Crise en Catalogne : en Espagne, la levée de l'immunité de trois eurodéputés catalans divise

Le gouvernement espagnol s’est félicité ce mardi du vote du Parlement européen levant l’immunité de trois eurodéputés indépendantistes catalans, tandis que les séparatistes au pouvoir en Catalogne mettaient en doute la volonté affichée de "dialogue" de Madrid.

Le Parlement européen a voté la suspension de l’immunité de l’ex-président de la Catalogne Carles Puigdemont et de deux autres eurodéputés catalans, réclamés par l’Espagne pour la tentative de sécession avortée de 2017, qui s’est traduite par de lourdes peines de prison pour neuf dirigeants indépendantistes.

Ce vote prouve que "les problèmes de la Catalogne se résolvent en Espagne" et non en Europe, a souligné la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya.


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Selon elle, ce vote démontre qu’un eurodéputé "ne peut se prévaloir de son statut pour éviter de comparaître devant une justice nationale" et accrédite aussi "la solidité de l’État de droit en Espagne".

Dialogue ou vengeance ?

"C’est la ligne qu’a adoptée le gouvernement espagnol, celle de tendre la main aux forces politiques catalanes pour trouver une solution par le dialogue et la négociation", a-t-elle ajouté.

Mais pour les indépendantistes, l’attitude de Madrid "est loin d’une volonté de dialogue", a déclaré Meritxell Budo, porte-parole du gouvernement régional dirigé par les séparatistes.

Le gouvernement espagnol "doit décider de quel côté il est, s’il est pour le dialogue ou pour la vengeance, comme nous l’avons vu aujourd’hui", a ajouté Budo.

Des avis partagés

Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a plaidé pour l’apaisement du conflit en Catalogne, proposant même l’ouverture d’un cycle de négociations avec les autorités régionales. Ces négociations n’ont toutefois pas pu démarrer en raison de l’éclatement de la pandémie.

Dans les rues de Barcelone, les avis étaient partagés mardi sur le sort de Carles Puigdemont et de deux autres eurodéputés, Toni Comin et Clara Ponsati, qui ont évité un procès en partant respectivement pour la Belgique et l’Ecosse quelques jours après l’échec de la déclaration d’indépendance de 2017.

"C’est une mauvaise nouvelle qu’il perde son immunité parlementaire, car le voilà de nouveau entre les mains de ceux qui décident, les juges", a déclaré Toni Colom, un retraité de 73 ans, à l’AFPTV.

Mais tous les Catalans ne partageaient pas cet avis. "Je pense que Puigdemont doit être en prison pour les délits qu’il a commis", a ainsi commenté Blai Heredia, un étudiant de 18 ans.

Plusieurs organisations indépendantistes ont appelé à manifester dans les villes et villages de Catalogne ce mardi à 20h pour protester contre la décision du Parlement européen.

Quid de l’avenir judiciaire des députés

Mais la levée de l’immunité parlementaire de Puigdemont et de ses deux collègues ne dissipe pas l’incertitude sur son avenir judiciaire, puisqu’il a annoncé son intention d’en appeler à la justice européenne.

De plus, les tribunaux belges ont refusé en janvier d’exécuter un mandat d’arrêt européen visant un autre ancien dirigeant indépendantiste catalan, Lluis Puig, mettant en avant un "risque sérieux de violation" de son "droit à un procès équitable" en Espagne.

C’est pourquoi le Tribunal suprême espagnol a annoncé avoir sollicité dès mardi l’avis de la cour de Justice de l’Union européenne sur "les possibilité d’émission d’un mandat d’arrêt européen" contre les trois eurodéputés catalans.

En d’autres termes, avant d’émettre un nouveau mandat d’arrêt européen, la justice espagnole veut avoir la garantie qu’il sera exécuté.

Outre le vote du Parlement européen, les séparatistes ont appris mardi une autre mauvaise nouvelle, puisqu’un juge de Barcelone a révoqué le régime de semi-liberté accordé à sept des neuf dirigeants emprisonnés pour la tentative de sécession de 2017.

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