Crise: les montres suisses risquent de retarder

RTBF
RTBF - © RTBF

L'industrie du luxe et de l'horlogerie suisse se prépare à une année noire, face à une récession mondiale qui pourrait sonner le glas de certains petits acteurs, estiment les spécialistes au moment où s'ouvre le plus grand salon mondial du secteur à Bâle.

Baselworld ouvre ses portes ce jeudi à Bâle pour sept jours, avec près de 2.000 exposants de 45 pays et 3.000 journalistes attendus.

De fait, le monde de l'horlogerie fait grise mine. Touchée de plein fouet par la crise économique, la Suisse, numéro un mondial du secteur, a vu ses exportations horlogères chuter de 22,4% en février après plusieurs années de hausse effrénée.

La liste des entreprises touchées par le recul des commandes ne cesse de s'allonger. Les horlogers helvétiques HGT, Raymond Weil, Roger Dubuis, Corum, Girard-Perregaux, Rolex et les sites suisses du français Cartier ont notamment annoncé des mesures de suppression d'emploi ou de réduction du temps de travail.

Au coeur de l'industrie horlogère suisse, dans l'arc jurassien, environ 1.000 emplois ont été perdus, selon le quotidien Le Temps.

Les deux géants du secteur ne vont guère mieux. Richemont a réalisé au troisième trimestre de son exercice décalé 2008/2009 (octobre à décembre) un chiffre d'affaires en baisse de 12% à 1,55 milliard d'euros, tandis que les ventes de son concurrent Swatch ont quasiment stagné (+0,5%) à 5,7 milliards de francs suisses (3,7 milliards d'euros).

Les exportations horlogères suisses devraient encore reculer de 15% à 20% au premier semestre, estime l'analyste René Weber, de la banque Vontobel, qui table pour l'ensemble de l'année sur une baisse de 12%.

"Swatch et Richemont vont certainement profiter de la situation, les deux groupes n'étant pas endettés et disposant de suffisamment de liquidités", souligne-t-il.

En temps de crise, et alors que les distributeurs vident leurs stocks, les marques bénéficiant d'une notoriété et d'une histoire sont privilégiées, aux dépens des nouveaux acteurs, note René Weber.

Les petits horlogers "seront vite confrontés à des problèmes de liquidités, n'ayant pas forcément les fonds nécessaires" pour résister à la crise, affirme le président de la Fédération horlogère suisse, Jean-Daniel Pasche. "Il est possible que des marques cessent leur activité", pronostique-t-il.

"Un rétablissement ne devrait pas intervenir cette année, éventuellement l'année prochaine si les marchés reprennent confiance", selon l'analyste Patrick Hasenböhler, de la banque Sarasin.

Les organisateurs de Baselworld se disent eux-mêmes extrêmement prudents.

"2009 s'annonce comme une année quelque peu nébuleuse pour la branche des produits de luxe", annoncent-ils dans un communiqué.

Le salon, qui sert de vitrine pour la profession mais aussi de lieu pour engranger des commandes, devrait accueillir beaucoup moins de visiteurs cette année, preuve d'une "plus grande retenue" des clients, affirme Patrick Hasenböhler.

Le segment du très haut de gamme devrait cependant sortir son épingle du jeu.

"Le très haut de gamme résiste mieux, c'est celui qui a progressé le plus" ces dernières années, constate Jean-Daniel Pasche. L'entrée de gamme devrait également s'en sortir, mais "entre les deux, ce sera vraiment difficile", ajoute-t-il.

"Les montres dans le haut de gamme sont aussi considérées comme un moyen de diversifier ses placements", estime l'analyste de Hasenböhler.

(M.S. avec Belga)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK