une série de pays de la région". "L'Iran est le pays qui a le plus financé le maintien de Bashar al-Assad", ajoute Vincent Eiffling, "on estime le coût à 30 milliard de dollars pour la période 2012-2018. En comparaison, on estime que la Russie a dépensé entre 10 et 15 milliards de dollars. Même si la Russie, avec sa force aérienne, a aussi joué un rôle prépondérant et a aujourd'hui la main en Syrie, politiquement parlant".

L'Irak au bord de l'implosion

Le chercheur au CECRI explique que les Iraniens cherchent depuis longtemps à rendre impossible la stabilisation de l'Irak par les Américains: "Quand les Américains ont envahi l'Irak en 2003, les Iraniens les ont prévenus qu'ils n'arriveraient jamais à déstabiliser l'Irak sans eux et ils avaient raison, car l'Iran est une puissance régionale. Mais les Etats-Unis n'ont à l'époque pas voulu se partager le gâteau avec les Iraniens, car l'Iran était potentiellement leur seconde cible au Moyen Orient [...] C'est pour l'éviter que Qassem Soleimani a mis en place tout son réseau de milices chiites en Irak dans les années 2000, pour faire partir les Américains d'Irak".

"Ma grande crainte aujourd'hui", ajoute Georges Dallemagne, "c'est que l'Irak fasse les frais brutalement de ce qui est en train de se passer, et qu'il y ait une implosion de ce pays qui reste extrêmement fragile, avec un premier ministre qui a démissionné, et un président qui menace de le faire".

"Aucun des deux pays n'a intérêt à entrer en guerre"

Faut-il, dans ce contexte, craindre un nouvel embrasement du Moyen Orient? "Personne n'y a intérêt", affirme Georges Dallemagne, "l'Iran n'en a pas les moyens et les Etats-Unis, en pleine année électorale, prendraient des risques très importants".

Le député cdH déplore par ailleurs "l'absence totale d'Europe dans cette histoire et depuis des années [...] Nous n'avons rien fait pour reconstruire ce pays après Daesh, et nous y avons laissé un vide absolument sidéral. Quand les Américains s'en vont, les Européens sont incapables d'assurer un rôle de sécurité ou de stabilité régionale".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat ci-dessous.

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