Crise des sous-marins : menace de dysfonctionnements accrus au Conseil de sécurité de l’ONU

Les "dysfonctionnements" dans les relations internationales et au sein du Conseil de sécurité, décriés depuis plusieurs années par le chef de l’ONU, risquent de s’accroître davantage avec l’affaire des sous-marins australiens qui ébranle les liens entre les piliers de l’Occident.

Une réunion ministérielle informelle des chefs de la diplomatie des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité – États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni – se tient mercredi soir en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Organisée par la nouvelle ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss, elle aura lieu à huis clos dans la salle du Conseil de sécurité avec le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Avec en thème principal : l’Afghanistan.

"Si nous voulons éviter que l’Afghanistan ne devienne un sanctuaire pour le terrorisme mondial, la communauté internationale – y compris la Russie et la Chine – doit agir d’une seule voix dans son dialogue avec les talibans", a expliqué Liz Truss.

En quête de reconnaissance internationale, les talibans ont demandé à parler à la tribune de l’ONU d’ici la fin du débat général lundi de l’Assemblée générale. Mercredi, il n’était pas sûr qu’ils obtiennent une autorisation en quelques jours, qui doit passer par une commission d’accréditation dans laquelle figurent Washington, Moscou et Pékin.

Au-delà de ce dossier, les nombreux sujets de crise que doit traiter le Conseil de sécurité risquent de souffrir de la fracture opposant la France à ses partenaires au sein de cette instance, les États-Unis et le Royaume-Uni, selon des experts.


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Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, présent depuis le début de la semaine à New York, a refusé jusqu’ici de voir en tête à tête ses homologues américain et britannique, dans l’attente de l’explication que doivent avoir Joe Biden et Emmanuel Macron.

"Cette crise des sous-marins ébranle le P3" (États-Unis, Royaume-Uni, France) et c’est "la première crise aiguë de la conception classique de l’alliance issue, presque intacte, de la Guerre froide", note Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales à Sciences-Po Paris. "A terme, ces dissensions devraient s’aggraver, preuve que cette vieille conception de la sécurité internationale doit être dépassée", ajoute-t-il.

"France coincée"

Au Conseil de sécurité, ce "P3" multiplie les échanges en amont sur tous les dossiers. Son rôle est crucial pour afficher ensuite dans les négociations un front uni face à la Russie et la Chine, avant d’entraîner les dix autres membres non permanents du Conseil.

Quand Donald Trump était à la Maison Blanche, il avait été écorné, mais en dépit du Brexit, Paris et Londres avaient tenu bon pour garder à bord, dans la plupart des dossiers, Washington.

Même si une discussion franche entre les présidents Macron et Biden permet de calmer le jeu à court terme, des conséquences néfastes de la crise franco-américaine dans le fonctionnement du Conseil de sécurité et l’approche occidentale ne sont pas à exclure.

"Les relations au sein du P3 ont toujours été compliquées", relativise Richard Gowan, spécialiste de l’ONU pour le centre de réflexion stratégique International Crisis Group. "Je ne pense pas que les sous-marins coulent le P3."

Quant à la question de savoir si Pékin et Moscou vont profiter des divisions occidentales pour tenter d’embarquer la France dans leurs positions, les experts sont partagés.

"Les trois puissances n’ont tout simplement pas assez d’intérêts communs. La France est coincée avec les Anglo-Saxons, même si c’est une relation compliquée", estime Richard Gowan.

"Depuis un certain temps déjà, la Russie et la Chine jouent d’une + diplomatie attrape-tout +, basée sur des accords de circonstance plus que sur la lourde contrainte d’une diplomatie 'campiste' (de camp)", rappelle pour sa part Bertrand Badie. "Des tentatives de 'hameçonnage diplomatique' se feront bien sûr en direction de la France", prédit l’expert français.

Isolé entre deux camps, américano-britannique et russo-chinois, Paris pourrait être tenté, pour s’assurer des appuis dans les dossiers sensibles, d’aller puiser chez les membres non permanents du Conseil de sécurité. Parmi ceux-ci figure actuellement l’Inde, avec qui la France tente depuis longtemps de développer un partenariat stratégique, qui pourrait se trouver de nouveaux débouchés dans la région indo-pacifique.

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